Rencontre avec Vincent Garenq et Christelle Cornil pour 'Au nom de ma fille'

Le réalisateur nous parle de son dernier film à l'occasion de sa sortie en salles.

Rencontre avec Vincent Garenq et Christelle Cornil pour 'Au nom de ma fille'

Un jour de juillet 1982, André Bamberski apprend la mort de sa fille Kalinka. Elle avait 14 ans et passait ses vacances en Allemagne auprès de sa mère et de son beau-père le docteur Krombach. Rapidement, les circonstances de sa mort paraissent suspectes. L’attitude de Dieter Krombach ainsi qu’une autopsie troublante laissent beaucoup de questions sans réponse. Très vite convaincu de la culpabilité de Krombach, André Bamberski se lance dans un combat pour le confondre. Un combat de 27 ans qui deviendra l’unique obsession de sa vie…

Après Présumé coupable (qui traitait de l'affaire d'Outreau) et L'Enquête (celle de Clearstream), Vincent Garenq signe l'adaptation d'une nouvelle histoire vraie ; celle du combat d'André Bamberski pour faire écrouer l'assassin de sa fille. Un fait divers qui a défrayé la chronique dès la mort de Kalinka, retrouvée sans vie dans son lit à l'âge de 14 ans. S'en est suivi une vraie bataille judiciaire, menée par un père meurtri mais jamais dissuadé de l'idée que justice doit être faite. A tout prix.

Interview de P. De Beule pour Proximus, co-producteur du film Au nom de ma fille.

Vincent Garenq : "J’ai eu un coup de foudre pour le livre"

Vincent Garenq : "J’ai eu un coup de foudre pour le livre" © Photonews


Quel est le point de départ du projet Au nom de ma fille ?

"J'avais repéré le livre (Pour que justice te soit rendue, d'André Bamberski, ndlr), mais je ne voulais pas m'y atteler, de peur de partir à nouveau pour trois ans. J’en ai retardé la lecture, puis j'ai fini par le lire en vacances, d'une traite ou presque. J'ai longtemps hésité, pensant qu’il y avait un lien trop fort avec Présumé coupable. Finalement, L’Enquête s’est glissé entre les deux. J'ai espéré naïvement que personne n'allait rien voir (rires). Evidemment, on fait le rapprochement."

Vos trois derniers films se basent sur le récit des principaux protagonistes de différentes affaires (Chronique de mon erreur judiciaire d’Alain Marécaux et Clearstream de Denis Robert pour les deux films précédents).
N'est-ce pas plus difficile encore que de partir d’une page blanche, lorsqu'on tient à rester fidèle à leur réalité ?


"C’est une contrainte agréable, dont je n’ai pas souffert du tout pour Au nom de ma fille. Mais j’ai fini par me sentir prisonnier de l’histoire réelle pour L’Enquête. Je tenais à raconter les enquêtes menées par Denis Robert au sujet des paradis fiscaux, pas l’affaire Clearstream en elle-même. Au fil du développement, je n'ai pourtant pas pu y couper. Il m'a fallu l'accepter."

"Ce n’est pas de la méfiance mais plutôt un vertige, le fait que l'on vous consacre un film"

"Ce n’est pas de la méfiance mais plutôt un vertige, le fait que l'on vous consacre un film"


Alain Marécaux, Denis Robert et André Bamberski ont en commun d'avoir été malmenés par la justice. Comment se laissent-ils convaincre par vos projets de cinéma ?

"Lorsque je les rencontre, je les prépare à l'idée que le film soit différent de leur vie, pour qu’ils me disent non à la limite. Alain Marécaux par exemple (acquitté de l'affaire d'Outreau, ndlr), a buté sur un détail, à savoir que son personnage n'ait qu'une soeur dans le film, alors qu'il en a deux dans la vie.
Denis Robert faisait de la fiction donc il avait confiance.
Quant à André Bamberski, il n'a pas eu de réticence. Lui qui raisonne comme un juriste, il savait que les droits pour une adaptation figuraient dans le contrat de son livre. Évidemment, pour moi, la question n’était pas seulement de pouvoir le faire mais qu’il soit avec nous."

Pourriez-vous envisager de consacrer un film à l’héroïsme au féminin ?

"J’en rêve ! D’ailleurs, c’est prévu au calendrier. Ma femme n’est pas tellement d’accord mais j’en ai très envie. Ce ne sera pas le prochain, mais celui d’après."

"L’appeler Kalinka, c’était évident pour moi"

"L’appeler Kalinka, c’était évident pour moi"


Au-delà d'un coup de projecteur sur le combat d'André Bamberski, est-ce qu’il s’agit à travers ce film de faire perdurer la mémoire de sa fille ?

"Je voulais absolument l’appeler Kalinka, comme une forme d'hommage, mais les distributeurs n’ont pas voulu. Ils l'ont gardé à l’international, pour la simple raison qu'un Au nom de ma fille existe déjà en anglais. J’ai cédé parce que ce n’est pas mon métier de vendre un film.
"La folie de cette affaire tient au fait qu’elle ait duré si longtemps. Ce combat lui a pris près de trente ans donc c’est devenu un sacrifice. Il avait certainement besoin de cela pour faire son deuil, mais le système l’en a empêché. Je suis certain qu’il aurait aimé vivre autrement."

Son histoire, ainsi que les deux précédentes, illustrent le combat du pot de terre contre le pot de fer. Cela vous permet d’évoquer quelque chose de plus universel ?

"J’aime le fait que ce soient des personnages anti-conformistes, qui se battent contre des systèmes paresseux. C’est un véritable trait commun à mes quatre films, même le premier (Comme les autres, ndlr), dans lequel Lambert Wilson incarne un homosexuel qui veut des enfants dans un système qui ne l’accepte pas.
Mais j'en ai fini avec les films sur la justice. Je suis arrivé au bout d’un cycle. Désormais, je fais attention aux livres que je choisis d'ouvrir en vacances."

"Daniel Auteuil, il est dans l’instant du jeu"

"Daniel Auteuil, il est dans l’instant du jeu"


Le choix de Daniel Auteuil s’est-il imposé naturellement, dès la phase d’écriture ?

"Tout de suite, il y avait une évidence. Je pensais à Un cœur en hiver, de Claude Sautet, ou à L’adversaire ; ce registre un peu noir qui lui va si bien. C’est cette note-là que j’avais en tête, pour sa pudeur et son côté impénétrable."

Quel rapport a-t-il établi avec le reste de l'équipe ?

"Comme cela fait longtemps qu’il tourne, il se protège complètement. Il arrive à l’heure, il dit bonjour à tout le monde, mais il ne traîne pas après le tournage. C’est un homme fondamentalement gentil, sans une once de perversité. Très simple, il conserve une vraie candeur provinciale, il n'a rien d'un snob parisien.
Que ce soit Marie-Josée Croze (qui incarne sa future ex-femme, ndlr) ou Christelle Cornil (sa compagne dans le film, ndlr), il ne les a rencontrées qu’au moment du jeu. Il est comme ça, il garde ses distances."

"Si l'on creusait le point de vue de la mère, on pourrait en venir à la détester"

"Si l'on creusait le point de vue de la mère, on pourrait en venir à la détester"


Le docteur Krombach, incarné par Sebastian Koch, est toujours convaincu d’être dans le droit chemin, nous faisant presque douter par son charisme.

"C’était vraiment ce que l’on voulait faire. Sebastian Koch, qui joue dans La vie des autres, a cette ambiguité qui correspond sans doute à la réalité. Krombach devait être un bel homme, séducteur, trop parfait pour que les gens ne puissent douter de sa sincérité."

Le film se limite au point de vue du père, André Bamberski. au détriment de la mère (jouée par Marie-Josée Croze) et du fils. C'est une manière de les protéger ? 

"Le fils, qui a beaucoup souffert, était contre le projet de film. On a donc minimisé son importance. Quant à la maman, que nous avons rencontrée, nous ne sommes pas entrés plus en profondeur dans son point de vue, car cela aurait été au détriment du film. Elle a vraiment été aveuglée, au point de nier des évidences."

Christelle Cornil : "Si quelque chose doit être défendu il faut le faire, jusqu’au bout"

Christelle Cornil : "Si quelque chose doit être défendu il faut le faire, jusqu’au bout" © Photonews


Qu’est-ce qui vous a touchée dans l'adaptation par Vincent Garenq de ce long combat judiciaire mené par André Bamberski ?

L’endurance, l’opiniâtreté et le jusqu’au-boutisme. Cela a dû me toucher quelque part, parce que je suis très sensible à la notion de justice et de justesse. Quelqu’un qui me jugerait et resterait braqué sans me laisser la possibilité de défendre mon point de vue, c'est quelque chose que je supporterais mal.

Par rapport au personnage de Cécile, son don de soi, son côté sauveur et son empathie ont résonné avec des valeurs et des expériences personnelles. Et puis, bien sûr, j'avais envie de travailler avec cette équipe-là, pour raconter l'histoire de cet homme qui se bat contre un système absurde et complexe.
Seul contre tous... C’est un peu comme quand on part à l’Onem, en tant qu’artiste. La transition est facile mais elle me fait plaisir."

"Avec Daniel, c’est très instinctif"

 "Avec Daniel, c’est très instinctif"


Votre personnage accompagne et console Daniel Auteuil dans la douleur. Comment, en quelques scènes, s'accorde-t-on dans l’émotion ?

"C’est quelqu’un qui travaille de manière très organique, sans discuter avant, alors que moi j'aime faire quelques mises au point ; échanger, se rencontrer, établir le type de rapport du couple, etc.
On a tous les deux suivi notre instinct : lui dans un personnage très préoccupé par ce qu’il avait à défendre auprès de la loi. Et mon personnage qui suit, s’adapte au mieux, et parvient à prendre plus de recul pour le soutenir."

Par amour pour son enfant disparu, ce père ne résiste pas à la tentation de faire justice lui-même, quitte à renoncer à tout, même le bonheur de votre personnage. Vous le comprenez ?

"Complètement. Je n’ai pas d’enfant mais je me souviens que mon père m’a dit un jour que s'il nous arrivait quoi que ce soit, il ne lâcherait pas. C’est bizarre de repenser à cela.
Certains ont cette capacité de faire leur deuil, mais on est tous différents là-dedans. André Bamberski ne peut démarrer son deuil qu’à partir du moment où il a fait tout ce qui était en son pouvoir. Vraiment tout.
Est-ce que c’est du domaine de l’obsession ? Ce qui le rend dingue, c’est la non reconnaissance. Réparer cette injustice profonde est alors sa quête, sa croisade."

"J'ai envie d'aller vers des projets qui portent de l’espoir"

"J'ai envie d'aller vers des projets qui portent de l’espoir" © Photonews


Vous êtes l'un des visages connus du cinéma belge. Qu’est-ce qui vous a menée au métier de comédienne ?

"Emma Thompson ! J'ai été marquée par le film Au nom du père, de Jim Sheridan, quand j'avais seize ans. Je me suis alors nourrie de films anglais et j'ai choisi d'étudier le théâtre. J'ai fait un an à l’IAD (Institut des arts de diffusion, ndlr) puis j’ai fait le Conservatoire, dont je suis sortie en 2001 alors que j’avais tourné Le Vélo de Ghislain Lambert en 2000. J'ai eu beaucoup de chance, car le cinéma restait un rêve.

Au nom de ma fille, c’est le genre de film fort auquel vous aimez prendre part ?

"C’est là où je me sens le plus à ma place ; le cinéma d’auteur de manière générale, le cinéma qui me questionne sur le monde dans lequel je vis, qui me fait travailler sur des zones d’ombre ou des choses que j’ai traversées et qui est dans une forme de vérité.
J’adore également explorer d’autres choses. C'est important et intéressant de diversifier le public qui découvre mon travail et d’amener des gens qui me connaissent vers quelque chose de différent. Pour le registre de l’humour, je suis plus à l’aise dans un type d’humour écrit, avec des personnages qui ont de la répartie, plutôt que dans l'effet comique, bien que je me sois éclatée dans OSS117.

Aujourd'hui, j'ai envie de parcours inspirants, de quêtes initiatiques, de personnages qui prennent des risques. Je pense que c'est important de montrer des possibilités, particulièrement en ce moment, à travers des alternatives citoyennes, de la communication non violente, et enfin, s'il vous plaît, des rapports de couple harmonieux.
Il faut que l’on réflechisse à d’autres manières de raconter notre monde, sinon on plombe les gens et on leur donne raison de se plaindre ou s’inquiéter."

Au nom de ma fille, de Vincent Garenq, avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Christelle Cornil et Sebastian Koch, est à découvrir en salles dès ce mercredi 13 avril.

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