Rencontre avec Marie Gillain, héroïne sentimentale dans "Mirage d'amour"

Portrait de la plus française des actrices belges. Plongée dès l’adolescence dans le grand bain de la célébrité, Marie Gillain a commencé en fanfare face à Gérard Depardieu, sur fond paradisiaque à l’île Maurice. Depuis Mon père ce héros, la jeune Belge n’a cessé de confirmer son talent tout en dévoilant sa personnalité caméléon. À 40 ans, elle n'a rien perdu de sa fougue d'antan.

Rencontre avec Marie Gillain, héroïne sentimentale dans 'Mirage d'amour' © Isopix

Tantôt diabolique (L’Appât), austère (Landes) ou libertine (La Vénus à la fourrure, au théâtre), elle apparaît plus midinette que jamais dans Mirage d’amour, à découvrir dès ce mercredi 10 février sur nos écrans. Portrait de la plus française de nos actrices, de passage à Bruxelles pour présider les Magritte.

Interview de P. De Beule pour Proximus, co-producteur du film "Mirage d'amour".

"J’ai toujours gardé les pieds sur terre, grâce à mes parents"

"J’ai toujours gardé les pieds sur terre, grâce à mes parents" © Isopix


Vous semblez mener une vie presque normale. En connaissant la notoriété si jeune, avez-vous toujours eu cette lucidité qui vous caractérise ?

"Très tôt, le point de vue de mes parents s'est résumé en une phrase : vis les choses avec sérieux mais sans te prendre au sérieux ! Je n’ai jamais vraiment oublié d’où je venais ni les raisons pour lesquelles je faisais ce métier ; c’est avant tout parce que cela m’apporte de la joie.

C’est aussi propre à ma personnalité. Je ne vais pas changer d’attitude en fonction de mon interlocuteur. Je suis plutôt moi-même dans n’importe quel contexte. En tout cas, j’ai une petite voix intérieure qui me rappelle à l’ordre.
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"J’aime quand il y a une petite dose de délire et d’émotion"

"J’aime quand il y a une petite dose de délire et d’émotion" © Isopix


Vous avez présidé la cérémonie des Magritte du cinéma ce week-end. Maintenant que les récompenses ont été attribuées, quel était votre chouchou ?

"Il y a des choses qui m'ont touchée dans plusieurs films, notamment dans celui de Jaco Van Dormael (Le Tout Nouveau Testament, ndlr). C’est tellement créatif qu’on ne peut pas rester indifférent à sa poésie, à la fantaisie qui bouillonne en lui.
J’ai également aimé le film Préjudice, d’Antoine Cuypers, porté par un incroyable acteur
(Thomas Blanchard, ndlr)."

On vous associe depuis vos débuts au cinéma français. Y a-t-il néanmoins un cinéma en Belgique qui vous attire ?

"Récemment, j’ai été assez sensible au cinéma flamand, notamment à ce que propose le réalisateur de La Merditude des choses et Alabama Monroe (Felix Van Groeningen, ndlr). J’avais aussi adoré le film Hasta la vista ; cette histoire de handicapés qui partent en Espagne pour s’octroyer quelques plaisirs de la vie.

Ce que j’aime dans le cinéma belge c’est quand il est à la fois politiquement incorrect, voire cru, et en même temps humain et tendre.
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"C’est mon petit univers"

"C’est mon petit univers" © Instagram


On peut vous suivre presque quotidiennement sur Instagram. Votre profil officiel est plein de vie, de touches d’humour et de petits coups de gueule.

"À la base, je n’étais pas du tout sur les réseaux sociaux, puis j’ai découvert que cette façon de communiquer avec des images était parfois beaucoup plus forte que les mots. Je garde une certaine ligne éditoriale, comme c’est aussi mon compte personnel, en faisant attention de ne pas mettre de photos trop intimes…

Il y a eu des moments de ma vie où je me suis peut-être davantage protégée du regard des autres. Aujourd’hui, je suis à un stade où je me sens plus sereine et j’ai moins envie de me compliquer la vie. Parce que ce n’est pas en restant dans sa tour d’ivoire qu’on est heureux.
"

"On voulait un clip fort et dérangeant"

"On voulait un clip fort et dérangeant" © Plan Belgique


Vous faites attention à protéger votre vie privée, mais votre fille ainée, Dune, a récemment tourné à vos côtés le spot pour Plan Belgique. Une petite exception pour la bonne cause ?

"Exactement, c’est une entorse à la règle qui a été murement réfléchie, dans un contexte bien précis, à savoir cette campagne contre le mariage forcé des enfants. 
Au départ, il n’était pas question que ce soit ma fille qui tourne dans le clip, puis au final j’ai trouvé que cela avait vraiment un sens, pour elle comme pour moi, en tant que citoyennes du monde.
"

"Ce rôle m’a tout pris et m’a tout donné"

"Ce rôle m’a tout pris et m’a tout donné" © Isopix


Vous venez de terminer une tournée d’un an et demi avec la pièce La Vénus à la fourrure. Y a-t-il pour vous un "avant" et un "après" cette expérience qui vous a valu un Molière ?

"Bien sûr, parce que j’en suis sortie encore plus vivante et remplie d’énergie. C’est un rôle tellement puissant et terrien…  Je pourrais en parler pendant des heures.
Mais je suis heureuse de refaire du théâtre tout de suite, ce qui va me permettre de faire le deuil de La Vénus à la fourrure, de ne pas vivre avec un souvenir écrasant qui m’empêcherait de passer à autre chose.
Je commence les répétitions d’une pièce qui s’appelle Constellations ; un projet plus expérimental et intimiste.
"

Vous êtes plutôt…

Vous êtes plutôt… © Isopix


Molière ou Magritte ?
"Allez Molière… et puis non je vais dire Magritte, parce que je trouve que Charlie Dupont a fait un boulot remarquable lors de la cérémonie. Il est brillant ce garçon."

Liège ou Bruxelles ?
"Liège dans mon cœur, mais je découvre Bruxelles, que je connaissais très mal. Je prends énormément de plaisir à explorer cette ville."

Bruxelles ou Paris ?
"Paris !
Paris, c’est comme une histoire d’amour passionnelle. On a souvent envie de la quitter mais on y revient toujours.
"

Bière ou champagne ?
"La bière, j’aimerais bien, mais ça me donne du bide." (rires)

François l’embrouille ou Monsieur Manatane ?
"Je ne me rappelle plus qui est Monsieur Manatane…
Benoît Poelvoorde ? Alors monsieur Manatane !
"

"C’est un joyeux bordel ce film"

"C’est un joyeux bordel ce film" © Saga Films


On vous découvre aujourd'hui en vieille fille un peu naïve et mélancolique dans le film Mirage d'amour, réalisé par Hubert Toint.
Vous êtes restée fidèle à ce projet initié il y a dix ans par Bernard Giraudeau, décédé avant de le voir aboutir. Vous n'avez jamais pensé à vous désister ?

"Il y a eu quand même certains doutes, parce que c’est une grosse prise de risque. J’étais partie sur d’autres tournages, donc même au niveau du timing cela aurait pu être compliqué. Mais il y a eu quelque chose de plus fort qui a dissipé mes doutes. La passion qu’a eue Hubert Toint pour reprendre ce film, son engagement et sa détermination m’ont portée et rassurée.

Pour Bernard Giraudeau, cette histoire écrite par Hernán Rivera traduisait vraiment l’image qu’il se faisait du Chili, c'est à dire un pays plein de contradictions et de fantaisie, à la fois marqué par une histoire douloureuse et une résistance joyeuse, qui est exprimée au travers de la musique et du cinéma.


J’ai aimé le fait que ce film soit écrit comme un conte, avec tout le romantisme, la poésie et le dépaysement que cela implique. C’est une histoire qui se passe dans le désert d’Atacama. Des personnages très décalés cohabitent les uns avec les autres, ce qui représente bien la vie multiculturelle des villes minières des années 20."

"Ce tournage, ça a été une épopée"

"Ce tournage, ça a été une épopée" © Saga Films


Ce n’est pas la première fois que vous enfilez un costume d’époque. Ici, vous êtes plongée dans le Chili des années 20. Vous aimez voyager dans le temps ?

" Oh oui, j’adore ! J’étais déjà très heureuse de renouer avec les films en costume quand on a tourné Landes, qui se passait dans cette même période, mais en France. Les films d’époque vous font voyager de façon encore plus dépaysante que des films contemporains.
Le fait que Mirage d'amour se déroule dans des décors aussi exceptionnels lui donne une force émotionnelle et esthétique.

C'était magique, parce qu’on a eu la chance de tourner dans des conditions naturelles, dans une vraie ville minière de l’époque, avec des décors somptueux et des costumes patinés… La direction artistique était très pointue.
Mais c'était une sacrée aventure d'être parachutés au milieu du désert d’Atacama pendant plusieurs semaines, loin de tout réseau internet et de nos familles, dans une équipe à 98% chilienne qui ne parlait pas un mot d’anglais.
Une immersion radicale et totale
(rires)."

"J’aime les personnages qui ont quelque chose en eux d’absolu"

"J’aime les personnages qui ont quelque chose en eux d’absolu" © Saga Films


On ne va pas tout révéler mais Hirondelle, votre personnage, s’avère plus forte qu’elle n’y paraît. C’est le genre de femme entière et « jusqu’au-boutiste » que vous aimez incarner ?

"Ce qui renforce un personnage, c’est quand sa route est semée d'embuches. Dans cette histoire, c’est ce qui donne un caractère héroïque à Hirondelle. Elle va devoir se surpasser. Son histoire d'amour est ancrée dans une réalité sombre et devient alors une quête déchirante."

C’est un vrai mélange des genres quand ces deux-là se rencontrent. Mais c’est aussi votre cas, en tant qu’acteurs. Comment avez-vous accordé vos violons avec Eduardo Paxeco, qu’on ne connait pas encore ici ?

"Eduardo parle très bien anglais donc on a pu communiquer facilement. Il a abordé ce film avec énormément d’engagement, parce qu'il est très connu au Chili mais principalement pour ses rôles à la télévision. Il était fou de joie de participer à une expérience aussi enrichissante sur le plan artistique.
C’était une très belle rencontre, qui m’a permise de mieux comprendre ce pays, la culture chilienne et ses contradictions.
"

Mirage d'amour, dès ce 10 février au cinéma

Mirage d'amour, dès ce 10 février au cinéma © Saga Films

Il était une fois une charmante jeune fille en mal d’amour, qui occupe son temps en accompagnant des films muets au piano. Ce conte burlesque se déroule dans les années 20, à Pampa Terminal ; une mine perdue dans le désert chilien où se côtoient toutes sortes de langues et cultures. La vie s’organise autour d’une boulangerie, un théâtre, un bordel et la place du village. Un beau jour, le quotidien morose d’Hirondelle Rivery del Rosario, incarnée par Marie Gillain, est secoué par sa rencontre furtive avec Bello Sandalio, un trompettiste vagabond.

Le père de cette jeune fille n’est autre que le barbier du village, incarné par Jean-François Stévenin. À la tête d'un mouvement contestataire, il met en place un complot anarchiste au sein même de son salon pour saboter la visite du président.
Qui dit visite présidentielle dit accueil en fanfare et création d’un orchestre sous la houlette d’Hirondelle, auquel prend part le séduisant Bello…

Mirage d'amour est un film coproduit par Proximus.

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