Comme la plupart des jeunes du plus grand bidonville du Kenya, Henry Ohanga n'attendait pas grand-chose de la vie. La célébrité, ou simplement quitter un jour la misère, rien de tout cela n'était promis à cet orphelin obligé, à l'adolescence, de voler pour manger.

Henry, 29 ans, est pourtant devenu un des artistes de hip-hop les plus populaires d'Afrique de l'Est: Octopizzo. Fort de sa notoriété, il tente de dédiaboliser le bidonville de Kibera, à Nairobi, et de soutenir des jeunes délaissés qui, comme lui lorsqu'il était enfant, s'estiment tout juste destinés à survivre.

Kibera, c'est un bidonville de 2,5 km2 niché dans la capitale kényane et où vivent entre 170.000 et 250.000 personnes, selon des recensements récents, souvent avec moins d'un euro par jour. Henry reconnaît que l'endroit où il a grandi est "la définition même du système défaillant". Il a d'ailleurs quitté le bidonville pour permettre à sa fille de grandir loin de la misère. Mais il assure que Kibera est l'endroit qu'il aime "plus que tout au monde" et y tourne d'ailleurs tous ses clips musicaux (plus d'un million de vues sur YouTube).

Lorsqu'il déambule dans le dédale de rues en terre, ce ne sont pas les innombrables déchets qu'il remarque, dit-il, mais plutôt une "ambiance unique et magnifique": les enfants en uniformes aux couleurs vives sur le chemin de l'école, la musique qui résonne dans la moindre ruelle, le rythme des machines à coudre installées à même la rue.

Kibera, c'est aussi une poudrière qui s'enflamme souvent quand la tension politique monte au Kenya. Lors de la crise ayant suivi l'élection présidentielle de décembre 2007, Henry s'y déplaçait machette en main pour se protéger alors que le bidonville était déchiré par des violences, notamment ethniques, dont il tient les politiciens pour responsables. Sa colère donne alors naissance à la première chanson enregistrée d'Octopizzo: "Les voix de Kibera".

L'artiste ne percera toutefois qu'en 2012, à la faveur d'un programme culturel du British Council ayant également lancé le groupe kényan d'afro-pop Sauti Sol. Il rappe désormais au sujet de la nourriture ou de la mode à Kibera, afin de changer l'image négative du bidonville.

Henry a maintenant sa propre fondation et travaille notamment avec l'Agence de l'ONU pour les réfugiés pour aider les jeunes à réaliser leur potentiel. En 2016, il a entraîné des réfugiés des camps de Dadaab et Kakuma qui ont alors enregistré un album, "Refugeenius".