La Berlinale sacre les femmes et un "ovni" roumain © BELGA

La Berlinale a mis samedi les femmes à l'honneur en décernant notamment son Ours d'or à un film de la réalisatrice roumaine Adina Pintilie, au terme d'une édition marquée par la polémique #MeToo.

"Nous aimerions ouvrir dans le monde le dialogue proposé par le film, donc nous invitons les spectateurs à dialoguer", a déclaré la réalisatrice de 38 ans, surprise par cette récompense pour "Touch me not", que la critique n'avait pas classé parmi les favoris.

Le jury, emmené par le réalisateur allemand Tom Tykwer ("Cours Lola, cours"), a également récompensé une autre femme, la Polonaise Malgorzata Szumowska, qui a remporté le Grand prix du jury pour son film "Twarz" ("Mug") sur un jeune homme défiguré après un grave accident. Recevant son prix, elle s'est dite "ravie d'être une femme réalisatrice".

Sur fond d'onde de choc #MeToo, cette 68e édition du festival du film de Berlin, le premier de l'année de cette envergure en Europe, a mis à l'honneur les femmes à l'écran, malgré la présence de seulement quatre réalisatrices en compétition sur 19 films.

"Je crois que cette semaine (de festival) l'a montré par les films présentés, réalisés par des femmes formidables et sur des femmes formidables, qui sont un peu différentes", a résumé samedi soir le directeur de la Berlinale, Dieter Kosslick. "On riposte et je pense que c'est très bien comme cela", a-t-il ajouté dans une allusion au débat autour des agressions sexuelles contre les actrices dans le monde du cinéma.

Ce fut le cas dans "Las Herederas" de Marcelo Martinessi - premier film de ce réalisateur du Paraguay et premier film aussi en compétition venant de ce pays - dressant le tableau d'une femme s'émancipant sur le tard et d'où les hommes sont quasiment absents. L'actrice principale s'est vu décerner le prix de meilleure actrice. Visiblement émue, cette dernière a dédié son film aux "femmes" dans son pays "qui sont des combattantes". Le réalisateur a lui reçu le prix Alfred Bauer, en mémoire du fondateur du festival.

Avec son film d'animation "L'île aux chiens", Wes Anderson est reparti avec l'Ours du meilleur réalisateur. C'est l'acteur Bill Murray, une des voix du film, qui est venu chercher le prix. "Je n'aurais jamais cru qu'en jouant un chien, je repartirai avec un ours", a-t-il plaisanté.
Présenté en ouverture de la Berlinale, "L'île aux chiens" était un des favoris, avec "U-22 juillet", reconstitution controversée de la tuerie d'Utoya en 2011, finalement repartie bredouille.

Enfin, le jeune acteur français Anthony Bajon a été sacré meilleur acteur pour "La prière" du Français Cédric Kahn, sur d'anciens toxicomanes en quête de rédemption. Il devient ainsi le 7ème acteur français primé à Berlin, après notamment Jean-Pierre Léaud et Jean-Louis Trintignant.
Face aux révélations sur le sort des femmes dans l'industrie du cinéma, le premier grand festival de l'année en Europe s'est posé pendant 11 jours comme "un forum" devant donner une "impulsion".

Un certain nombre d'initiatives ont été lancées parmi lesquelles la campagne "Speak Up!" pour combattre le harcèlement sexuel dans le cinéma en Europe, et dans les autres grands festivals.