Au Maroc, le cinéma "premium" à la conquête des spectateurs © BELGA

Petites salles insonorisés, fauteuils design, projecteurs dernier cri... l'ancien cinéma du Colisée à Rabat a été refait de fond en comble pour offrir les premières salles "premium" du continent africain, nouveau théâtre de conquête de l'industrie du divertissement.

Après une étude de terrain qui l'a vu "sillonner le pays d'est en ouest", Pierre-François Bernet, le porteur du projet, a tout misé sur le "concept émergent des cinémas haut de gamme qui marchent de mieux en mieux en Asie mais aussi en France et aux Etats-unis", avec un confort maximum.

Les chiffres du Centre cinématographique marocain (CCM) sont pourtant catastrophiques: le pays comptait près de 300 cinémas dans les années 1980, il en reste une trentaine.

Autrefois très populaires, les salles obscures ont vu leur fréquentation chuter à 1,5 millions d'entrées, même si le niveau des recettes, après un plongeon, est revenu l'an dernier à 72,5 millions de dirhams (6,5 millions d'euros), concentré sur un réseau de quatre multiplexes, à Casablanca, Marrakech et Tanger.

"Ça fait trente ans qu'on annonce la mort du cinéma à cause de la télévision, des cassettes VHS, des DVD, d'internet ou du piratage, mais il ne s'est jamais aussi bien porté: entre 2005 et 2015, l'exploitation a fait un bond énorme au niveau mondial, à +30%", souligne M. Bernet.

Convaincu que "l'Afrique est le marché de demain", ce Français de 49 ans a choisi le Maroc parce que "c'est là qu'il y a le potentiel de développement le plus fort" et que "c'est la porte d'entrée du continent".

Il travaille sur un deuxième site à El Jadida, une ville de 200.000 habitants sur la côte atlantique, également avec des aides publiques.

A deux pas du premier Ciné-Atlas, sur la plus grande avenue du centre-ville, le cinéma "Renaissance" ne redoute pas la concurrence mais espère au contraire voir "se dynamiser" Rabat, métropole assoupie de près de 600.000 habitants qui se rêve en "capitale culturelle du Maroc".

"Ça peut changer l'image du centre-ville et attirer les classes aisées" qui vivent dans les quartiers résidentiels excentrés, estime Zainab Guedira, la directrice générale du "Renaissance".

Pour attirer la nouvelle génération "nourrie aux films gratuits sur internet", Pierre-François Bernet parie évidemment sur les blockbusters américains.

Pour les autres, il promet des films "pour tous les publics" et a "mis le paquet", avec 11 millions de dirhams (1 million d'euros), dont 3,6 millions de subvention du CCM.

Les marbres précieux du hall ont été rénovés pour donner du cachet, les fauteuils à double accoudoirs sont de couleur blanche, pour "garantir une propreté visible".