Une série saoudienne à la gloire du passé "moderne" fait polémique © BELGA

Une série télévisée qui glorifie une époque vue comme le passé "moderne" de l'Arabie saoudite, avant 1979, cristallise les différences entre opposants et partisans des mesures de libéralisation impulsées par le prince héritier dans ce royaume ultraconservateur.

Diffusé pendant le mois de ramadan, la série "Al-Assouf" dresse le portrait d'une autre Arabie saoudite: une société traditionnelle tolérante, où hommes et femmes se mélangent sans entraves, avec des femmes apparaissant non voilées dans des soirées dansantes.

Cette image est considérée par les conservateurs comme une déformation de la réalité historique mais elle fait écho à la position du prince héritier Mohammed ben Salmane, selon lequel le royaume fut un berceau de l'islam modéré jusqu'en 1979, tournant qui marqua la montée du fondamentalisme religieux en Arabie saoudite.

D'après le prince Mohammed, cette année 1979 -ponctuée notamment par la Révolution islamique en Iran- a laissé libre cours aux conservateurs qui ont imposé une vision rigoriste de l'islam, fermé les cinémas et restreint les libertés. Al-Assouf n'a pas tardé à provoquer la colère de la frange conservatrice.

A l'inverse, nombre de modérés -dont l'acteur principal Nasser al-Kasabi- ont vigoureusement défendu le programme. "Les extrémistes s'y opposent car ils estiment que c'est une tentative de détruire ce qu'ils ont construit au cours des deux décennies qui ont suivi (l'année 1979), ce mouvement qu'ils appellent +l'éveil+", a écrit le chroniqueur Abdel Rahmane al-Rashed dans le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat.

Les réactions des ultraconservateurs démontrent leur amertume face à leur influence déclinante alors que les réformes menées par le prince héritier marquent le plus grand bouleversement culturel de l'histoire moderne de l'Arabie saoudite, affirment des observateurs. Parmi elles figurent l'autorisation de conduire pour les femmes, l'ouverture de salles de cinéma et l'organisation de concerts mixtes, autant de décisions mettant à l'écart les extrémistes, autrefois soutiens traditionnels de la famille royale.

La série, diffusée quotidiennement pendant le ramadan, a été tournée il y a deux ans à Abou Dhabi. Le diffuseur, la chaîne MBC, a expliqué que ce délai était lié à des motifs de production, ajoutant que deux saisons supplémentaires seraient produites.