L'ancienne mannequin Janice Dickinson, témoin vedette du procès de Bill Cosby, a livré jeudi le récit de son viol supposé, en 1982, par l'acteur, qui était alors considéré comme le "papa de l'Amérique", figure morale de tout un pays, un témoignage que la défense a tenté de décrédibiliser.

Cette grande femme brune de 1,78 m a été l'une des premières célébrités du mannequinat, des podiums à la couverture du prestigieux "Vogue", au point de gagner plusieurs centaines de milliers de dollars par an au tout début des années 80.

Elle est la quatrième des cinq femmes citées par le procureur Kevin Steele pour évoquer au procès, des faits anciens, qui ne sont pas visés par l'accusation mais ont pour but d'éclairer le jury sur le passé de Bill Cosby et les nombreuses cas d'abus sexuels dont il est accusé.

Des contacts, une invitation (à Lake Tahoe dans le Nevada), un verre de vin, une pilule, et le brouillard, durant plusieurs heures, avec des moments de lucidité, fenêtres sur l'horreur, le récit de la sexagénaire correspondait, en beaucoup de points, à ceux de ses devancières.

"Voilà le papa de l'Amérique, couché sur moi, un homme heureux en mariage avec cinq enfants", a dit Janice Dickinson, évoquant l'un des rares instants de conscience dont elle se souvient. L'effet du sédatif était tel qu'elle dit avoir perdu conscience alors que le héros du "Cosby Show" était en train de la violer.

Janice Dickinson a raconté avoir demandé des explications à l'acteur à son réveil, sans en obtenir.
Comme les autres, elle a gardé le silence, même si, elle, n'était déjà plus une anonyme et disposait d'une notoriété dans le monde de la mode.

"J'avais du succès, après avoir galéré", a-t-elle expliqué dans ce tribunal de Norristown (Pennsylvanie), à quelques kilomètres de la résidence de Bill Cosby, où il aurait agressé sexuellement une autre femme, Andrea Constand, début 2004, les seuls faits présumés pour lesquels il est jugé.

"J'avais des clients conservateurs", Vogue, les créateurs de mode, les annonceurs, "qui n'auraient pas apprécié que j'aie été violée", a-t-elle ajouté.

Après les questions du ministère public, l'avocat de Bill Cosby, Tom Mesereau, a beaucoup insisté sur le fait que dans son autobiographie "No Lifeguard on Duty", publiée en 2002, Janice Dickinson avait livré une toute autre version de l'épisode.

Dans le livre, elle assure avoir pris congé, ce soir-là, de Bill Cosby, qui l'avait pourtant invité dans sa chambre, et affirme qu'il ne s'est rien passé entre eux. "Tout a été fabriqué" dans le livre, "parce que je voulais prendre un chèque", a-t-elle expliqué. "Aujourd'hui, j'ai juré sur la Bible (la prestation de serment requise pour chaque témoin), pour dire ma véritable histoire."