Les passions se déchaînent en France autour du chanteur Bertrand Cantat, certains manifestants estimant qu'il ne doit plus se produire en public en raison de sa condamnation pour avoir frappé à mort sa compagne l'actrice Marie Trintignant.

"La justice ne règle pas l'éthique", "Cantat assassin" pouvait-on lire sur les pancartes brandies mardi soir à Grenoble par un groupe de manifestants, portant aussi quelques photos du visage souriant de Marie Trintignant, l'actrice tuée par Cantat en 2003 à Vilnius lors d'une dispute.

Bertrand Cantat, qui a déjà annoncé l'annulation de sa tournée estivale cet été, est allé au devant des manifestants et est reparti sous les injures et les projectiles. Dans un message sur Facebook, il explique avoir "voulu entamer une discussion", dénonçant "un déchaînement de violence, d'insultes, une pluie de coups, aucune possibilité de discuter" et un "retour au Moyen-Age". Auparavant, en annonçant l'annulation de ses concerts d'été, il avait demandé à bénéficier de son "droit à la réinsertion", "au même titre que n'importe quel citoyen", et le "droit d'exercer mon métier" alors que son succès artistique ne se dément pas.

Sur Twitter et les réseaux sociaux, c'est un déferlement de commentaires et d'insultes, soit envers Bertrand Cantat et ses soutiens, soit envers ses détracteurs. Pétitions, émissions télévisés, débats à la radio, l'affaire est très largement commentée. "Maintenant ferme ta gueule et fais toi oublier" a lancé le réalisateur Olivier Marchal sur son compte Instagram. Lors de l'émission télévisée "C à vous", la porte-parole de l'organisation féministe "Osez le féminisme" Raphaelle Rémy-Leleu, estime qu'"il n'est plus possible de programmer un agresseur parce que nos valeurs sociales doivent empêcher cela".

Dans cette même émission, un des avocats les plus célèbres de France, Eric Dupond-Moretti, a dénoncé ce qu'il appelle du "maccarthysme", en référence à la chasse aux sorcières frénétique contre les communistes réels ou supposés aux Etats-Unis dans les années 50. "Il a été condamné (...) il a purgé sa peine, (...) c'est l'ordre judiciaire, tout cela est fait au nom du peuple français et puis il reprend son métier, vous avez le droit de ne pas aller le voir (...) et moi j'ai le droit d'aller le voir si j'ai envie d'aller le voir", a-t-il lancé.

"Qu'il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime", a estimé dans un communiqué l'Observatoire de la liberté de création, avant d'ajouter que "ce débat change de nature quand il se transforme en demande d'annulation de sa tournée. Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d'aller le voir, ou pas".