Rencontre avec David Lambert pour 'Je suis à toi'

Skynet Films & TV l'a rencontré pour qu'il nous parle de Je suis à toi , un film qui lève le voile sur de nombreux tabous.

Rencontre avec David Lambert pour 'Je suis à toi'

Dans Je suis à toi, Lucas, un jeune escort boy argentin démuni, fait tout ce qu’il peut pour survivre à Buenos Aires. Sur internet, il rencontre Henry, un boulanger belge qui souffre de solitude et qui rêve de le sauver de la prostitution. Lucas traverse l’Atlantique pour devenir l’apprenti de Henry, mais il se sent bien vite prisonnier de son amour. Audrey, la vendeuse de la boulangerie, a quant à elle tout pour lui plaire, mais elle se refuse à lui…

Ce mercredi 26 novembre 2014, le Belge David Lambert sort son second long métrage.
Skynet Films & TV l'a rencontré pour qu'il nous parle de Je suis à toi, un film qui lève le voile sur de nombreux tabous. Il s'agit d'une coproduction Proximus TV.

Propos recueillis par P. De Beule
Crédit photo : J. Legraie

Quel est le thème initial de votre film ?

Quel est le thème initial de votre film ?

J’avais cette histoire en tête depuis quelques années. Cela m’est venu en fréquentant des prostitués dans la vie réelle. J’ai alors constaté que le cinéma ne rendait pas bien compte des prostitutions contemporaines. C’est ainsi qu’est née cette rencontre improbable entre deux personnes qui, après des échanges virtuels, se retrouvent dans la vie réelle et doivent composer l’une avec l’autre. J'y confronte un type de prostitution très particulier à un type de client.

L’idée sous-jacente est de mettre en parallèle une misère économique avec une misère affective et sexuelle. L’action se déroule en Wallonie profonde, dans le village d’Hermalle-sous-Argenteau, qui tente de survivre à la crise. On s’aperçoit alors que ce qui est supposé être l’eldorado européen pour ce jeune Argentin est de l’ordre du fantasme.

Même si l’on rit par moment, il s’agit bien d’un drame social selon vous ? Ou c’est un entre-deux ?

Mon idée de départ, c’était de mélanger les genres en faisant un drame avec des moments comiques. Dans la vie, on passe très vite du rire aux larmes, et c’est une émotion difficile à traduire au cinéma. C’est cette tension physique que je cherche à provoquer dans le corps du spectateur.

Chacun de vos personnages possède un côté obscur...

Chacun de vos personnages possède un côté obscur...

Henri le bon boulanger de quartier exploite un jeune apprenti ; Lucas mène une sexualité trouble et Audrey traîne un passé tragique. C’est une manière de montrer que l’on a tous nos petits secrets ?

Le but en effet est de mettre en scène des personnages complexes, qui ont tous un jardin secret et une intimité, qu’ils dévoilent à l’autre tout en laissant des zones d’ombres. Je pense qu’on est tous comme ça… Là par exemple, je suis en train de vous raconter des choses mais je ne me mets pas à nu à 100%.

Dans une relation, même après une période durant laquelle on s’apprivoise, on choisit ce que l’on donne à l’autre et ce que l’on garde pour soi. C’est pour cela que j’ai essayé que chaque personnage soit à la fois lumineux et obscur.  

La scène d’ouverture donne le ton...

La scène d’ouverture donne le ton...

Certaines scènes de sexe, qui illustrent la réalité du personnage de Lucas, peuvent créer l’inconfort auprès du spectateur.
Vous êtes-vous néanmoins censuré pour rester accessible ?


J’ai été jusqu’au bout de ma démarche, et je suis heureux que le film sorte tel qu’il est. Hors les murs, mon premier film, ne montrait rien de manière explicite.
Dans Je suis à toi, le personnage principal gagne sa vie avec son sexe, ce qui implique que je devais l'aborder dès le départ.

Peu à peu, Lucas apprend à reconquérir son cœur, son visage ; une trajectoire assez belle grâce à laquelle le film s’élève. Je montre beaucoup d'entrée de jeu puis j’essaye que cela devienne plus pudique et émotionnel.

Le personnage de Henri était-il dès le départ Jean-Michel Batlhazar ?

Le personnage de Henri était-il dès le départ Jean-Michel Batlhazar ?

Je connais Jean-Michel depuis dix ans, à travers le théâtre puis je l’ai choisi pour mon premier court-métrage, dans lequel il était déjà boulanger. Le rôle de Henry est complètement écrit pour lui et pour son corps.

Au niveau des morphologies, je me suis aperçu assez vite qu’il fallait aller jusqu’au bout du contraste. Le personnage de Lucas est si maigre qu’il évoque le corps d’une femme, ce qui renforce l’aspect humoristique et prend une dimension métaphorique.

Nahuel Perez Biscayart : coup de coeur ou casting ?

Nahuel Perez Biscayart : coup de coeur ou casting ?

Il y a un peu des deux ! Je l’avais trouvé extraordinaire en personnage muet dans le film Au fond des Bois, de Benoît Jacquot. Par timidité, je n’ai pas osé le contacter. Puis notre directrice de casting argentine nous a fait cette proposition assez vite.
C’est comme cela que l'on s'est donné rendez-vous au Festival de Cannes, durant lequel on a travaillé plusieurs heures par jour. On s’est très vite bien entendu pour faire évoluer le rôle de Lucas.

La danse, un moyen d'insuffler un peu de légèreté ?

La danse, un moyen d'insuffler un peu de légèreté ?

Dans le sous-sol de sa boulangerie, Henri se lâche sur la musique.
Ces scènes de chant et de danse sont comme des parenthèses dans la dure réalité...


C’est effectivement un vent de légèreté, mais c’est aussi une belle « caractérisation » du personnage d’Henri, qui est le plus sombre à la base. Je voulais que l’on ait de l’empathie pour lui, et la musique est une manière d’entrer en connexion.
Je suis fan des comédies musicales, je me suis donc accordé quelques petites incursions, qui sont comme un soulagement. C’est important de quitter un peu le réalisme pour quelque chose de plus spontané.

Pourquoi la boulangerie en particulier ?

Pourquoi la boulangerie en particulier ?

C’est un endroit que je connais bien dans la vie et dans lequel j’avais déjà tourné mon premier court métrage (ndlr : Vivre encore un peu).
Ce type d'atelier met les personnes en action, parce qu’il y a toujours quelque chose à faire. D’autant qu’il y a une belle analogie avec la prostitution ; la pâte peut être assimilée à la chair, c’est l’un des plus vieux métiers du monde, et il y a un lien au niveau de la temporalité.
On se retrouve dans un huit-clos, à la manière d'un vaisseau spatial.

La position d’Henri dans ce petit village wallon...

La position d’Henri dans ce petit village wallon...

L'homosexualité d'Henri est totalement acceptée, ce dont on ne peut que se réjouir, mais c’est plus étonnant concernant sa relation avec le jeune Lucas. C’est un peu « bigger than life », non ?

Je ne suis pas sûr. Un petit village peut être très homophobe et conduire à des drames de l’exclusion, mais je pense qu’il y a également des endroits où les choses sont beaucoup plus intégrées. Dans ce cas-ci, Henri acquiert une sorte de pouvoir symbolique au sein du village, parce qu’il est président du comité des fêtes. Il fait tout pour se faire aimer et les gens l’acceptent, sans sourciller.
Mon but est de montrer un contre-exemple de ce qui est gébéralement dépeint, quitte à ce que ce village en accepte peut-être un peu trop.

Comment avez-vous pensé à Monia Chokri, qui n’est pas typiquement wallone ?

Comment avez-vous pensé à Monia Chokri, qui n’est pas typiquement wallone ?

Ndlr : Originaire du Québec, Monia Chokri s'est notamment fait connaître à travers Les Amours Imaginaires et Laurence Anyways, deux films de Xavier Dolan.

J’ai parcouru beaucoup de photos d’actrices françaises, mais je les trouvais trop "urbaines". À force de chercher, je suis tombé sur une photo de Monia Chokri au Festival de Namur, qui était très naturelle. Je l’ai trouvée différente de ses rôles à l'écran. Son côté plus sauvage m’a paru correspondre.
On s’est rencontrés à Montréal, alors qu’elle travaillait sur un spectacle autour d’un auteur qui s’était prostitué. Très vite, l’univers et les enjeux du film ont été évidents. C’est toujours bon signe !

Le sentiment d’appartenance dans le couple : fantasme ou réalité ?

Le sentiment d’appartenance dans le couple : fantasme ou réalité ?

À qui apppartiennent les mots « Je suis à toi » ?

C’est toute la question du spectateur, car tous les personnages peuvent dire « Je suis à toi » à l’autre, et poser la question en retour.
Quel est le rapport d’appartenance ? Est-ce un rapport amoureux ou un rapport économique ?
Ce titre mêle les notions d’amour et d’économie. L’amour, c’est aller au-delà de l’économie, faire les choses gratuitement. Un parcours qui résume bien le film justement.

Je suis à toi, de David Lambert, est actuellement sur nos écrans.
Ce film est une coproduction Proximus.

Cet article me rend ...
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