Sense 8, la série transgenre grandiose ou ridicule ?

Difficile de cerner cette série d’un nouveau genre, épastrouillante, à la fois irritante, obsédée par l’idée du transgenre. Qu’est-ce que l’humain ? Telle est la question que se pose le duo Wachowski (créateurs de Matrix) : le frère, Andy, et sa sœur Lana Wachowski, une transexuelle autrefois homme, auteurs de la série Sense8.

Au départ, une femme (Daryl Hannah) se tue pour donner naissance à un groupe de huit Sensitifs (Sensates). Ces êtres possèdent un don extrême, celui de se glisser dans la peau de l’autre, de ressentir ses émotions, en plus du don d’ubiquité. Mais ils sont en danger, pourchassés par un docteur qui aime particulièrement la dissection…  

Sexe et dérision
La série des Wachowski créée pour Netflix s’impose dans un genre méconnu du grand public, celui du sci-fi gay porn. Certes, l’univers de la science-fiction, ils en sont experts depuis Matrix. Mais ce qui est neuf dans Sense8, c’est cette forme de sensualité poussée, cette vision franche de la sexualité, qu’elle soit hétérosexuelle, homosexuelle ou transgenre. Dans Sense8, l’humain est au cœur du récit, ses émotions, ses sensations sont explorées au plus profond et se réverbèrent au sein du groupe des huit héros hyper connectés.

Grandiose et ridicule
Une scène de rebirth collectif  vécue lors d’un concert peut faire vibrer le spectateur, comme les irriter au plus haut point. Pour ma part, j’ai éprouvé de l’admiration, des frissons, mais aussi quelque irritation en particulier pour la faiblesse des dialogues et la naïveté de certains personnages (Lito, l’acteur qui ne veut pas faire son coming out). D’autres, bien campés, permettent de sauver la série et de nous arracher un bon rire : Sun la Coréenne (Bae Doona, actrice de Lost) diminuée par son père, femme d’affaire le jour et boxeuse invincible la nuit, fantastique héroïne de l’ombre. Et il y a le conducteur de bus matatu kenyan, Capheus, surnommé Van Damn en raison de son amour pour le fameux Jean-Claude Van Damme, devenu le justicier du petit peuple de Naïrobi.

Distorsion
En démiurges, les Wachowski se permettent de tordre le temps quand ils en éprouvent le besoin, que ce soit dans des scènes d’amour, de combat, de sexe. Leur série souffre d’un déséquilibre dans son rythme, haletant au début, puis, prenant le temps d’explorer le passé de chaque personnage avec des lourdeurs. Il faut digérer les trois premiers épisodes pour saisir les liens entre les huit Sensitifs et suivre le fil de la narration (ou abandonner) en forme de puzzle.

Lost, heroes
A la croisée des séries étranges (Lost, Heroes) et de la multitude d’images qui défilent sur les réseaux sociaux (Instagram en tête), Sense8 offre une sorte de panorama simultané des amours et des déboires de huit individus, chacun vivant dans un pays différent. La diversité des décors et des cultures permet d’enrichir cette mosaïque et d’en faire une série à l’univers marquant. Culbutant.

V. Nimal

Sense8, une série créée par Lana et Andy Wachowski et Joseph Michael Straczynski en 2015, disponible sur Netflix.
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plus d’info sur Netflix.

Lire aussi : le dossier sur les 8 personnages de Sense8.

Valérie

Une image ? Plume voltigeuse. Le soir, je cuisine ou j’écris. Des histoires d’assiettes, de rencontres, nouvelles ou romans, selon l’inspiration. Le jour, je rédige chroniques et dossiers thématiques sur Skynet.be, sujets gastronomiques dans des magazines féminins. Un plat ? Le risotto aux artichauts. Un plaisir ? Décortiquer les sensations, les couleurs et les saveurs. Un programme ? Capturer l’air du temps, porter un regard critique sur la société du spectacle dominée par l’image. Donner le goût du voyage et de l’inconnu à mes enfants. Rencontrer de belles personnes et peaufiner l’art de l’interview.Blog perso : http://www.madamemonsieur.be

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