D’un regard nostalgique, Woody Allen ressuscite Coney Island, le parc d’attraction de Brooklyn dans son dernier film qui sort en salle mercredi 31 janvier, « Wonder Wheel ». Une réalisation impeccable d’un scénario tiré sur la longueur, avec Kate Winslet et Justin Timberlake.


Pour son 47e film, Woody Allen revient sur le lieu d’ouverture de « Annie Hall », qu’il a tourné en 1977. Le cinéaste raconte un drame des années 50 avec légèreté. Un peu trop sans doute, vu la polémique qui persiste à son sujet.

« Wonder Weel » tisse un chassé-croisé d’histoires d’amour à quatre personnages. Ginny, 39 ans (Kate Winslet) s’ennuie avec son mari Humpty (James Belushi). Le ciel s’éclaircit quand elle tombe amoureuse d’un maître-nageur plus jeune qu’elle, Mickey (Justin Timberlake). Mais le beau gosse s’éprend de la fille de Humpty, l’adorable Carolina (Juno Temple). Pour corser l’affaire, Carolina est recherchée par son ex-mari mafieux et se planque chez Humpty et Giny. La cohabitation s’annonce difficile, d’autant que le couple tire le diable par la queue.

Leur vie ratée
Giny déteste son job de serveuse dans un resto « diner ». Elle rêve de remonter sur scène, comme lorsqu’elle était jeune. Avec Mickey, qui écrit des pièces de théâtre, ses projets pourraient voir le jour. Quant à Carolina, débarquée au foyer sans un sou, il serait temps qu’elle gagne sa vie. Son cher papa est prêt à sacrifier ses économies pour lui payer des études. Mais il faut aussi veiller sur le gamin de Giny, qui perd la boule et met le feu partout où il passe… Les rêves de Giny semblent donc compromis par l’arrivée de la fille chérie.

Scénario prévisible
Si la première partie de « Wonder Wheel » bénéficie d’une impeccable mise en place des personnages, attachants, dès la moitié du film, l’ennui pointe lorsqu’on devine que le maître-nageur va craquer pour la jeunette et abandonner la femme plus âgée. Sacré Woody ! Il plane comme un relent de fantasme personnel dans le film du type-qui-a-épousé-une-jeunette (sa belle-fille Soon-Yi Previn). De plus, cette histoire cousue de fil blanc ressemble à du théâtre filmé.

Luminosité
Heureusement, Vittorio Storaro, le directeur de la photographie, met en valeur les visages à grands renforts d’effets rayonnant dans les cheveux de Kate Winslet et de Juno Temple. C’est superbe et cela donne une tonalité nostalgique au film, renforcée par une attention portée aux costumes et aux décors des années cinquante.

Kate Winslet
Comment refuser un rôle écrit pour soi ? Il est vrai que les premiers rôles de femmes passé 40 ans manquent au cinéma. Même si Kate Winslet a beau clamer dans la presse que jouer pour Woody est un rêve, plusieurs acteurs refusent aujourd’hui de tourner avec le réalisateur. On préfère cette magnifique actrice dans les rôles de femmes qui n’ont pas besoin d'hommes pour s’en sortir.

Polémique
Notons que ce film n’a pas eu droit à une avant-première à Hollywood, le producteur, Amazon Studios, l’ayant annulée à la dernière minute. C’était quelques jours après la révélation du scandale Harvey Weinstein. Depuis, l’affaire Dylan Farrow (qui accuse son père Woody Allen d’attouchements sexuels) a refait surface et Mister Allen est à nouveau dans la tourmente.

V. Nimal

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