Valéry Rosier, la solitude sous un "Parasol"

Valéry Rosier fait partie de ces réalisateurs belges à la vision originale et décalée. Avec son film « Parasol, il s’impose par son style pince sans rire. Nous avons rencontré Valéry Rosier pour lui poser des questions sur son film 'Parasol".

"Parasol", un film de Valéry Rosier entre nostalgie, tendresse et cruauté

"Parasol", un film de Valéry Rosier entre nostalgie, tendresse et cruauté © Wrong Men et Datcha Film

Trois individus passent des vacances à Majorque, et dérivent au gré de leur solitude. Alfie, jeune Britannique en vacances avec ses parents, tente de se faire des potes et de draguer. Pere, l’Espagnol, aimerait se rapprocher de sa fille, en garde alternée chez lui, alors qu’il est censé bosser. Annie, septante ans, a pris l’avion pour retrouver un inconnu rencontré sur Internet. Chacun à sa façon va traverser des épreuves et rebondir, non sans quelques bosses. Une belle fable sur la nostalgie d’un passé qui n’aurait jamais existé, entre tendresse et cruauté.

Interview de V. Nimal pour Proximus TV. "Parasol" est co-produit par Proximus. Il sort en salle le 17 février 2016.

Interview de Valéry Rosier

Interview de Valéry Rosier © Belga

Les réalisateurs sortis de l’IAD (Ecole Supérieure des Arts) en Belgique ont du talent à revendre. C’est le cas de Valéry Rosier, né en 1977. Après 2 courts-métrages très remarqués, un long-métrage et un documentaire,  le cinéaste belge tourne "Parasol", qu’il a co-écrit avec Matthieu Donck, le réalisateur de la série "La Trêve" (dont on parle beaucoup en ce moment, voir le dossier). A l’occasion de la sortie de "Parasol", nous avons rencontré Valéry Rosier (sur la photo ci-dessus, il recevait  un Magritte en 2012). Interview.

-    Proximus TV : Comme dans votre film "Silence radio", "Parasol" explore le thème de la solitude.
-    Valéry Rosier : J’avais encore envie de parler de solitude et d’un monde dans lequel on est de plus en plus isolés. Nous sommes de plus en plus poussés à être seuls. Pour mon film, je cherchais un lieu lié aux vacances, au tourisme et au plaisir. Je voulais y placer des personnes seules, dans le tourisme de masse.

Tourner à Majorque

Tourner à Majorque © Wrong Men et Datcha Film

-    Pourquoi avez-vous choisi de tourner à Majorque ?
-    Valéry Rosier : D’abord, pour des raisons esthétiques et artistiques. Majorque est une ville qui a des côtés beaux et des côtés abimés. Cette île offre des paysages variés : à Palma, il y a une vie réelle, mais il y a aussi différents tourismes. Il y a des villes consacrées aux familles, d’autres accueillent des charters de Britanniques, qui s’amusent, boivent… On s’occupe d’eux du vendredi après-midi au lundi matin. C’est l’enfer, la folie. Ils se comportent un peu comme des animaux. Ils font tout ce qu’ils ne peuvent pas faire chez eux et se laissent aller… Puis ils rentrent chez eux et reprennent leur petite vie normale.

Déboires et débauche

Déboires et débauche © Wrong Men et Datcha Film

-    Proximus TV : Ce thème de la débauche illustre l’histoire du personnage d’Alfie, le jeune Britannique en quête de rencontres et d’expériences...
-    Valéry Rosier :
Alfie vit  l’une des trois histoires de "Parasol". C’est aussi la partie la plus violente de mon film. Mais il y a deux autres histoires.

-    Proximus TV : Vos trois personnages sont en quête de lien…
-    Valéry Rosier : Il y a Alfie, le jeune homme. Il y a Annie, la vieille dame, qui a pris l’avion pour retrouver un homme rencontré sur Internet. Il y a aussi Pere, un père célibataire, qui ne voit  pas souvent sa fille. Son histoire est la plus émouvante. Ces trois univers servent un sujet commun, l’isolement.

Voyage organisé

Voyage organisé © Wrong Men et Datcha Film

-    Proximus TV : Quel est le point commun de vos trois personnages ?
-    Valéry Rosier : Ils ont chacun une part d’enfant en eux. Le tourisme de masse nous prend pour des enfants, à tout sécuriser, à nous border, nous nourrir, nous proposer des activités. Le tourisme nous pousse à être maternés…

-    Proximus TV : Ils subissent des choses mais ils sont actifs, ils prennent les choses en main…
-    Valéry Rosier : En vacances, tout est possible. J’ai lu quelque part que quand on part en vacances, on a la nostalgie de choses que l’on n’a jamais vécues. Je trouve ça beau : on espère retrouver quelque chose qu’on ne connait pas. Mes personnages ont cela en eux. Ils espèrent, vont se battre et passer par plein d’étapes pour sortit de leur isolement.
Ce n’est pas parce que le sujet est triste, qu’il ne faut pas en parler de manière positive. En effet, mes personnages sont actifs, ils se lèvent et marchent, parfois ils s’écroulent, mais ils se relèvent…

Des visages inconnus

Des visages inconnus © Wrong Men et Datcha Film

-    Proximus TV : Vous ne vouliez pas de visages connus pour les acteurs ?
-    Valéry Rosier :
J’ai tourné avec des comédiens inconnus, certains vivent sur place, à Majorque (les Britanniques), d’autres ont été castés en Belgique. Annie, la vieille dame, est une fermière du Hainaut, de 73 ans, à la retraite ; c’est sa petite-fille qui l’a inscrite au casting. Elle faisait un peu de théâtre amateur. Je suis tombé amoureux d’elle et elle nous a accompagnés à Majorque.

J’aime travailler avec des comédiens non professionnels. C’est une situation particulière, ils ont tous un côté magique. Certains ont une capacité d’improvisation incroyable, d’autres ont des physiques inattendus, qu’on ne trouve pas dans le cinéma. Cela me permet de rester entre la fiction et le documentaire : il y a une part de mise en scène non cachée… J’aime brouiller les pistes!

Un style original

Un style original © Wrong Men et Datcha Film

-    Proximus TV : La façon d’on vous mettez vos personnages en scène est originale et vos cadrages surprennent !
-    Valéry Rosier :
J’ai pu expérimenter des choses. Je voulais que la position des personnages leur donne l’air d’être perdus dans un cadre figé : c’est à l’image de leur situation, ils sont déboussolés, pas là où on les attend. Parler du tourisme, montrer beaucoup de décor autour de mes personnages permet de parler de la réalité du tourisme à Majorque. Je n’ai pas loué de plage pour tourner, j’ai juste filmé des paysages réels en moyenne saison, avec de vrais gens en arrière-plan. Du coup, on se retrouve dans les endroits cachés du tourisme, comme les caves ou les lobbies des hôtels… J’aime l’idée de faire des films inclassables. Toujours avec de l’humour et du piquant.

Entre fiction et documentaire

Entre fiction et documentaire © Belga

- Proximus TV : Etiez-vous inspiré par Jacques Tati et son burlesque ?
- Valéry Rosier : Tati fait des films complètement burlesques. L’un de mes personnages est burlesque, pour le reste, je suis loin de Tati, mais c’est un héros pour moi. J’ai été inspiré par Ulrich Seidl, un réalisateur autrichien qui joue sur la frange entre la fiction et le documentaire. Et en photographie, j’aime les photographes comme Martin Parr et Jeff Wall, aux images frontales, aux cadres larges, avec plusieurs niveaux de lectures.

Photo : en 2011, Valéry Rosier gagne le 'Prix Découverte Kodak'  à la 'Quinzaine des Réalisateurs' du Festival de Cannes, pour son court-métrage "Dimanches".

Liberté et naïveté

Liberté et naïveté © Wrong Men et Datcha Film

- Proximus TV : Pourquoi avez-vous choisi  le titre "Parasol" ?
- Valéry Rosier : "Parasol" a un côté un peu naïf, un côté « Mistral gagnant »; c’est un film un peu nostalgique. Il y a ce parasol qui s’envole dans le film, il a son importance à différents endroits. J’aime le pouvoir évocateur et poétique du titre simple et de l’objet parasol.

J’ai voulu faire un film très libre. Au départ, nous sommes partis avec une petite équipe de quatre personnes, pour tourner, sur l’ile de Majorque, avec très peu d’argent. Puis, avec le tax shelter, la Communauté française et Proximus, j’ai pu terminer le film.


Wrong Men et Datcha Film présentent Parasol, un film de Valéry Rosier, co-produit par Proximus. Avec Thomson Alfie, Yosko Pere, Goeffers Julienne, Carre Christian, Théodore Delphine, Saldano Ahilen.
Sélection Officielle, Festival de San Sebastian. Sélection Officielle, Festival International du Film Francophone (Namur). Prix du Public, Festival d'Amiens.

Concours : gagnez un ticket-duo pour voir le film Parasol au cinéma dès le 17 février.

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