Nigeria: Ema Edosio, la "nouvelle voix" de Nollywood © BELGA

Ema Edosio, chemise kaki et petites ballerines dorées, salue les habitants d'Ojuelegba, le quartier de Lagos où elle a tourné son premier film il y a quelques mois, comme si elle était chez elle.

Loin des scènes glamour et des quartiers chics où sont tournées habituellement les grandes productions du cinéma nigérian, Kasala!, qui signifie "problèmes" en langage de la rue, sent la sueur, la poussière, la marijuana, la viande avariée et l'huile de moteur. Pour des raisons budgétaires, l'intrigue tient sur une journée et son ressort est simple: quatre amis "piquent" la voiture d'un oncle pour "aller faire la fête avec classe". Manque de chance, ils ont un accident et doivent absolument trouver 20.000 nairas (47 euros) avant la nuit tombée pour payer les réparations.

T.J. et ses amis sont des adolescents comme les autres. Mais dans un quartier pauvre de Lagos, une erreur de jeunesse peut rapidement tourner au drame: l'oncle est lui-même couvert de dettes et risque la mort s'il ne peut pas revendre sa voiture. Kasala! est une comédie frôlant le dramatique sur l'amitié et l'omniprésente "débrouille" des grandes villes africaines. Il depeint, sans jamais aucun mépris ni jugement, cette jeunesse africaine coincée dans ses ghettos, ses dettes et ses vêtements d'occasion, alors qu'ils rêvent de mener la grande vie, comme leur idôle, la superstar de l'afropop Davido.

Ce premier film a été acclamé par les critiques dans la presse nigériane. "La comédie ancrée dans le réalisme, ce n'est pas quelque chose que l'on a l'habitude de voir sur les écrans nigérians", résume toutefois Dare Dan dans Lagos Film Society. Et pour cause, aucun cinéma local n'a accepté de diffuser Kasala! en salles. "Ils m'ont dit que le public voulait voir des films qui font rêver", déplore Ema Edosio. En langage nigérian cela signifie: des films où l'on voit des gens fortunés.

"Ce cinéma social a beaucoup de mal à émerger", constate Serge Noukoué, organisateur du festival Nollywood Week, à Paris. "Ce n'est pas dans l'ADN de Nollywood, qui est de divertir."