Rencontre avec Jonathan Zaccaï pour "Je te Survivrai"

Sylvestre Sbille et ses deux acteurs principaux (Jonathan Zaccaï et Ben Riga) nous parlent du film Je te Survivrai.

Rencontre avec l’équipe de Je te Survivrai

Rencontre avec l’équipe de Je te Survivrai

Joe Van de Zande, 40 ans, est un promoteur immobilier aux techniques de vente peu catholiques qui envisage de construire un golf sur sa propriété. Blanche, la voisine, refuse de vendre sa petite cabane, ce qui freine ses plans. A la recherche d’un moyen pour contrarier cette vieille dame, Joe descend dans son propre puits afin de lui couper l’eau. L’arroseur arrosé s’y retrouve coincé ! Blanche est le seul témoin de cette mésaventure, et donc la seule à pouvoir l’aider à en sortir. Mais en a-t-elle vraiment envie ?

Il s’agit du premier film du Belge Sylvestre Sbille, qui se joint à ses deux acteurs principaux (Jonathan Zaccaï et Ben Riga) pour nous en parler.

Je te survivrai est à découvrir ce mercredi 3 février 2016 sur La Trois.



Propos recueillis par Pauline De Beule

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Quel a été l’élément déclencheur de cette histoire d’enfermement ?

J’ai toujours aimé les histoires de survie. Un jour, un ami m’a raconté une anecdote incroyable ; il s’est retrouvé coincé dans l’ascenseur d’un immeuble à la côte belge, avec une demi-bouteille d’eau et une veilleuse sur minuterie. Je me suis dit que c’était un très bon début de film parce que l’humanité et les travers de chacun sont exacerbés dans ce type de situation.

Dans mes précédents courts-métrages (Les Demoiselles, ndlr) et documentaires (Au Bord du Monde, ndlr), j’ai également exploité des histoires d’isolement. Et je compte réitérer l’expérience pour un prochain long métrage, qui a lieu durant la bataille des Ardennes, dans lequel tout se passe dans un cave !

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Tout acheteur potentiel est confronté aux agences immobilières, un milieu peu exploité à l'écran mais finalement cinématographique ?

Un peu comme les croque-morts ou les garagistes, on a (malheureusement) tous croisé un agent immobilier sur sa route. Ce sont des métiers plein de mystère pour le grand public.
Ma femme a elle-même travaillé durant quelques mois dans une agence à Namur. Un soir, alors que j'écrivais le scénario du film, elle est rentrée et m’a dit « je sais qui tu pourrais mettre dans le puits ! ». Elle voulait parler de son patron, qui était un personnage très matérialiste. Un cliché qui a donc inspiré le rôle de Joe. Mettre un petit despote impulsif au fond d’un trou, c’est jubilatoire.

Même si l’on en a rajouté un peu, les collègues de Joe ne sont pas si loin de la réalité. Il suffit d’aller faire un tour en Wallonie profonde pour s’en rendre compte.

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Qu’est-ce qui vous a plu chez Jonathan Zaccaï pour ce rôle de frimeur ?

Je cherchais un acteur capable d’être à la fois drôle pour incarner cette comédie et d'émouvoir dans les moments où le personnage de Joe est sur le point de craquer.

J’ai découvert le potentiel comique de Jonathan Zaccaï dans le film belge Simon Konianski, de Micha Wald et j'ai adoré son interprétation plus dramatique dans De battre mon cœur s’est arrêté, de Jacques Audiard, ou Le Tango des Rashevski, de Sam Garbarski.

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Avec un casting 100% belge et de nombreuses références à la Belgique, le film est-il destiné à dépasser nos frontières ?

Il s’agit d’une coproduction franco-belge, mais nous avons eu la chance de pouvoir travailler avec tous des acteurs nationaux et de faire un film totalement ancré dans la culture belge, qui plaît aux Français pour son côté « décalé ». Certains personnages ont d’ailleurs un accent du terroir prononcé ; c’est une volonté de raconter une histoire à laquelle les gens peuvent s’identifier. Pour le personnage de « Quequet » par exemple, David Murgia (vu notamment dans Rundskop et La Tête la Première, ndlr) est venu rapidement avec de bonnes propositions, car l’accent belge l’a tout de suite inspiré. Je n’ai pas voulu pousser jusqu’à la caricature mais je trouve que cela collait à cette histoire bon enfant. Même si Joe s’est enrichi, il a également un côté très populaire dans ses goûts ou sa façon d’être.

La chanson de Jean-Pierre François "Je te Survivrai", qui résonne comme un titre prémonitoire n’est pas choisie au hasard. Elle évoque l’esthétique de la Wallonie authentique. C’est le genre de titres kitsh que l’on peut écouter sur Radio Chevauchoir, une fréquence typiquement namuroise à laquelle je rends hommage à plusieurs reprises.

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Présentez-nous Ben Riga, qui tourne au cinéma pour la première fois

J’ai trouvé Ben dans mon village, il y a une dizaine d’années. En réalité, elle est très proche du personnage de Blanche. Ben est professeur de théâtre au conservatoire de Huy et organise en parallèle des festivals de conte. Elle vit très simplement, à la campagne, chauffe son eau au bois et est entourée d’une kyrielle d’animaux !

Je pense que la vraie morale de mon histoire, c’est que le personnage de Blanche incarne l’idéal vers lequel une partie de l'Occident (dont je fais partie) veut tendre aujourd'hui. A priori, cette vieille dame aigrie représente l’échec de notre société, mais on se rend compte au fur et à mesure qu’elle a peut-être raison sur toute la ligne. Elle est libre et n'hésite pas à agir en héroïne.

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

Questions à Sylvestre Sbille, réalisateur

En filmant la plus grande partie de l’histoire dans un espace sombre et réduit, comment ne pas tourner en rond ?

J’ai pris cela comme un challenge, un peu à la manière de l’Oulipo ; un mouvement littéraire des années 60 qui travaillait avec des contraintes, comme celle par exemple d’écrire des romans sans « e ». Cela oblige à faire preuve d’inventivité pour filmer de façon évolutive.

D’autant qu’au montage, il a fallu faire coïncider les scènes de la vieille dame tournées à la surface avec les plans de Joe filmés plus tard, dans le puits reconstitué en studio. 

Questions à Jonathan Zaccaï

Questions à Jonathan Zaccaï

Qu’est-ce qui vous a plu dans le travail de Sylvestre Sbille, dont c’est le premier long métrage ?

Notre rencontre est assez particulière, car il m’avait déjà proposé ce rôle il y a deux ans, que je n’avais pas accepté. Finalement, l’un de mes projets a sauté et Sylvestre, de son côté, s’est retrouvé sans acteur, car son premier rôle (Renaud Rutten, ndlr) s’est blessé en cours de route.
L’originalité du projet m’a plu dès la première lecture mais, à l’époque, j’étais un peu réticent à l’idée de passer de longs moments seul, enfermé dans un puits. En même temps, qui ne le serait pas ?

Questions à Jonathan Zaccaï

Questions à Jonathan Zaccaï

Le fait d’incarner un nouveau riche imbu de sa personne, c’était un vrai défi ?

Je dois l’avouer, pardonnez-moi l’expression, mais j’aime les « gros cons ». J'adore incarner ces personnages hauts en couleurs, très différents de moi je l’espère (rires).
Pour ma part, je n’ai pas eu affaire à un agent immobilier aussi pourri que Joe, j’ai sans doute eu de la chance de tomber sur plus fin. Quand je me suis découvert physiquement dans ce personnage, cela m'a vraiment fait penser à un vendeur sans pitié.

Un frimeur, adulé par son entourage, qui se croit tout puissant, finalement ça rappelle un certain JC, dans JC Comme Jésus-Christ (le premier long-métrage réalisé par Jonathan Zaccaï, ndlr)...

Effectivement, on peut faire le parallèle, mais chez J-C, on pouvait se demander s’il y avait du génie, tandis que Joe est une arnaque pure et simple.

Découvrez le film JC comme Jésus-Christ, de Jonathan Zaccaï, dans le catalogue à la demande Belgacom TV.

Questions à Jonathan Zaccaï

Questions à Jonathan Zaccaï

Au moment où Joe se retrouve coincé dans son propre puits, il n’appelle pas à l’aide. Il sait que Blanche n’est pas une option ?

Oui,  d’autant qu’il s’est mis dans cette situation en allant couper l’eau de sa voisine. Ceci dit, vous n’avez pas tort, il aurait quand même pu tenter le coup. Mais on voit bien ce que cela donne une fois qu’elle arrive…

Pour tourner une bonne partie du film dans un mètre carré, mieux vaut ne faut pas être claustrophobe...

C’était vraiment particulier, car au final cela revient un peu à incarner un rôle d’insecte qui est ausculté. Finalement j’étais assez rarement dans le vrai puits, car la majorité des scènes ont été tournées en studio. Le plus difficile, c’était le manque de partenaires réels. Même quand on parle à quelqu’un depuis le fond d’un puits, on ne distingue qu’un visage et l’on communique avec une voix lointaine.

Questions à Jonathan Zaccaï

Questions à Jonathan Zaccaï

Dans cette reconstitution de Star Wars que Joe joue pour Blanche, c’est un fan inconditionnel qui improvise ?

Là, on m’a laissé ressortir mes classiques, j’avoue m’être laissé aller ! J’ai adoré Star Wars, à l’époque où c’est sorti. C’est une saga qui a marqué mon enfance, bien plus que les récents épisodes pour les nouvelles générations.

Le rêve absolu de Joe c’est de construire son golf dans sa propriété pour profiter de ses vieux jours. Et vous, qu’est-ce qui vous fait rêver en tant qu’acteur ?

Un rôle où je dors pendant tout le film. C’est quand même le comble du luxe ! (rires)

Questions à Ben Riga

Questions à Ben Riga

Blanche n’a pas envie d’aider son voisin Joe, qui a bien mérité d’être coincé dans son puits. Mais elle lui apporte de l’eau après le premier jour. Elle veut donc qu'il s'en sorte ?

C’est difficile de décider de la vie ou la mort de quelqu’un. Je crois que sa première réaction est de se dire qu’il n’a qu’à y rester. Mais c’est malgré tout un être humain, alors lui jeter une bouteille d’eau la rend moins responsable.
Même si tout les oppose, leur condition les rapproche petit à petit. Blanche se rend compte des faiblesses de Joe, qui prend conscience quant à lui de la force de cette vieille dame. Leurs échanges se transforment en une sorte d’affection, voire d’amitié, qui va pousser Blanche à se surpasser pour tenter de le sortir de là. C’est l’histoire d’une rencontre, comme dans la vraie vie finalement.

Blanche vit en autarcie, avec son chien et ses bêtes. Est-ce une solitude qui lui pèse ou l’apaise ?

Elle a trouvé son équilibre ; rien ne l’embête à part don voisin. Elle a sa chèvre et son chien, à qui elle raconte ses misères. Elle s’est organisé sa petite société. Elle est contrainte à la solitude et s’en est fait un équilibre. Plus que de s’en accommoder, elle a acquis une certaine philosophie.

Je te survivrai est à découvrir ce mercredi 3 février 2016 sur La Trois.

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