Rencontre avec Delphine Lehericey pour 'Puppylove'

Delphine Lehericey s’est penchée sur le destin d'une adolescente pour son premier long métrage. Rencontre.

Rencontre avec Delphine Lehericey pour 'Puppylove'

Le film Puppylove raconte les aventures de Diane, une adolescente énigmatique et solitaire. Elle s’occupe de son petit frère, Marc, et entretient une relation fusionnelle avec son père, Christian. L’arrivée dans le quartier de Julia, jeune fille charismatique et affranchie, vient bouleverser le quotidien de Diane. Alors qu’elle veut à tout prix s’arracher à l’enfance, Diane traverse, le temps d’un semestre, les expériences les plus troublantes de sa vie.

Delphine Lehericey s’est penchée sur le destin d'une adolescente en quête d'aventure(s) pour son premier long métrage, coproduit par Belgacom et tourné en partie en Belgique.
La réalisatrice franco-suisse nous parle de cette fiction à découvrir dès mercredi 7 mai sur nos écrans.


Cliquez sur la flèche pour lire l'interview de Delphine Lehericey, réalisée par Pauline De Beule pour Skynet Films & TV.
Crédit photo : Entre Chien et Loup
et Laetitia Bica

Un premier long métrage

Un premier long métrage

Pourquoi avoir choisi un personnage d’adolescente pour votre premier film ?

C’est venu un peu par hasard… Au départ, je viens du documentaire, puis j’ai fait un moyen métrage avec trois fois rien, en improvisation totale, sans écrire de scénario. C’est à ce moment-là que j’ai rencontré mes producteurs (Entre Chien et Loup, ndlr), qui m’ont suggéré de faire un film « normal », basé sur un scénario, afin qu’ils puissent le financer. C’est difficile qu’un film existe vraiment sans cela, à part en festival ou de manière alternative. Mais on fait des films pour les gens, pour les voir sortir en salle, pas juste pour les cinéphiles !

C’est donc cet enjeu qui m’a poussée à écrire un scénario. Un exercice très compliqué, car je n’ai pas fait d’études de cinéma. J’étais totalement découragée au bout d’une année, car je trouvais mon histoire épouvantable. Et c’est à ce moment-là que j’ai eu un déclic, en réalisant qu’il fallait que je raconte une histoire qui me concerne, parce que j’allais devoir la défendre pendant plusieurs années, de l’écriture au tournage, en passant par le financement.
Cela a été très vite à partir de ce moment-là. En six mois à peine, je tenais la première version. Puis le financement a été un peu long, parce que mon scénario était trash. Mais j’ai tenu bon car c'est un récit très personnel.

Le point de départ

Le point de départ

Le film s’ouvre sur une première fois (manquée) entre deux adolescents ; un sujet universel, tant pour les ados que les adultes. Est-ce le point de départ de votre film ?

La première scène que j’ai écrite, avant même d’avoir fini l’histoire, c’est la scène un peu burlesque dans la voiture, avec Diane et son père. J’ai donc commencé par le milieu du film, sans le savoir. C’est un moment important, qui illustre l’unique relation à un père et la question de l’inceste, qui n’est pas consommée du tout, mais qui plane au-dessus du père et de sa fille.

Le sujet du film, c’est surtout le moment hormonal que vit une jeune fille perdue au milieu d’un tas de questions, au point de demander à son père s’il la trouve belle et si elle sera capable de coucher avec un garçon, alors que c’est la dernière personne à qui il faut demander cela. Je voulais raconter que cette période était tellement bizarre qu’elle pouvait donner lieu à des situations absurdes.

À l'attention du jeune public

À l'attention du jeune public

L’écriture de ce film a du vous-même vous replonger dans votre position d’adolescente. Est-ce un film que vous auriez aimé voir à l’époque ?

C’est aussi la question que je me suis posée. J’ai un garçon de trois ans et demi et deux beaux-enfants, de 13 et 17 ans. Je me suis dit que si j’avais eu une fille, j’aurais adoré pouvoir lui montrer ça et j’aurais voulu, vers 15 ans, voir un film qui pose de vraies questions. Non pas une histoire qui explique ce que l’on doit faire ni comment cela doit se passer, mais un regard sur l’adolescence.

Je pense que cela m’aurait rassurée de voir que d’autres traversent aussi des choses un peu violentes. Bien entendu, il s’agit d’une fiction à bien des égards, mais j’ai voulu faire ce film pour toucher les adolescents, d’un point de vue militant et féminin.

Un duo unique

Un duo unique

Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Solène Rigot et Audrey Bastien, les deux personnages principaux de votre film ?

C’était un très long casting, qui a duré neuf mois ! On a commencé avant que le scénario ne soit complètement terminé, car j’avais envie de voir des jeunes filles et cela m’a beaucoup aidée. J’ai rencontré des adolescentes très jeunes, mais je n’ai pas voulu prendre la responsabilité d’emmener une fille d’une quinzaine d’années sur ce tournage, car c’est une expérience bouleversante. Je cherchais avant tout une personnalité, une fille solide avec la tête sur les épaules, qui proposerait quelque chose.

J’ai rencontré Solène par le biais d’Audrey Bastien (qui incarne le personnage de Julia), qui a quant à elle rejoint le projet dès le début du casting. C’est elle qui a téléphoné à Solène, avec qui elle est amie, pour la convaincre de passer le casting et intégrer le projet. Dès que Solène a passé la porte, j’ai compris qu’elle incarnait ce que je cherchais depuis neuf mois.

Le fait que Solène et Audrey se connaissent et s'aiment beaucoup m’a épargné une grosse partie de travail. Je n’avais qu’à allumer ma caméra pour capturer ce rapport d’aide mutuelle qui existe entre elles. Solène admire beaucoup Audrey pour son aisance et sa sensualité par exemple. Et cela, c'est toute l'idée du film !

Le tournage

Le tournage

Est-ce que votre scénario, qui contient notamment des scènes de nu, présentait des difficultés pour ces jeunes acteurs et actrices ?

Audrey avait 20 ans et Solène 19 au moment du tournage, elles sont donc plus âgées que leurs personnages. Comme c’étaient des filles et qu’elles étaient plus matures, il y avait un très grand décalage avec les garçons de 15 ans.

Quant aux scènes de nu, on a abordé le tournage de manière vraiment technique. Je montrais les positions comme une séquence de danse, ce qui détendait tout le monde. Bien sûr, les filles étaient un peu mal à l’aide au moment d’enlever leurs vêtements mais on les a protégées. On était cinq maximum sur le plateau, avec le moins de garçons possible.
D’autant que c’était un tournage mixte, avec une égalité hommes-femmes. C’est ma grande fierté ! (Rires)

Un scénario ouvert

Un scénario ouvert

Avez-vous modifié l’histoire en fonction des propositions d'acteurs ?

On a changé beaucoup de choses dans le scénario, qui était plus trash que le film. Je me suis rendue compte avant de filmer, quand j’ai rencontré les actrices, que c’était parfois trop leur demander, et puis que c’était de l'ordre de la provocation de vouloir filmer des scènes de manière trop crue, en montrant par exemple les parties génitales.

Elles m’ont beaucoup aidée à trouver la bonne distance. Je pense que c’est une erreur classique, dans un premier film, de vouloir montrer ce qu’on sait faire et jusqu’où on peut aller. Grâce à elles, on a trouvé le juste milieu, sans quoi je me serais emballée, et je pense que je me serais trompée.

Une adolescente troublante

Une adolescente troublante

Le personnage de Diane est assez ambivalent, comment la définiriez-vous ?

C’est vrai que Diane est une personnalité désorganisée, difficile à saisir, parce que les pistes sont brouillées.
Je crois qu’elle incarne ce moment où l’on a encore des ancrages dans l’enfance et déjà d'autres vers l’âge adulte. Je trouvais cela important que ce soit un personnage en action, parce que l’on voit trop souvent des adolescents victimes de l’adolescence. Ce n’est pas très responsable de montrer cela.

La figure parentale

La figure parentale

Entre Diane qui n’a pas de maman et un père encore adolescent et Julia qui déteste ses parents bourgeois et autoritaires, vous souhaitiez montrer le fossé qu’il existe entre parents et enfants ?

Oui, parce que quel que soit le modèle, il y a un moment où ça ne marche pas. ll y a des familles où cela se passe mieux, mais la rupture est inévitable dans la majorité des cas. Et cette rupture est importante, parce que c’est la limite ; la limite que Diane s’oblige à franchir, presque toute seule, parce que son père ne l’aide pas à la dépasser.

Ce n’est pas que je déteste les adultes et que je les trouve cons, je suis moi-même adulte (rires), mais le film se positionne du point de vue adolescent. Ce n’est donc pas possible de montrer des parents "copains".

Un personnage absent

Un personnage absent

Diane n’a pas de maman. On ne sait pas si elle est partie ou décédée. C’était inutile de préciser ?

Il y avait beaucoup d’informations dans le scénario. Un scénario, c’est comme un puzzle, il faut que l’on ait toutes les scènes et il ne peut manquer aucune pièce. Mais cela ne résiste pas toujours à la pratique du tournage.

En théorie, la maman de Diane est décédée, mais dès que l’on faisait apparaître ce personnage dans l’histoire, cela justifiait l’attitude de Diane et lui donnait une dimension tragique, ce qui n’est pas du tout le but. C’est comme cela que toutes les scènes de la mère ont sauté au profit d'une part de mystère.

Un rôle de contre-emploi

Un rôle de contre-emploi

Comment avez-vous pensé à Vincent Perez pour incarner ce père à côté de ses pompes ?

En réalité, je n’ai pas pensé à lui, pas du tout. Pourtant, je l’ai adoré dans Ceux qui m’aiment prendront le train, qui est un de mes films préférés, ainsi que dans les autres films de Patrice Chéreau. Mais à aucun moment je ne l’ai envisagé.

C’est une directrice de casting qui m’a suggéré de le rencontrer, parce qu'elle estimait que j’avais besoin d’alliés pour tourner ce premier film. On a donc été dîner, et là j’ai vu un homme en mouvement permanent, qui regardait toutes les serveuses (rires). C’est une très belle rencontre.

Il a accepté d’être avec nous dans une caravane, sous la pluie, d’être coiffé n’importe comment, dépareillé et enlaidi, parce qu’il voulait vraiment faire ce film. Et puis il a ce talent de composer les personnages.

Cet article me rend ...
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