"Ni le ciel ni la terre": au cœur du mystère du monde

Interview de Clément Cogitore, le réalisateur de Ni le ciel ni la terre. Un cinéaste fasciné par les croyances et les rituels. Son premier long-métrage, avec Jérémie Renier, a connu un vif succès critique lors de la Semaine de la critique à Cannes et au FIFF à Namur. Il sort ce 7 octobre en Belgique. Son film qui se déroule en 2014 durant la guerre en Afghanistan, évoque des disparitions de soldats et de Talibans. Face à ce mystère, les soldats vont-ils verser dans la pensée irrationnelle ? Accepter que leurs sens sont limités ? Misant sur le suspense et le contraste des cultures, Cogitore plonge le spectateur dans ses questionnements spirituels et dans l’émotion.

Ni le ciel ni la terre, un film qui plonge au cœur du mystère

Ni le ciel ni la terre, un film qui plonge au cœur du mystère © Kazak - O Brother

Clément Cogitore est fasciné par les croyances et les rituels. Son premier long-métrage, Ni le ciel ni la terre, avec Jérémie Renier, a connu un vif succès critique lors de la Semaine de la critique à Cannes et au FIFF à Namur. Il sort ce 7 octobre en Belgique. Son film qui se déroule en 2014 durant la guerre en Afghanistan, évoque des disparitions de soldats et de Talibans. Face à ce mystère, les soldats vont-ils verser dans la pensée irrationnelle ? Accepter que leurs sens sont limités ? Misant sur le suspense et le contraste des cultures, Cogitore plonge le spectateur dans ses questionnements spirituels et dans l’émotion. Il nous parle de son film projeté au FIFF.

Interview de Clément Cogitore par Valérie Nimal pour Proximus TV.

Le synopsis
Afghanistan 2014. A l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu (Jérémie Rénier) et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit, des soldats disparaissent mystérieusement dans la vallée…

Un film de Clément Cogitore, co-produit par Proximus. Avec Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud. Sortie le 7 octobre en Belgique.

Pourquoi situer votre histoire durant la guerre ?

Pourquoi situer votre histoire durant la guerre ? © Kazak - O Brother

Clément Cogitore :
"Parce que la guerre confronte les hommes à la mort. Aujourd’hui, la guerre utilise les nouvelles technologies pour être dans un contrôle absolu des corps et du paysage qui passe souvent par l’image. Comment le principe de la disparition, de ce manque, peut-il survenir dans un tel dispositif ? Quels enjeux cela soulève-t-il ?

Petit à petit, les soldats voient qu’on peut détourner les dispositifs de surveillance, que quelque chose leur échappe. Leur système de croyance dévié, on bascule dans une autre forme de perception. Ces soldats vont, peu à peu, cesser de réagir à des faits pour réagir à ce qu’ils considèrent comme des signes, glissant ainsi du domaine du protocole à celui de la foi. En résumé, c’est comme si l’on partait d’un film de guerre pour aller vers le genre policier, avec une bascule dans le fantastique, pour finir sur un ton métaphysique."

Vous confrontez plusieurs communautés : les soldats français, les villageois afghans et les talibans…

Vous confrontez plusieurs communautés : les soldats français, les villageois afghans et les talibans… © Kazak - O Brother

Clément Cogitore :
"Comment se construit la croyance ? Comment elle fonde une communauté ? Les soldats aussi bien que les talibans sont comme des enfants perdus, ils ont besoin d’amour et peur de la mort. Le film est un huis clos, les hommes sont isolés dans une vallée désertique. Ils vont tous se rendre compte qu’ils ont des choses en commun, suite aux disparitions. Les communautés se constituent autour de mythes ou de récits partagés qui permettent de cohabiter avec ce qui nous dépasse."

Vous aviez déjà abordé le sacré dans votre travail vidéo…

Vous aviez déjà abordé le sacré dans votre travail vidéo… © Kazak - O Brother

Clément Cogitore :
"Les traditions mystiques m’intéressent beaucoup. Auparavant, j’ai travaillé sur les Orthodoxes et les Chrétiens. Je prépare un documentaire en Sibérie sur une mystique orthodoxe, une branche très ancienne.

Avec Ni le ciel ni la terre, c’est la première fois que je m’intéresse à l’Islam, aux pensées qui échappent au dogme. Le sentiment du sacré, ce rapport au divin hors de toute utilisation politique. Il s’agit ici de mystique, le soufisme."

V. N. : Il y a d’ailleurs une scène de transe soufie…

Clément Cogitore :
"Oui, Antarès assiste à une cérémonie soufie, où les hommes chantent en cercle. Le soufisme prône un islam tolérant, spirituel, basé sur une relation directe de l’individu au divin. Cette voie très libre de l’Islam est l’une des premières victimes du fanatisme et de Daech."

L’aumônier du film est un personnage étonnant et puissant

L’aumônier du film est un personnage étonnant et puissant © Kazak - O Brother

Clément Cogitore :
"Il arrive comme un boxeur, il est puissant physiquement. Il n’est pas là pour rassurer les soldats. Il ne prend pas de gants : Dieu n’est pas une peluche qu’on serre dans le noir. Il cite le livre de Job et leur parle d’un Dieu en colère."

V. N. : Une autre scène est mystérieuse : celle de la danse du soldat sur de la musique électronique, comme une transe.

Clément Cogitore :
"Pour moi, c’est un moment de vie où les soldats entrent en guerre contre un ennemi qui n’a ni visage, ni nom, ni forme, les armes des guerriers ne leur servent plus à rien, donc ils trouvent autre chose dans leur esprit, dans leur corps, une autre manière d’entrer en contact avec ça… L’esprit se détache du corps par la musique."

Pourquoi avez-vous choisi Jérémie Renier pour jouer Antarès ?

Pourquoi avez-vous choisi Jérémie Renier pour jouer Antarès ? © Kazak - O Brother

Clément Cogitore :
"C’est un très bon comédien ! Je l’avais apprécié notamment dans les films des Dardenne, dans Possession… Jérémie parvient à se métamorphoser, physiquement il a beaucoup travaillé sa masse musculaire, ses traits durcis… Il a beaucoup donné pour le film."

V. N. : Antarès évolue spirituellement ?

Clément Cogitore :
"Antarès est un rationaliste perdu au bout du monde qui essaye de mener à bien sa mission militaire. Dans cette vallée, il va franchir certaines lignes rouges, devenir brutal et manipulateur pour parvenir à ses fins. Quand il creuse la grotte, sa croyance est proche de la folie… Il fait des choses belles et terribles, il use du mensonge pour donner un sens aux familles des disparus… Ce n’est pas le chemin d’un athée qui devient croyant mais de quelqu’un qui exclut le mystère de la réalité et petit à petit en tiendra compte."

Ni le ciel ni la terre, un film de Clément Cogitore, co-produit par Proximus. Avec Jérémie Renier, Kévin Azaïs, Swann Arlaud. Sortie le 7 octobre en Belgique.

Lire aussi : le Portrait de Jérémie Rénier

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