Rencontre avec Bruno Solo pour la sortie du film "Être"

À l'occasion de la sortie du film Être, l'acteur Bruno Solo nous parle de cette histoire faite de destins croisés.

Rencontre avec Bruno Solo pour la sortie du film 'Être'

Un policier au bout du rouleau, François.
Une fille adoptive mal dans sa peau, Ester.
Un provincial qui rêve de visiter le monde, Christian.
Un garagiste qui rêve de fuir sa cité par tous les moyens, Mohamed.
Et une SDF.
Ils ne se connaissent pas, pourtant, en 24 heures, leurs destins vont se croiser, transformant leur existence douloureuse en un chemin vierge où tout reste à construire...


À l'occasion de la sortie du film Être, un film coproduit par Proximus, les acteurs Bruno Solo et Benjamin Ramon ainsi que le réalisateur Fara Sene nous parlent de cette histoire faite de destins croisés.

Interview de Bruno Solo

Interview de Bruno Solo

Être est le tout premier long métrage signé Fara Sene. Comment vous a-t-il convaincu de prendre part à son projet ?

J’ai d’abord lu le scénario, parce que je ne veux plus rencontrer les réalisateurs avant d’avoir lu ce qu’ils proposent. C’est tellement difficile de dire non à quelqu’un en face de vous, qui vous vend son projet avec un enthousiasme légitime. Après 25 ans de carrière, je ne peux plus me permettre de me faire avoir naïvement. Cela m’est arrivé de devoir me retirer par la suite et c’est terrible.
Dès les premières pages, la structure et la manière dont les destins se croisent m'ont convaincu. Je suis arrivé au bout en me disant que la maîtrise était remarquable, tant sur le fond que sur la forme.
J'ai été touché par l’histoire que cela raconte sur des gens qui, à un moment de leur vie, veulent réécrire avec leurs propres mots leur destin, parce qu’on ne leur a pas laissé le choix jusque-là.

Et puis j'ai rencontré Fara Sene, dont le parcours m'a épaté. Ancien basketteur blessé, il s'est mis à écrire des histoires. Il m'a raconté avoir mis beaucoup de lui dans cette histoire, ce qu'il ne révèle pas, par pudeur.

Interview de Bruno Solo

Interview de Bruno Solo

Le tournage de ce film s'est traduit par un rapide séjour en Belgique, auprès de quelques acteurs belges. Un retour qui vous fait plaisir ?

Tout à fait ! J’ai vécu longtemps ici, mais je suis parti en 2011. Une fois encore, la Belgique m’a tendu la main et m'a rappelé dans ses frontières, à travers un film qui me plaît. C'est en effet grâce aux Films du Carré et au producteur belge Nicolas George que Fara Sene a pu mener à bien son projet. Quand j'ai su que cette histoire parisienne serait tournée en Belgique, j'y ai vu un signe. J’étais plus heureux encore d'être de l'aventure.
J’ai donc pris six jours sur le tournage d'un film télé qui se déroulait au même moment pour m'éclipser, ce que la production m'a accordé.

Interview de Bruno Solo

Interview de Bruno Solo

Ce n’est pas la première fois que vous endossez l’uniforme à l’écran. Votre personnage, François, semble néanmoins douter de sa misison de policier et comprend l'agacement des citoyens. Vous donnez à ce policier une dimension plus réaliste que ce que l’on voit souvent. Quel est votre rapport à ce métier ?

Fondamentalement, le métier de "gardien de la paix", c’est une véritable mission, au même titre que celle des professeurs, de certains curés, des médecins, qui croient en leur métier.
Beaucoup s’accommodent du contexte difficile, mais d'autres se vengent, d’une certaine manière, envers les autres. Le personnage de François est dans un doute existentiel, qu’il n’arrive pas à définir, parce que c’est un « simple flic », sans vouloir être condescendant. C’est un type qui n’a pas dû passer les concours pour être inspecteur ou commissaire, mais il sent bien qu’il est dans une sorte de fatalisme, ce qu'il exprime avec son ressenti et ses mots à lui.

Il est en plus imprégné de ce qu’il vit avec sa femme, qui est dans une dépression morbide, avec un enfant qui réclame son attention.
J’ai été très touché par ce flic écorché et blessé, qui se demande comment en sortir et, grâce à un drame, va peut-être renaître autrement...

Interview de Bruno Solo

Interview de Bruno Solo

Vous ne partagez que quelques scènes avec la comédienne belge Stéphanie Van Vyve, mais la relation conflictuelle qui pèse sur ce couple est évidente. Parlez-nous de cette rencontre...

Cela a a été incroyable ! Stéphanie m’a été présentée trois heures avant le début du tournage, étant donné que nous avions peu de jours.
Alors qu’elle est toute pimpante au naturel, avec une frimousse à la Caroline Proust (héroïne de la série Engrenages, ndlr), elle s'est littéralement transformée, m'apparaissant au plus près du personnage, dans sa manière de traîner son corps.

En trois ou quatre scènes, il nous a fallu installer une complicité de 20 ans, qui s’est perdue. Peut-être que l’urgence inhérente au film nous a aidés à trouver très vite la tension. C’est dans ces moments là que ce métier prend toute sa force et sa noblesse. J’aimerais beaucoup la recroiser, parce que je l’ai trouvée formidable.

Votre personnage crie sa colère dans un coussin plutôt que de secouer son épouse, Cathy. Pouvez-vous comprendre qu'il baisse les bras ?

Il abandonne parce qu’il n’a plus de ressource, il ne sait plus comment faire. Je sais ce que c’est la dépression très lourde, le fait de ne plus savoir quoi dire à l’autre. Au bout d'un moment, on pense avoir tout tenté ; le secouer de manière véhémante, la douceur et la patience, voire l’ignorance ou le silence. Le dépressif oscille sans cesse entre des moments de détresse et des accalmies, rarement des moments de joie. François réagit avec une certaine distance, pour ne pas se foutre en l’air.

Interview de Bruno Solo

Interview de Bruno Solo

Quand François, au même titre que d’autres personnages, pense avoir tout perdu, il a l’opportunité de se relever. Il faut parfois aller au bout de son échec pour avancer ?

Peut-être. Cela illustre l’idée selon laquelle une fois au fond de la piscine, mettre un bon coup de jambes permet de remonter à la surface. Le destin est écrasant pour certains, mais il peut devenir merveilleux quand on choisit de le réécrire. Cela ne veut pas dire nécessairement que l’on va réussir.
Quand on sent que l'on peut reprendre à un moment les rennes et écrire les prochaines lignes de sa vie, il faut le faire, et voir où cela mène. Ce qui est terrible c’est d’accepter la fatalité. La fatalité, on peut la combattre, et ces personnages ont décidé de se bagarrer, ce qui se traduit par des réussites et des échecs, mais ils ont tous tenté quelque chose.

Quelle est votre interprétation du titre 'Être' ?

J’ai envie de reprendre l'idée de Shakespeare selon laquelle le fait d'être est plus important que d’avoir été.  Ëtre, c’est le présent. Avoir été, c’est déjà fini. Et puis c’est un très bel arbre aussi, et l’arbre c’est la vie (rires).

Interview de Benjamin Ramon

Interview de Benjamin Ramon

Votre personnage, Marco, a une face plus sombre qu’il n’y paraît. Est-ce le genre de rôle dans lequel vous vous retrouvez ?

Mon personnage, que je considère comme un véritable boulet, a l'art de tout rater même quand il essaye de faire les choses correctement. Il s'enfonce dans une dualité, menant une vie presque schyzophrène par rapport à son ami et sa petite amie.
Jouer à jouer, c’était un challenge.

Dans notre société autocentrée, on se ferme de plus en plus. On est ancrés dans une époque où les gens ne se regardent plus, ne se parlent plus. Dans ce film chorale, les personnages influencent la destin des autres en déclenchant de petites actions, souvent bien malgré eux.

Interview de Fara Sene

Interview de Fara Sene

Pour quelle raison votre choix s'est-il porté sur Bruno Solo, acteur plutôt comique, afin d'incarner le personnage de François ?

À l’époque où je jouais au basket, ce qui constituait ma principale activité avant de me blesser, j’avais croisé Bruno Solo à Nantes, dans le tramway, alors qu’il sortait d’une avant-première.
Je ne l’ai pas abordé, mais je l’ai observé discuter et blaguer avec les usagers. Je me suis dit qu’un acteur connu capable de rester aussi accessible, ce devait être une belle personne.  En écrivant le personnage de François, j’ai pensé à lui car ce qu’il m’avait montré, en tant qu’humain, m’avait touché.

On reconnaît les codes parisiens, mais les lieux de tournage ne sont pas clairement identifiés dans votre film. Vous ne vous êtes pas attardé à filmer ce contexte urbain en détail. Où avez-vous tourné ?

Principalement à Liège, où l’on n’a pas trouvé le moindre monument parisien (rires). Nous n’avons eu que quatre jours à Paris, contre 29 en Belgique. J'ai du éviter un maximum les plans larges au profit de plans serrés, ce qui constituait une contrainte. Mais dans une moindre mesure, car le film repose essentiellement sur les destins de personnages qui évoluent dans une capitale. Ce n'est en rien une carte postale.

Interview de Fara Sene

Interview de Fara Sene

La grossesse touche trois de vos personnages féminins. C’est un thème que vous vouliez intégrer subtilement dans cette histoire ?

Le film parle de la vie et de la famille, ce qui passe par l’événement universel qu’est la naissance. Durant la longue période d’écriture et la préparation du film, je suis devenu père, ce qui m’a sans doute influencé, car cela apporte un regard neuf.

C’est souvent le fait d’avoir des enfants qui responsabilise la plupart des gens. L’amour qu’on leur porte, c’est peut-être le seul amour sincère et véritable que l’être humain soit capable de donner. Si l’on arrivait à transposer envers son prochain ce que l’on parvient à donner naturellement à ses enfants, notre monde serait moins empli de peur.

Les personnages d’Ester, Christian et Mohamed ont des envies de grand départ, mais finissent par sacrifier leurs rêves et restent auprès de leur famille...

Il faut partir pour les bonnes raisons. Si l'on part sans être en paix avec soi-même, on ne trouvera rien de bon là où l’on va. Une phrase dit que " l’important n’est pas d’avoir ce que l’on veut mais de vouloir ce que l’on a ".
Je pense que c’est effectivement formateur de bouger, de visiter le monde et découvrir d’autres cultures, mais pour moi il n’y a pas de plus beau métier ou de plus bel endroit où vivre. Il vaut mieux vivre avec quelqu’un qu’on aime en Alaska qu’aux Bahamas avec quelqu’un que l’on déteste.

Interview : Pauline De Beule

Être, coproduit par Proximus, est à découvrir en salles depuis le mercredi 10 juin 2015.

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