Le football français va-t-il tuer le cinéma français ? © Rawpixel - Fotolia / by-studio - Fotolia

Les droits de retransmission du football français ont été attribués hier par la Ligue de Football Professionnel (LFP) et Canal +, diffuseur historique de la Ligue 1, a tout perdu au profit d’un groupe espagnol appartenant à des capitaux chinois. Cette décision dépasse largement le cadre du football et pourrait mettre en péril le cinéma français. Explications.

En 2014, Alain Terzian déclarait que l’avenir du cinéma français se jouait sur un terrain de football. Par cette sortie, le président de l’Union des producteurs de films et patron des Césars plaidait pour l’attribution des droits de retransmission du football français à Canal + plutôt qu’à beIn Sport. S’il avait été entendu à l’époque (les deux diffuseurs s’étaient partagé les 10 matchs de championnat), cela n’a plus été le cas concernant l’attribution des droits pour la période 2020-2024. Canal + ne diffusera en effet plus de rencontres de Ligue 1 dès 2020 et les conséquences pour le cinéma français pourraient être désastreuses.

Canal +, la chaîne des sportifs qui finance le cinéma   
                                                                                
Canal + est en effet l’un des piliers majeurs du cinéma français. Producteur via sa filiale Studio Canal, le groupe est également tenu de consacrer 12,5 % de son chiffre d’affaires à l’achat de films. Et la perte du football français pourrait provoquer un exode de ses clients et diminuer drastiquement ses recettes. Si tel était le cas, le secteur du cinéma verrait également son financement raboté.
 
Le patron de Canal + se veut rassurant
 
Comme l’explique Maxime Saada, patron du groupe Canal +, tout n’est cependant pas perdu pour ce partenaire historique du football français. Mediapro, qui a raflé les droits de diffusion de la Ligue 1 pour 1,153 milliard d’euros par saison avec beIn Sport (soit une augmentation de 60 % en 4 ans), doit régler quelques problèmes pour pouvoir diffuser les matchs dans l’Hexagone. Le groupe espagnol est en effet aujourd’hui absent du paysage audiovisuel français. Il lui reste donc deux ans pour créer une chaîne, la faire accepter par le CSA et trouver un accord avec un opérateur pour le rendre accessible au public.
 
"Je suis sûr que Canal + survivra"

Si ces conditions ne sont pas remplies d’ici deux ans, Mediapro aura le droit de revendre ses droits à d’autres diffuseurs et Canal + pourrait alors de nouveau entrer dans la danse. Invité d’Europe 1 ce matin, Maxime Saada se voulait d’ailleurs optimiste. "Je suis déçu de ne pas avoir remporté les droits. Mais à ces prix-là, c'était totalement déraisonnable. C'était impossible pour nous de miser de telles sommes et je crois que c'est impossible pour un quelconque acteur de miser de telles sommes. (…) "Deux ans c'est long, on verra ce qui peut se passer. J'estime que Mediapro a payé 800 à 850 millions d'euros pour les droits qu'ils ont acquis. Pour rentabiliser, cette somme il faudrait à peu près 7 millions d'abonnés à 15 euros par mois. BeIn sport ça fait 6 ans qu'ils sont là, ils sont à peine arrivés à 3, 5 millions d'abonnés, alors qu'ils ont les droits de la Coupe du monde, l'Euro, le basket… On pose beaucoup la question de la survie de Canal. Moi je pose la question de la survie de Mediapro. Car je suis sûr que Canal + survivra". Ce matin, l'action Vivendi, qui détient Canal +, a tout de même dégringolé de 5 %, soit une perte de 1 milliard d'euros de capitalisation boursière.

A.L.