Fête de la musique à Paris: quand l'électro branche l'Elysée © BELGA

La "French touch", qui fait danser d'Ibiza à Coachella, invitée au palais présidentiel de l'Elysée: après Laurent Garnier, premier dj fait chevalier de la Légion d'honneur l'an passé, l'électro gagne encore en respectabilité à l'occasion de la Fête de la musique jeudi en France.

"Il y a clairement une forme de reconnaissance qui est forte. Ça contribue à faire évoluer le statut de la musique électronique", se félicite le producteur et ancien manager de Daft Punk, Pedro Winter, alias Busy P lorsqu'il fait dj.

Le patron du label Ed Banger Records a été chargé de transformer en dancefloor la Cour d'honneur de l'Elysée. Quelque 1.500 personnes, dont le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte qui devraient faire une apparition, danseront sur les mix de Busy P, Kavinsky, Chloé, Cézaire et Kiddy Smile, qui incarnent la diversité de la "French touch".

Des cinq, Kavinsky est le plus connu, pour "Night Call", son tube figurant dans le film américain "Drive". "Chacun a sa sensibilité artistique et même sexuelle. Je trouve ça génial par exemple que Chloé, ancienne dj résidente d'un club lesbien comme Le Pulp (fermé en 2007), soit là", souligne Pedro Winter.

Même si son éducation musicale est classique et s'il écoute plutôt Charles Aznavour ou Johnny Hallyday, Emmanuel Macron, 40 ans, a grandi en même temps que le mouvement électro. Il avait 15 ans quand le Rex Club devenait un haut lieu de la techno parisienne, 20 ans quand Jack Lang (ancien ministre français de la Culture) créait la Techno Parade. Devenu président, il salue une musique qui fait aussi rayonner culturellement la France.

"Hourra! Hourra! Enfin la musique techno entre à l'Élysée. Les années de combat que nous avons menées pour la pleine reconnaissance de la musique électronique, née en France, sont aujourd'hui récompensées par le Président", s'est réjoui Jack Lang, rappelant qu'elle avait été "longtemps diabolisée et excommuniée".

Au début des années 1990, les futures stars de la "French Touch", Laurent Garnier, Daft Punk, Air ou David Guetta, ne pensaient probablement pas être un jour à pareille fête, eux qui ont, pour certains, débuté dans des entrepôts ou investi des forêts pour des rave-parties clandestines.

La techno, avec ses "teufeurs" habillés en militaires, parfois réduits à des "punk à chiens", a longtemps pâti d'une image négative, souvent associée aux drogues comme l'ecstasy. En 30 ans, elle a fini par s'imposer partout, à la radio, dans les clubs, dans les stades.

En 2017, David Guetta, Justice, Kungs, Møme, Rone, Feder ou Petit Biscuit ont largement contribué à la croissance (6,7%) des revenus de l'industrie musicale française à l'international.

La plupart sont jeunes et autodidactes. Néanmoins, Jean-Michel Jarre "milite pour la création d'une académie de musique électronique", à l'heure où les ministères français de la Culture et de l'Education mènent des actions en faveur de la musique à l'école.