Virginie Despentes: "J'ai une passion pour les séries télé"

Virginie Despentes déplace les foules. Normal, c’est une écrivaine à part. L’une des grandes voix d’aujourd’hui, rock’n’roll, libre et percutante. L’auteure de "Vernon Subutex", énorme succès de l'édition française de ces dernières années, est venue en octobre à Bruxelles au Théâtre 140 à la rencontre du public.

Invitée par Passa Porta, Virginie Despentes lançait également la 2e édition du Choix Goncourt de la Belgique, un prix décerné par des étudiants issus de dix universités belges.

Durant cette soirée, l’écrivaine a répondu aux questions de la journaliste Myriam Leroy sur son œuvre et son parcours singulier. Virginie Despentes a confirmé l’adaptation de sa fameuse trilogie "Vernon Subutex" en une série télévisée, avec dans le rôle principal, l’acteur Romain Duris. Extraits de la soirée Virginie Despentes - Passa Porta au Théâtre 140.


Une trilogie décapante
Paru en mai 2017, dernier tome d’une magistrale cartographie de la société contemporaine, "Vernon Subutex" raconte les tribulations d’un disquaire parisien qui fait faillite, perd son job et son appartement. Au fil des jours, Vernon contacte d’anciens amis et clients, tous très différents, pour trouver un hébergement de quelques nuits chez chacun. A l’origine, Virginie Despentes a eu l’idée d'écrire « Vernon Subutex » en voyant des gens autour d'elle se retrouver dans des situations compliquées à la cinquantaine : « Le point de départ, c’est perdre son appartement » et le véritable sujet de "Vernon Subutex", c’est  le chagrin. « Tous les personnages ont un chagrin lourd à porter », dit l’auteure au regard perçant. Dans sa trilogie, Despentes dépeint « toutes les classes sociales » de la société française qu'elle trouve « triste » et « dépressive ». Car « Vernon parle de la crise, c’est un livre en prise avec la réalité ».

Un héros modeste
Qui est Vernon Subutex ? Despentes le présente comme « un personnage drôle, modeste ». C’était un disquaire réputé, à Paris dans les années 1980. La crise du disque ayant fait rage, Vernon doit fermer son magasin. Ce type survit quelques temps avec les aides sociales en évitant de sortir de chez lui et passe ses journées sur la Toile. Despentes parle de son héros et d'elle-même : "Vernon est un personnage passif. C'est assez mon attitude dans la vie en général. Il regarde les choses avec une certaine douceur. J'ai un regard plutôt doux sur les gens. (…) Il va avoir 50 ans, c'est ma génération. Il a une passivité face à la crise, à ce qui se passe autour de lui".

Parmi les ingrédients qui font de ce roman un succès, il y a la galerie de personnages plus vrais que nature, mais aussi le rythme, la langue piquante, inventive et la drôlerie : "J'ai fait attention à ce qu'il y ait de l'humour. Je ne suis pas profondément dépressive. Je suis légèrement dépressive. Je ne suis pas cynique", dit l’auteure, qui provoque des rires dans le public, buvant ses paroles. Ce soir, au Théâtre 140, Despentes ne mâche pas ses mots et dévoile une partie d’elle-même.

Un mec c’est plus rock
Pourquoi l’auteure de "King Kong théorie", manifeste féministe, n’a-t-elle pas choisi un personnage principal féminin ? A cette question, Despentes réplique : "un personnage masculin, c'est plus rock ! Je pouvais le faire aller dormir chez plein de gens sans qu'il se passe des choses. On le juge beaucoup moins. On a plus de  tendresse envers les personnages masculins. (…) Et les femmes ont l'habitude de s'identifier aux personnages masculins". A propos des autres personnages du roman, elle ajoute : "Les personnages extrémistes de "Vernon Subutex", je les trouve autour de moi. Les racistes et les antisémites, on les rencontre dans les bars."

La télévision
Quand on lui demande comment elle vit les invitations sur les plateaux de télévision, Virginie Despentes tranche : "il y a des trucs que je refuse de faire, comme (l’émission de) Ruquier. C'est trop violent". A la fin de l’entretien au 140, la romancière confirme que "Vernon Subutex" est en cours d’adaptation pour le petit écran. C’est la société de production Tetra Media Studio ("Profilage", "Un village français" et "Les hommes de l'ombre") qui développe le projet pour Canal Plus en épisodes de 30 minutes.



"J'ai une passion pour les séries télé", lâche Virginie Despentes, qui pense qu’on lui a acheté les droits pour l’adaptation en série télé parce que "les chapitres de Vernon sont d'une taille équivalente et que l’on a l'impression de passer d'un épisode à l'autre".  Cependant, elle s’est retirée du projet d’adaptation car il dévie de son projet initial : "je n'interfère pas dans le scénario parce qu'ils veulent en faire une série policière". Enfin, à propos de l’acteur qui hérite du rôle de Vernon, l’écrivaine s’amuse : "Romain Duris,  c'est ce qu'il y a de mieux dans le projet de Canal plus ! Il s'investit à 100 % et il est sexy. Il est généreux." Et de conclure sur une boutade : "ils avaient pensé à Marc Lavoine. ... je n’ai rien dit !"

Les livres de Despentes
Virginie Despentes est l'auteure de "Baise-moi" (1993) qu'elle a réalisé au cinéma en 2000 ainsi que "Bye Bye Blondie" (2004) tourné en 2011. Prix de Flore pour "Les jolies choses" (Grasset, 1998), roman adapté au cinéma par Gilles Paquet-Brenner. "King Kong théorie", son manifeste féministe, parait en 2006. Prix Renaudot pour "Apocalyspe bébé" en 2010. Le tome 1 de "Vernon Subutex" sort en 2015. Elle est membre de l’Académie Goncourt.

V. Nimal

Découvrez les prochains auteurs invités à Passa Porta, la Maison des littératures internationales à Bruxelles.
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