Portrait de Belge: Arno Hintjens, chanteur de charme raté et magnifique acteur dans Préjudice

Arno est une figure nationale. L’Ostendais qui vit à Bruxelles, le Flamand qui chante en français vous arrache des larmes quand il chante Les yeux de ma mère, vous fait rire quand il susurre, goguenard : tu vois le bazar ? pour marquer la complexité des choses de la vie, et de la sienne en particulier. Rencontre avec un monstre sacré de la Belgitude au FIFF.

Portrait de Belge : Arno Hintjens, chanteur de charme raté et magnifique acteur dans Préjudice © Photonews

A soixante-six ans, celui qui répète "je suis un chanteur de charme raté" bénéficie d’un fort capital sympathie en francophonie. Le cinéma lui a déjà offert une vingtaine de rôles, mais celui-ci, dans Préjudice, sortait du lot : Arno, l’impulsif, grande gueule au cœur d’or, devait se glisser dans la peau d’un père de famille bourgeois, fatigué d’avoir éduqué un fils malade. L’acteur marche à l’instinct et forme avec Nathalie Baye un couple improbable. Ensemble, ils crèvent l’écran.

L'acteur instinctif
De son personnage quasiment muet, le réalisateur Antoine Cuypers dit : "c’est une figure paternelle en retrait.  Sa relation lui a échappé, il vient avec toute sa maladresse". De fait, dans Préjudice, Arno démontre son talent, alternant postures revêches, gestes tendres et répliques éclair.

Interview d'Arno au FIFF par Valérie Nimal pour Proximus TV.

Arno au cinéma

Arno au cinéma © F. Grimaux - Photonews

Arno Hintjens :
"Le premier long métrage dans lequel j’ai tourné, c’était Skin de Guido Henderickx en 1987. Je n’ai jamais voulu faire du cinéma, on m'a demandé… Je suis un chanteur de charme raté. Tu vois le bazar ? Je suis d’abord musicien mais je reçois beaucoup de scénarios, 4 ou 5 par an. J’en refuse aussi parce que je n’ai pas de temps, à cause des tournées. On me propose parfois des rôles que je ne peux pas faire…  Alors je dis : une vache donne du lait, pas du champagne !"

Un souvenir de tournage ?
« Le pire que j’ai fait au cinéma ? Embrasser un homme sur la bouche, avec sa langue ! Je suis lesbienne… »

Tourner avec Antoine Cuypers

Tourner avec Antoine Cuypers © Cinéart

Arno Hintjens :
« J’ai fait un court-métrage avec Antoine Cuypers il y a quatre ans, et après le tournage il m’avait parlé d’un rôle pour moi dans son long-métrage. Je lui avais promis de tourner avec lui ; j’ai dit oui dans un bar ! »

Un artiste instinctif

Un artiste instinctif © Photonews

Arno Hintjens :
« D’abord je travaille avec mon instinct, je ne pense pas beaucoup quand fais un truc. Mais je paie mes factures avec la musique. Quand j’écris des chansons, je travaille très vite. Je ne pense pas que je suis payé pour ça. »

« Je choisis les rôles avec peu de dialogues, parce que c’est du boulot. Je n’aime pas mémoriser les longs dialogues. »

Arno, père de famille

Arno, père de famille © Cinéart

Arno Hintjens :
"Dans Préjudice, je joue Alain, le père de trois enfants. Mais je ne suis pas un père comme lui ; j’ai aussi des enfants qui sont grands maintenant.  Quelle chance que je n’aie pas eu cette expérience avec mon père !  Je connais des gens qui ont vécu cette histoire avec leur fils et vice versa."

"On sent dans ce film que la maison est très importante. Pour moi, c’est une maison autiste. C’est un problème d’aujourd’hui, dans les familles il n’y a pas de communication entre parents et enfants. Ils sont dans leur living et ils communiquent par leur ordinateur, avec le monde entier, mais pas entre eux."

"Le père dit à Cédric son fils : je voudrais que tu gardes un bon souvenir de moi. Il se sent coupable, il voit son enfant qui souffre, qui a des cicatrices du passé. Comme le père se sent malade, il ne va pas vivre longtemps. Il a un projet de voyage avec lui, mais cela ne va pas sauver le bazar." 

« Je ne suis pas un acteur »

« Je ne suis pas un acteur » © Photonews

Arno Hintjens :
 « Je ne suis pas un acteur. Je n’ai pas fait d’étude, ni pris de cours. J’ai fait douze long-métrages et plein de courts métrages aussi. Tout marche à l’instinct chez moi. De temps en temps, ça marche, parfois ça ne marche pas. Je ne demande pas à être acteur. »

« Il y a des films que je ne peux pas faire, même si on me propose beaucoup d’argent… Je dis au réalisateur : ça je ne peux pas faire. »

Jouer avec Nathalie Baye

Jouer avec Nathalie Baye © Cinéart

Arno Hintjens :
« Je ne connais pas les films de Nathalie Baye. Enfin, dans le temps, j’ai vu des films de Truffaut…
 « Le couple que je forme avec Nathalie est mort. Ils ne se parlent plus. Le père est seul avec lui-même. »

Son éducation anglaise

Son éducation anglaise © Belga

Arno Hintjens :
« Les films que j’aime sont des films anglais. Cela provient de mon éducation : la mère de ma grand-mère était une Française mariée avec un Anglais. Mon arrière-grand-père paternel était hollandais, et mon père a vécu son enfance à Londres, où il a fait l’armée. Je suis né à Ostende. J’ai perdu ma virginité avec une Anglaise, Suzy, du Sussex. Donc mon éducation était plutôt anglophone. Quand je lis des bouquins, c’est en anglais. »

Un Ostendais à Bruxelles

Un Ostendais à Bruxelles © Photonews

Quand on dit à Arno qu’on le croise parfois au bar du célèbre café piano bar art déco, L’Archiduc, à Bruxelles, il répond en souriant: "L’Archiduc, c’est mon living ! Je vis à Bruxelles depuis trente-quatre ans, dans le quartier Dansaert."

Préjudice est un film d’Antoine Cuypers, avec Nathalie Baye, Arno Hintjens, Thomas Blanchard, Ariane Labed, Eric Caravaca, Cathy Min-Jung, co-produit par Proximus. Il a fait l’Ouverture au FIFF à Namur et sort le 7 octobre en Belgique.

Lire aussi: l'interview de Nathalie Baye qui joue la femme d'Arno dans Préjudice.
Lire aussi : notre avis sur le film Préjudice.

Rencontre avec l'équipe de Préjudice

Rencontre avec l'équipe de Préjudice

Découvrez aussi la vidéo réalisée par Proximus TV pour la sortie du film Préjudice.

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