Le festival du film de Berlin ausculte cette année la face sombre de l'Europe de l'Est avec des films jetant une lumière crue sur les anciens pays communistes et leurs mouvements extrémistes et racistes.

"Isolement, refus de partager, rejet des valeurs libérales" et du projet européen, "c'est une vision qui gagne les anciens pays de l'Est", affirme à l'AFP le réalisateur tchèque Jan Gebert, auteur de "When the war comes" ("Quand la guerre arrive"), documentaire glaçant sur un groupe paramilitaire slovaque, présenté à la Berlinale dans la section Panorama, qui regroupe les productions d'art et essai et les films indépendants.

Pendant trois ans, de 2015 à 2018, ce documentariste et journaliste de 37 ans a filmé la montée en puissance des "recrues slovaques" ("Slovenskí Branci"), l'un des principaux groupuscules d'extrême droite du pays. "On dirait que l'Europe doit à nouveau prendre des leçons de morale", se lamente Árpád Bogdán, réalisateur hongrois d'origine Rom de 37 ans, qui présente lui son deuxième long métrage de fiction, "Genesis" ("Genèse"), dans la même section.

Le film, très poignant, s'inspire d'une série d'attaques racistes contre des Roms en 2008-2009 en Hongrie durant laquelle six personnes ont été tuées. Le film est inspiré de faits survenus en Hongrie mais "ce n'est pas un film hongrois", insiste Árpád Bogdán. A ses yeux, la violence et le "mal" montrés dans "Genesis" existent ailleurs en Europe, y compris à l'Ouest comme l'Allemagne par exemple où les attaques contre les demandeurs d'asile se sont multipliées après l'arrivée de nombreux demandeurs d'asile.

Árpád Bogdán résume: "je suis optimiste en tant qu'artiste, pas en tant que Hongrois". Mais le réalisateur croit malgré tout que les films peuvent "transformer la société parce qu'ils sont supposés enseigner l'espoir, c'est en tout cas le sens de Genesis".