Le cinéma fantastique et d'horreur français commence à frissonner © BELGA

"La Nuit a dévoré le monde", "Ghostland" et "Dans la brume" : le cinéma fantastique et d'horreur français multiplie les tentatives pour s'affirmer mais reste encore fragile, à l'ombre de son écrasant concurrent anglo-saxon.

Deux films très différents, remarqués par la critique, sont sortis en France en mars : "La Nuit a dévoré le monde", premier film de Dominique Rocher, dans lequel un survivant affronte un monde peuplé de zombies, et la coproduction franco-canadienne en anglais "Ghostland", film d'horreur avec Mylène Farmer réalisé par un habitué du genre, Pascal Laugier, et récompensé par le grand prix du jury au dernier Festival du film fantastique de Gérardmer (Vosges).

"Dans la brume", tentative ambitieuse de film à plus gros budget avec Romain Duris et l'ex-James Bond girl Olga Kurylenko, réalisé par le Québécois Daniel Roby, produit par la société Quad ("Intouchables") et coproduit par le Canada, sera quant à lui en salles mercredi en France. Il raconte le parcours de survivants alors qu'une étrange brume mortelle envahit Paris.

"Il y a plus de films, et aussi des projets intéressants qui s'annoncent", notamment en coproduction internationale, estime Alain Schlockoff, fondateur et rédacteur en chef de L'Ecran fantastique. Pour lui, "il y a aussi un phénomène nouveau" avec l'arrivée de films réalisés par des femmes, au "regard un peu neuf sur le genre, décomplexé".

Parmi les nouveaux visages féminin, l'un est emblématique : celui de la trentenaire Julia Ducournau, qui a réussi un coup d'éclat au Festival de Cannes il y a deux ans avec "Grave", oeuvre dérangeante revisitant le film d'horreur, nommée à plusieurs reprises aux César. Remarqué à l'étranger, notamment au Festival de Toronto, ce film a connu une carrière internationale.

Dominique Rocher relève également l'intérêt suscité à l'étranger par son film, "déjà vendu quasiment dans le monde entier". "L'étranger adore nos films fantastiques. C'est juste en France que les gens ont un problème", souligne-t-il, rappelant que les réalisateurs de films français d'horreur des années 2000 comme Alexandre Aja ("Haute tension") ou Alexandre Bustillo et Julien Maury ("A l'Intérieur"), qui ont travaillé aux Etats-Unis, sont "tous partis à l'étranger à un moment donné".

A l'exception de quelques cartons en salles comme "Le Pacte des loups" de Christophe Gans (2001) et ses 5,1 millions d'entrées, le public français boude en effet les productions nationales, "dont il se méfie", souligne Alain Schlockoff. "Le cinéma américain reste le cinéma tout puissant", estime également Fausto Fasulo, réacteur en chef de "Mad Movies ». Les propriétaires de salles se montrent aussi réticents à choisir ces films, souvent à cheval entre cinéma d'auteur et film de genre.