Rencontre avec Delphine Noëls pour 'Post Partum'

La réalisatrice liégeoise nous parle de cette fiction poignante, dont on ne sort pas indemne. À découvrir dès mercredi 19 mars en Wallonie et au mois de mai à Bruxelles.

Rencontre avec Delphine Noëls pour 'Post Partum'

Le film Post Partum raconte la dépression profonde que traverse Luce, une jeune mère en perte de repères. Incarnée par Mélanie Doutey, Luce forme avec Ulysse (Jalil Lespert) un couple solide de vétérinaires installé en Bretagne. Impatiente de voir arriver Rose, son premier bébé, Luce change de visage dès l’accouchement. Son soleil devient alors un terrible orage, qui dévaste tout sur son passage…

Déterminante pour la mise en place de la relation mère-enfant, le post-partum s'étend de la fin de l'accouchement jusqu'aux premières règles après la grossesse. Cette période à risque est caractérisée par de nombreux bouleversements qui peuvent, dans certains cas, faire l’objet de conséquences graves, pour la mère comme pour son enfant. C’est ce sujet tabou que la réalisatrice Delphine Noëls a choisi de traiter pour son premier long métrage, coproduit par Belgacom.

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La réalisatrice liégeoise nous parle de cette fiction poignante, dont on ne sort pas indemne.
Cliquez sur la flèche pour lire l'interview de Delphine Noëls, réalisée par Pauline De Beule pour Skynet Films & TV.
(Crédit photo : Benoît Dervaux)

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Quel est l’élément qui vous a donné envie d’aborder un sujet aussi complexe que la dépression post-partum au cinéma ?

Tout simplement, parce que j’en ai croisé un sur ma route. Ça a été le départ d’une longue aventure. Je suis partie de ce que j’ai vu pour essayer de comprendre.

Pour préparer le personnage de Luce, j’ai pris le temps de lire ce qu’expliquent les psychiatres et psychanalystes, pour me débarrasser de toutes les idées préconçues et des préjugés. Je me suis beaucoup appuyée sur ce que j’ai découvert cliniquement pour écrire le scénario.

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Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Mélanie Doutey, que l’on a l’habitude de voir dans des rôles plus lisses ?
Ce contraste avec la noirceur du mal qui touche son personnage ?


Oui ! L’idée de travailler avec Mélanie, c’était ici aussi de me débarrasser des clichés. Je ne voulais pas une actrice "fofolle" pour incarner ce personnage touché par la folie. Je voulais surtout montrer que les problèmes que rencontre Luce peuvent potentiellement arriver à chacune d’entre nous.

Lors des castings, ce qui m’a complètement sidérée chez Mélanie, c’était de voir qu’elle était capable de jouer le soleil et la légèreté, tout en tenant entièrement la route pour les scènes les plus sombres. L’idée de la diriger était très enthousiasmante pour moi, car elle peut passer du jour à la nuit ! Une fois sur le tournage, Mélanie s’est mise dedans tout de suite, sans jamais jouer la folle.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Qu’est-ce qui vous a séduite chez Jalil Lespert, qui incarne le mari de Luce?

J’ai beaucoup aimé son approche du jeu, ainsi que ses propositions lors des sessions d’improvisation. Il a accepté en toute simplicité d’incarner cet homme passionnément amoureux mais incapable de soulager sa femme. Le personnage d’Ulysse traverse le drame, tout en se tenant en retrait.


Et comment avez-vous travaillé sur la connivence entre Jalil Lespert et Mélanie Doutey, qui forment a priori un couple idéal ?

Ils ne se connaissaient pas avant mais on a passé beaucoup de temps à travailler en amont du film. Et puis un beau moment d’émotion nous a tous rapprochés : le vêlage qui ouvre le film nous est tombé dessus lors du premier jour de tournage ! À partir de là, la fusée était lancée.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Dans vos deux courts-métrages (1 clé pour 2 en 2005 et Ni oui ni nom en 2007), la toile de fond était celle du couple et de la tournure absurde que peut prendre une dispute.
Est-ce qu’ici aussi, le dialogue de sourds entre Luce et Ulysse a sa responsabilité dans la dérive de leur couple ?


Oui, tout à fait. Dans mes courts-métrages, j’utilisais le mode humoristique pour travailler sur un non-rapport entre un homme et une femme. Ici, il s’agit du non-rapport entre une maman et son bébé, sur toile de fond d’un non-rapport de couple.

L’histoire n’est pas racontée du point de vue du couple mais uniquement de celui de la maman. Luce est confrontée à un bébé qui est pour elle de l’ordre de l’inquiétante étrangeté. Son mari fait ce qu’il peut, mais il est à mille lieues d’imaginer ce qu’il se passe dans la tête de sa femme. Ulysse s’en remet alors à sa mère (NDLR. incarnée par Françoise Fabian), parce qu’il est perdu. Et je crois que l’on serait tous perdus pour moins que ça.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Ce huit-clos tient le spectateur sous tension, dans une atmosphère parfois proche de l’insoutenable. Est-ce volontaire ?

J’ai effectivement écrit un thriller. J’ai voulu donner l’occasion aux spectateurs de se mettre dans la peau de ces femmes-là, rien qu’une fois, pendant une heure et demie. C’est en ce sens que je me vois un peu comme leur avocate. Je sais qu’en touchant à ces tabous je ne m’inscris pas dans le « mainstream »... Mais j’assume ! (Rires)

C’est pour que l’on se débarrasse des jugements trop faciles que j’ai conçu mon film comme une sorte d’expérience.
Je sais que le résultat est dur, mais c’est dur aussi pour ces femmes-là ! J’ai donc essayé de montrer le personnage de Luce dans tout son désarroi et son angoisse, mais également dans son courage. C’est à mes yeux une véritable héroïne, qui fait tout ce qu’elle peut pour devenir une bonne mère.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Le lieu de tournage participe à cette atmosphère pesante…

Je ne connaissais pas particulièrement la région où a été tournée la majeure partie du film, mais je voulais travailler dans un endroit semblable aux films d’Ingmar Bergman. Je savais donc que le plus proche, c’était la Bretagne.
Je voulais de l’eau, de vraies marées et des tempêtes pour composer un paysage agité.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

Quel était votre sujet de départ pour faire ce film : le couple, la maternité ou la folie ?

Le prétexte, c’est la maternité. Pour le spectateur, il s’agit avant tout de l’histoire d’une mère. Mais pour moi, le film traite d’une histoire qui se crée entre deux êtres.

Au départ, il n’y a rien du tout entre cette mère et son bébé, et nous sommes les témoins du lien qui se tisse de fil en aiguille.
Il s’agit de la naissance d’une histoire d’amour, un peu délirante. Peut-être finalement comme toutes les histoires d’amour, n’est-ce pas ?

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

On croise peu d’infirmiers et de médecins dans cette histoire. Seul un psy suit Luce mais il ne semble pas avoir d’emprise sur elle. Est-ce que cela traduit une volonté de dénoncer l’impuissance du corps médical ?

Non, ce n’est pas un film qui est fait pour dénoncer la psychiatrie. Je devais, pour mener mon histoire à bien, faire en sorte que cette femme ne soit pas complètement guérie par le biais de la psychiatrie, et je pense que cela peut arriver. Les psychotiques ne prennent pas toujours bien leurs médicaments, ne sont pas toujours diagnostiqués suffisamment tôt, etc. En cela, mon histoire est donc crédible.

Mais je reste persuadée que la psychiatrie, tout comme la psychanalyse, peut avoir un réel impact.

Interview de Delphine Noëls

Interview de Delphine Noëls

On ne reçoit pas vraiment de clé pour établir un lien de cause à effet. Cela signifie que, finalement, la folie est peut-être en chacun de nous ?

L’intéressant en travaillant sur la folie, c’était de montrer en quoi nous en sommes proches, en quoi c’est humain. Je ne voulais pas tout expliquer, car c’est une de défense de tout comprendre. « Gardons-nous de comprendre », comme disait Lacan !

L’une des choses que j’ai apprises en faisant des stages en hôpital, c’est que la psychose n’est pas absolument réductible à des explications. On peut essayer d’interpréter mais, si on veut être honnête, il y a toujours un noyau dur inexplicable. J’ai donc eu le souci dans ma mise en scène de respecter cette zone de flou. Pour cela, il m’a fallu trouver des équivalents cinématographiques, qui constituent de très bons outils pour raconter des histoires. Il y a ainsi des images qui illustrent l’inexplicable et qui renvoient le spectateur à sa propre interprétation.


Avez-vous déjà des projets pour l’avenir ? Des envies de revenir à la comédie ?

Je prépare actuellement une comédie de couple, pas piquée des vers ! Un nouveau long métrage qui s'inscrit dans un tout autre registre… À suivre prochainement.


Découvrez ici la chronique de Valérie Nimal sur le film Post Partum.

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