Rencontre avec Vania Leturcq pour "L’année prochaine"

La réalisatrice Vania Leturcq nous parle de ce film touchant sur le passage à l'âge adulte.

Rencontre avec Vania Leturcq pour 'L’année prochaine'

Pour son premier long-métrage, la jeune Belge Vania Leturcq nous plonge au cœur d’une relation fusionnelle entre deux adolescentes. Clotilde et Aude ont 18 ans et sont meilleures amies depuis toujours. Elles doivent décider ce qu’elles feront l’année prochaine, après le bac. Clotilde choisit de quitter leur petit village pour aller faire ses études à Paris, et entraîne Aude avec elle. Mais les deux amies vivront très différemment leur nouvelle vie... Jusqu’à la rupture.

Ce film, co-produit par Proximus, sort en salles ce mercredi 22 avril 2015. Nous avons rencontré la réalisatrice Vania Leturcq.
Extraits choisis.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

Diplômée de l’IAD, Vania Leturcq a réalisé à ce jour cinq courts-métrages. Originaire d’Andenne installée à Bruxelles, cette trentenaire à l'avenir prometteur signe son premier long-métrage intitulé L’année prochaine. On y retrouve Constance Rousseau, Jenna Thiam (découverte dans la série Les Revenants) et Kévin Azaïs (César du meilleur espoir masculin pour Les Combattants en 2015).

-    Quel est le thème initial de votre film : l’amitié adolescente ou la quête d’identité ?

Ce sont deux éléments essentiels qui sont à l’origine de ce projet ; tout d’abord l’envie de parler d’une histoire d’amitié aussi forte qu’une histoire d’amour, y compris au moment de la rupture, parce que cela correspond à ce que j’ai vécu à l’adolescence. Quand cela se termine, cette première rupture peut être violente, bien sûr, mais s'avère également positive. Cela permet d’être plus libre. Quand les gens vous connaissent depuis l’enfance, ils ont une image précise de vous dont il est difficile d’oser se détacher. C’est le cas d’un des deux personnages, Aude, qui fait le choix de suivre Clotilde à contre cœur.

L’autre élément, c’est une envie de parler de ce moment charnière qu’est le passage à l’âge adulte, quand on doit décider ce que l’on veut faire après le secondaire. On suit une vague intuition, qui se confirme dans le meilleur des cas. Mais on peut aussi se planter, parce que l’on manque de recul.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    Est-ce un film qui s'adresse prioritairement aux adolescent(e)s ?

J’avais peur que le propos soit limité aux femmes de 20 à 30 ans mais je suis rassurée aujourd'hui de voir que le public est beaucoup plus large. Le retour des adolescents sur le film diffère de celui des adultes. Les premiers, convaincus que l’amitié dure toute la vie, sont souvent déçus, parce qu’ils espèrent un « happy end » ; tandis que les seconds s’y retrouvent.

Les spectateurs y mettent tous quelque chose d’eux-mêmes, car je n’ai pas voulu faire un film à message ou qui émette des jugements. J’ai voulu poser un regard plutôt positif et bienveillant sur deux parcours, sans déterminer qui échoue ou qui réussit.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec Constance Rousseau, qui interprète Clotilde, et Jenna Thiam, qui incarne Aude ?

Il n’y a pas eu de casting traditionnel, comme on avait très peu de moyens. J’ai donc vu énormément de films avec de jeunes visages. J’avais découvert Constance Rousseau dans Tout est pardonné, premier film de Mia Hansen Love. J’ai donc trouvé le personnage de Clotilde d’abord, mais je tenais à obtenir un duo qui fonctionne.
J’ai fait des essais avec Constance et plusieurs autres comédiennes qui me plaisaient. Il y a eu une sorte d’évidence lors de sa rencontre avec Jenna Thiam, que j’avais trouvée super dans Les Revenants et répertoriée dans mon cahier à idées.

J’ai eu l’impression d’avoir deux sœurs, mais qui n’ont pas été faites dans le même moule. Je pouvais jouer sur les ressemblances et les dissemblances ; faire en sorte qu’on les confonde par moment, comme les scènes de boîtes de nuit où on ne sait plus qui est qui, puis de les montrer complètement différentes.  


-    Dès la première scène, on croit comprendre le rapport qui unit Aude et Clotilde. Comment avez-vous obtenu cette connivence ?

Quand on a vécu ensemble depuis toujours, il y a vraiment une fusion, même physique. Entre les filles, il faut qu’il y ait quelque chose de tactile, sans aucune hésitation. On a travaillé cela en optant pour l'improvisation, pas forcément sur les scènes du film mais plutôt des situations que deux amies ont forcément vécues et des sujets qu'elles ont abordé si elles se connaissent depuis toujours.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    En ce qui concerne Kévin Azaïs (César du meilleur espoir masculin pour Les Combattants), dont les quelques scènes ont toute leur importance, qu’est-ce qui vous a plu chez lui  pour lui confier le rôle de Stéphane ?

J'étais à la recherche d'un acteur du gabarit de Vincent Rottiers, mais plus jeune. C'est en voyant le film Comme un homme, de Safi Nebbou, que j'ai découvert Kévin Azaïs dans un second rôle. Je tenais vraiment à le rencontrer mais je n'étais pas sûre que l'on puisse l'avoir pour des raisons de coproduction franco-belge. J'aimais chez lui son côté entier, très spontané. Dans la vie, c'est un vrai gentil, mais avec un physique assez brut. Il tient sa ligne, ce qui correspond au personnage de Stéphane ; le seul qui sait ce qu’il veut dès le départ.

Comble de l'ironie, c'est au moment du tournage que j'ai appris que Kévin Azaïs est en réalité le demi-frère cadet de Vincent Rottiers !

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    Comment s’est passé le tournage ? Avez-vous modifié l’histoire selon le choix des acteurs ?

Sept ans se sont écoulés entre le moment où j'ai commencé à écrire le scénario et celui du tournage, je l'ai donc vraiment porté. Malgré tout, cette base de travail peut évoluer, car c’est bien plus intéressant d’aller vers les propositions lors de la rencontre entre les comédiens. Au fur et à mesure du tournage, les personnages sont dessinés et affinés de manière beaucoup plus touchante, parce qu'ils se confrontent à la réalité.
Je ne suis pas attachée à mes dialogues à la virgule près, donc les comédiens savaient qu'ils pouvaient s’exprimer avec d’autres mots, tant que l’intention demeurait intacte.


-    C’est le personnage de Clotilde, qui a perdu sa maman, que l’on suit finalement le plus. Plus ambivalente qu’elle n’y paraît, elle surprend par ses choix. Est-ce que son histoire familiale a une part de responsabilité dans la tournure de son parcours ?

Je pense que c'est le cas pour les deux filles ; leur famille est fondamentale dans ce qu’elles deviennent, mais j'ai voulu l’induire tout en restant dans la subtilité.
Clotilde, qui a été élevée par un homme, sans modèle féminin, s’endurcit pour avancer.
Aude, quant à elle, est déterminée à ne pas faire les mêmes erreurs que ses parents qui se déchirent, ce qui la mène à sacrifier sa relation amoureuse.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    Qu’est-ce qui est responsable du déclin de la relation entre ces deux amies ?

Je pense que, comme pour les histoires d’amour, une amitié qui fonctionne dans un endroit à un moment peut vaciller si on la déplace.
En ce qui concerne Clotilde et Aude, leur amitié fonctionnait dans leur milieu d'origine, parce que l'une palliait aux manques de l’autre. Dès qu’elles sont déracinées, leur équilibre est fragilisé. Du fait de leur fusion, leur amitié forte ne peut se terminer que dans la violence.
J’ai l’impression que leur rupture est dûe à ce déracinement, que l’une a voulu, l’autre pas. Quand on a 18 ans et que l’on vit cela pour la première fois, on n’arrive pas à se détacher pour en parler. 


-    Une fois qu’elles sont à Paris, Clotilde et Aude partagent assez peu de scènes ensemble. C’est comme si le duo n'existait plus vraiment à partir du moment où elles sont à Paris. Pourquoi Paris et non pas Bruxelles ?

Je trouvais ça beaucoup plus fort à Paris, parce que je voulais qu’il y ait un éloignement géographique entre l’endroit d’où elles viennent et l’endroit où elles partent, sans avoir la possibilité de rentrer pendant un long moment. En Belgique, on est toujours à une heure de chez soi donc on peut rentrer tous les week-ends. Et je voulais qu’il y ait un grand écart de mentalités, ce qui est le cas entre Paris et la province.

Paris peut être une ville à la fois enthousiasmante, belle, agréable et énergique, mais également violente. Cela me permettait d'aller à l’extrême dans ce que je voulais raconter des deux personnages. L’une va adorer cette ville et en trouver les codes, tandis que l’autre va se la prendre en pleine face. C’est la première rupture entre elles. Ce qui compte, c’est qu’un lieu n’est finalement que ce que l’on en ressent.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    La musique occupe une place importante tout au long de l’histoire et lui donne une vraie couleur. Est-ce qu’elle a été créée spécialement pour le film ?

C’est Manuel Roland, compositeur et guitariste belge notamment du groupe Applause, qui a tout composé. Je tenais à ce qu'il fasse à la fois la musique du film (ndlr : en vidéo ci-dessus), les morceaux que les filles écoutent et les morceaux en boîte de nuit, pour avoir un maximum de cohérence. Je voulais que tout soit mêlé et que le rythme évolue également, allant vers quelque chose de plus sombre au fur et à mesure du film, parce que les fêtes sont de moins en moins joyeuses.

Ce qui me fait le plus plaisir, c'est quand les gens viennent demander quel groupe signe telle ou telle chanson du film. À l'exception de deux morceaux, tout est signé Manuel Roland !

L'album du film L'année prochaine est en vente sur iTunes.

Interview de Vania Leturcq

Interview de Vania Leturcq

-    L'un de vos courts-métrages, L’été, mettait particulièrement mal à l’aise. Ici, vous êtes dans quelque chose de plus traditionnel, en tout cas moins inconfortable. Vous êtes-vous censurée pour toucher un large public ?

Je ne me rendais pas compte que L’été pouvait mettre les gens mal à l’aise, je n'ai jamais voulu déranger. L’idée, c’était de montrer que l'inceste entre frère et soeur existe, mais je voulais le montrer subtilement.
Finalement, la méthode se rejoint sur ces deux films (ndlr : L'été et L'année prochaine) ; cela m'intéresse de parler de choses très douloureuses, mais avec une apparente légèreté.

Dans L’été, je parlais dans un contexte ensoleillé d’un impossible inceste. Ici, je parle d’une rupture très violente et d’une amitié qui va trop loin, sans m’appesantir sur les émotions, sans sortir les violons. Je reste dans une énergie plutôt légère, parce que je trouve que c'est comme cela que les choses se déroulent dans la vraie vie.

Interview : Pauline De Beule


L'année prochaine, premier film de Vania Leturcq co-produit par Proximus, est à découvrir en salles dès ce mercredi 22 avril 2015.

Gagnez des entrées pour le film et de super prix girly des marques Bensimon, Naiomy et Les Couleurs de Noir en participant à notre concours avant le 27 avril 2015 !

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