"Pas son genre": conversation avec Lucas Belvaux

'Pas son genre' : conversation avec Lucas Belvaux © Photo : David Koskas - Cinéart

"Pas son genre?"
C’est le genre de phrase que l’on entend parfois, à propos d’un couple singulier. Le genre de préjugés qu’on peut lancer comme ça, à un ami… Le dernier film de Lucas Belvaux fait justement éclater les préjugés.
Nominé aux Magritte 2015, Pas son genre est actuellement disponible dans le catalogue à la demande de Proxiums TV.

Un homme et une femme
Elle est blonde décolorée, lui porte un imper noir et des lunettes d’intello. Clément et Jennifer ; elle est coiffeuse, vit à Arras. Il est prof de philo à Paris. Quand Clément est muté dans un collège à Arras, il soupire :  la province quelle horreur ! Et cependant, il va tomber sous le charme de cette jeune femme joyeuse, pétillante, vraie. Car Jennifer est abonnée au bonheur, elle le cultive. Lui, ne sort jamais de ses bouquins, il ne se lâche pas. Alors comment vont-ils s’aborder, se plaire, se trouver ?

Lucas Belvaux réussit à faire de cette rencontre une histoire intime, intense, parsemée de petits plaisirs et de grands bonheurs, comme il le dit aussi, de madeleines, par le biais de la chanson. Dans ce film, Emilie Dequenne chante beaucoup. Lucas Belvaux lui offre un magnifique rôle. Un film sur l’envie de se battre pour être heureux et libre. Découvrez son interview dans ce dossier.

Ce samedi 7 février 2015, Pas son genre a été récompensé à deux reprises aux Magritte du cinéma : Lucas Belvaux a remporté le Magritte du Meilleur scénario original ou adaptation et Emilie Dequenne celui de la Meilleure actrice.

Crédits photos : David Koskas - Cinéart

1) A propos des personnages de "Pas son genre"

1)    A propos des personnages de "Pas son genre" © Photo : David Koskas - Cinéart

-    Pas son genre est l'adaptation du roman de Philippe Vilain. Que vouliez-vous en extraire ?
J’aimais l’idée du roman : un amour est-il possible malgré la différence culturelle ? Et dans le livre, il y avait surtout  deux très beaux personnages, Clément et Jennifer.

-    Vous connaissiez Loïc Corbery ?
Je l’ai rencontré au casting. C’était difficile de trouver un acteur de 35 ans qui ait l’air intelligent, cultivé, crédible quand il explique Kant… et beau mec !

- Comment avez-vous préparé Loïc pour le rôle du prof de philo parisien ?
C’est  un monde que Loïc connait. C'est un acteur de la Comédie française, il travaille des textes classiques, Molière, Marivaux… C’est un intellectuel. Les gens qu’il fréquente sont comme ça.

- Vous aussi vous connaissez ce milieu, vous vivez à Paris
Derrière l’image de l’imper noir, il y a des individus qui souffrent, qui vivent, on peut être très cultivé et très con aussi (rires). Je me sens aussi proche d’elle (Jennifer) que de lui (Clément).

-  Et Emilie Dequenne, elle s’est imposée comment ?
Au départ, je voulais faire le film avec Sophie Quinton qui joue dans mon précédent film, "36 témoins" (voir ce film ici en VOD) mais Sophie n’a pas pu faire "Pas son genre".
Emilie me paraissait trop évidente. Je me méfie de ça, des personnages populaires, capables d’émouvoir de façon intense, tout de suite, comme Emilie. Enfin, j’ai eu le coup de foudre quand je l'ai rencontrée. C’était, sa façon de parler du personnage de Jennifer, son envie.

-   Jennifer est une héroïne touchante, elle tire les fils de l’histoire ?
Dans cette histoire d’amour, Jennifer ne maîtrise pas tout, et elle en souffre ; c’est un personnage d’une grande dignité, du début à la fin : elle reste debout, droite, elle a le sens des responsabilités, par rapport à son enfant et par rapport à elle. Elle croit que le bonheur est suffisamment rare, qu’il ne faut pas le laisser passer. Tout ce qui est heureux doit être vécu pleinement : les fêtes avec ses copines, le karaoké, les vacances… 
Ce qui est important pour Jennifer, c’est le bonheur et il faut se battre pour le bonheur.

2) L’ambiance du film, les chansons, la joie de vivre

2)    L’ambiance du film, les chansons, la joie de vivre © Photo : David Koskas - Cinéart

-    Votre film est truffé de chansons. Emilie Dequenne s’éclate visiblement en chantant !
Emilie apporte quelque chose dans les scènes de chanson. Elle chante très bien, elle a aimé ça.
Dans le livre, elle n’est vue qu’à travers Clément. Quand j’ai adapté le bouquin, je voulais nourrir le personnage féminin, vivant, heureux. Je voulais traduire ce qu’Emilie vit, son bonheur, à travers le chant : c’est un art populaire, une chanson marque une époque ; c’est comme une madeleine, on peut s’en souvenir trente ans après, et avoir immédiatement les images d’un événement lié à une chanson, à l’adolescence… des moments de bonheur.

-   Vous amplifiez sa vitalité dans la scène de la boite de nuit : Jennifer parvient à décoincer son amoureux. Elle lui dit « lâche-toi » !
Et Clément se lâche ! C’est ce qu’elle lui apporte : elle arrive à le faire se lâcher, alors qu’il est est incapable. Jennifer peut vivre les choses pleinement.

3) Se libérer de tout préjugé

3)  Se libérer de tout préjugé © Photo : David Koskas - Cinéart

-   La scène du carnaval et des masques m’a bouleversée… On voit le regard d’Emilie Dequenne qui change sur son amant. Comme dans Le Mépris de Godard.
C’est une scène définitive, une bascule. Lui, il ne dit rien… c’est la goutte qui fait déborder le vase. Juste avant il y a la scène du livre, et puis vient la négation de ce qu’elle est. C’est beau, le carnaval, il y a un côté Ensor !

- C’est votre belgitude qui revient ?
Oui, il suffit de mettre la caméra… c’est la Flandre, la Belgique ; au carnaval on se lâche, le monde est cul par-dessus tête, littéralement, les gens sont grimés, tout est permis. On s’oublie. Ce que Clément n’arrive pas à faire. Et en même temps, c’est le moment où les choses vont se révéler, la vérité arrive.

4) Le talent d’Emilie Dequenne

4)    Le talent d’Emilie Dequenne © Didier Lebrun/Photo News

-    Quelle est la grande force d’Emilie Dequenne ?
Le talent d’Emilie, c’est de pouvoir jouer des choses aussi délicates, dans tous les sens du terme : délicates à jouer (il ne faut pas en faire trop) et il faut que cela soit vrai et juste. C’est une actrice de la situation, elle a déjà travaillé son rôle avant, intégré, intériorisé. Quand elle arrive sur le plateau, le personnage est construit, et elle n’a plus qu’à  jouer les situations les unes après les autres. C’est admirable, c’est une grande actrice.

Voir aussi :  l’interview d’Emilie Dequenne ici.

Photo : Emilie Dequenne reçoit le Magritte de la meilleure actrice en 2013.
Crédits : Didier Lebrun/Photo News

5) Questionnaire ping pong : Lucas Belvaux

5)    Questionnaire ping pong : Lucas Belvaux © Photo : David Koskas - Cinéart

-    L’important dans la vie c’est ? 
     Vivre !

   Être libre ça veut dire quoi ?
     Être libre de tout préjugé. Libre par rapport à soi-même. De ses propres contraintes.

-    Qu’est-ce qui vous émeut ?
     Je suis très émotif, beaucoup de choses m’émeuvent. Matisse, Bach, Robert Bresson, John Cassavettes… Je peux être très bon public. Même le printemps m’émeut, la lumière, le matin, le calme de l’aube… Un chien, qui se roule dans l’herbe.

-    Après quoi courez-vous ?
      Après la sérénité, la liberté absolue.

-    Qu’est-ce qui vous donne envie de continuer ?
      Être surpris tous les jours. Faire un film, ce sont des plaisirs très différents, je prends un tel plaisir de rencontrer des acteurs comme Emilie Dequenne, Loïc Corbery, ou dans le passé, Ornella Muti, Jean-Pierre Léaud…

Interview de Lucas Belvaux pour le site Skynet Films & TV, réalisée par V. Nimal.

Pas son genre est actuellement disponible dans le catalogue à la demande de Proxiums TV.

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