Rencontre avec Isabelle Carré, qui trouve la lumière dans "Le Coeur régulier"

Rencontre avec l'actrice Isabelle Carré ainsi que la réalisatrice Vanja D'Alcantara à l'occasion de la sortie du film "Le Coeur régulier".

Rencontre avec Isabelle Carré, qui trouve la lumière dans 'Le Coeur régulier'

Trop longtemps séparée de son frère, Alice se rend sur ses traces au Japon, dans un village hors du temps, au pied des falaises. Ici, Nathan avait retrouvé l'apaisement auprès d'un certain Daïsuke. C'est au tour d'Alice de se rapprocher du vieil homme, et de ses hôtes. Dans une atmosphère toute japonaise, elle se remet à écouter son cœur…

Avec ce second long-métrage, la réalisatrice belge Vanja D'Alcantara invite le spectateur à découvrir la transformation émotionnelle d'une femme qui quitte son quotidien français vide de sens pour se frotter au silence et aux grands espaces d'un coin reculé du Japon. Une quête initiatique adaptée du roman éponyme d'Olivier Adam. Partie sur les traces de son frère, jadis son alter ego, Alice (incarnée avec brio par la touchante Isabelle Carré) passe de l'ombre à la lumière à mesure qu'elle s'ouvre à cette expérience authentique.

Interview de P. De Beule pour Proximus, co-producteur du film 'Le Coeur régulier', disponible dans le catalogue à la demande de Proximus TV.

Ne pas être éteinte, comme l'est Alice, c'est une lutte du quotidien ?

Ne pas être éteinte, comme l'est Alice, c'est une lutte du quotidien ?

Isabelle Carré : " Je me sens aux antipodes de cela. Son mari, ses enfants, son travail et sa maison finissent par l’éteindre et l’étouffer. J’ai cette chance, peut-être parce que j'ai longtemps attendu que ce bonheur m’arrive, de trouver que les enfants c’est vraiment merveilleux, que la famille c'est chouette, de faire un travail qui me rend heureuse et d'aimer être chez moi (rires). Mais j’ai d’autres soucis, je vous rassure. J’ai eu suffisamment peur de ne pas connaître cela, donc je suis très loin de cet état des lieux.

Après, même si l’on n’est pas dans cette configuration, on a tous connu des moments dans notre vie où l’on sent que l’on a pas le cœur qui bat, qu’il n’y a pas d’intensité, que l’on est pas vraiment vivant et qu’on aimerait se reprendre. "

Quel élément du récit d'Olivier Adam vous a touchée pour le traduire à l'écran ?

Quel élément du récit d'Olivier Adam vous a touchée pour le traduire à l'écran ?


Isabelle Carré : " J’ai adoré l’histoire pour la rencontre avec le personnage de Daïsuke. J’avais envie de le rencontrer, cet homme qui a été flic et qui en a eu marre de ne pas sauver assez de vies. Il a fait le choix de se mettre au bas d'une montagne où tout le monde se suicide, avec ses jumelles, puis de les sauver.
Faire un film là-dessus, cela répond à une question à laquelle on est tous confrontés, celle du prix de la vie, à l'heure où la mort est banalisée par ces mauvaises nouvelles que l’on entend partout. Cela me rappelle La Liste de Schindler, dans lequel cet homme se rend malade, parce qu'il aurait pu sauver plus de vies.
"


Vanja D'Alcantara : " Il y avait pour moi depuis longtemps un désir de Japon, dont le rapport à la beauté, au langage, au silence et à l’harmonie ont malgré moi toujours imprégné mon cinéma, sans jamais y être allée. Quand je suis tombée sur l’histoire de Yukio Shige, qui est donc le vrai monsieur qui passe ses journées à surveiller des falaises, cela touchait à des thématiques qui me sont chères. Par contre, en tant que réalisatrice belge, je ne me sentais pas la légitimité de m'emparer de ce personnage japonais. Le roman d'Olivier Adam, dans lequel une femme occidentale fait ce voyage, était ma pièce manquante du puzzle. "

Vanja raconte Isabelle, et vice-versa

Vanja raconte Isabelle, et vice-versa © Isopix


Vanja D'Alcantara : " Isabelle, c’est une actrice naturellement très lumineuse qui a une grande fraîcheur, mais c’est aussi quelqu’un qui n’a pas peur d’aller dans les zones d’ombre. Ce qui m’a intéressée, du fait de l’embarquer avec moi, c’est qu'elle est très franco-française. Il y avait donc quelque chose d’assez insolite de la retrouver au Japon.
C’est une actrice à qui l'on n’a plus rien à lui apprendre, mais elle a cette capacité à partir d'une page blanche, en acceptant de s’abandonner. "


Isabelle Carré : " Quand j'ai rencontré Vanja. j'ai senti sa sensibilité, son humanité. Elle avait vraiment des choses à transmettre. Je peux dire que je suis heureuse d’y être allée, car son film m’a fait évoluer. En général, moi je suis très bien en France, et si je pouvais rester dans mon sixième arrondissement je serais très contente.
Je suis pleutre, j’ai peur de tout,
p
eut-être parce que j’ai beaucoup d’imagination. Cela me sert dans mon métier, mais pas dans la vie. Heureusement, je surmonte mes peurs. À 45 ans il est temps ! Ce type de projet, ce n’est pas juste une opportunité de voyager. Bien sûr, on s'enrichit au contact d'une culture, mais cela implique aussi de ne plus avoir de repère en tant qu’actrice. On est dans la découverte et cela se sent dans le jeu. "

Ce décor naturel, un élément essentiel du film ?

Ce décor naturel, un élément essentiel du film ?


Isabelle Carré : " Quand on annonçait aux gens qu’on allait tourner à Okinoshima Island, au large de Shimane, la question était toujours « pourquoi ? ». Même les Japonais qui composaient 80% de l’équipe n’y étaient jamais allés. Vanja s’est dirigée par-là parce que c’est l’endroit le moins peuplé du Japon, le plus sauvage. Elle voulait cet aspect solitaire, rural et authentique très différent des cartes postales. On a l'impression que tout s’est arrêté dans les années 50. Je dois avouer que ce qui était le plus anxiogène, c'était de flirter avec le vide et les rafales de vent. "


Vanja D'Alcantara : " J’ai été le chercher loin ce décor, au fil de plusieurs voyages. Comme dans mes films précédents, l’environnement naturel a toute son importance. Il a fallu y amener une caméra du Canada, des costumes de Paris et des décors de Tokyo. Cela a été une vraie grande aventure, qui nous a tous transformés un peu. "

Un film silencieux, pour en dire d'autant plus ?

Un film silencieux, pour en dire d'autant plus ?


Isabelle Carré : " Je ne sais pas comment c'est en Belgique mais en France on n'a pas le droit d’être silencieux. Il faut animer les dîners, sortir les bonnes répliques, que les gens ne s’ennuient pas et qu’ils en aient pour leur argent. Je suis moi-même angoissée à table s’il y a un silence, je dis bêtement " un ange passe " et j’essaye de rebondir. Alors qu’un beau silence, c'est parfois plus riche. En tout cas, on peut se poser la question avec ce film, grâce à Vanja, qui donne cette possibilité pendant une heure et demi de troquer le bruit et la vitesse contre la contemplation.

Dans le jeu aujourd'hui, j’adore écouter. Je repense pourtant à 'Entre ses mains', à notre embarras avec Benoît Poelvoorde lors de scènes où l'on devait marcher en silence et se demander dans quelle eau trouble on nageait tous les deux. On était mal à l’aise et inquiets que le public s'ennuie. Maintenant, cela me convient. "


Vanja D'Alcantara : " Mon but, c’est de n'utiliser que ce qui raconte l'histoire, pas un mot ni une image de plus. Dans cette recherche de l’épure, j’aime explorer jusqu’où on peut aller avec un regard, un geste, un échange. Cela fait partie du langage du film, de faire confiance au silence.
Et le Japon s’y prête parfaitement, puisque le silence n’a rien de gênant, au contraire. Il vaut mieux se taire plutôt que de dire des choses inutiles, contrairement à l’Occident où l'on existe qu’à travers la parole.
"

Isabelle Carré face à Niels Schneider, et la magie opère ?

Isabelle Carré face à Niels Schneider, et la magie opère ?


Vanja D'Alcantara : " Quand on choisit des acteurs, il faut sentir aussi que la connexion va pouvoir se faire entre eux puis leur faire confiance. Pour cela, Isabelle est magnifique, parce qu’elle va vraiment à la rencontre de ses partenaires.

Très peu de temps avant le tournage, on a eu un désistement pour le personnage de Nathan (le frère d'Alice, ndlr) donc on a mis en place un casting à Montréal, comme c'est une coproduction canadienne. La veille de mon départ, j'ai rencontré Niels Schneider à Paris et j'ai su que c’était lui. Il fallait vraiment que ce soit une présence fulgurante, libre et spontanée, car il débarque dans la vie d'Alice comme un tourbillon, et il en disparaît de manière aussi brutale.
Avec sa personnalité solaire et son tempérament de cheval fou, il a été l'un des nombreux miracles de ce film. "

« Il n’y a pas de sens, il n’y a que la vie », morale de l'histoire ?

« Il n’y a pas de sens, il n’y a que la vie », morale de l'histoire ?


Vanja D'Alcantara : " Cette phrase prononcée par Daïsuke est l'une des phrases clé du film. Quand on se retrouve face à une grande souffrance, chercher du sens revient à souffrir encore plus. Et peut parfois rendre fou. Ce que propose Daïsuke, c’est simplement d’être dans la vie. Accepter la réalité telle qu’elle est. Inspirer, expirer, c’est tout ce que l’on a. C'est ce vers quoi tend Alice, quand elle accepte de lâcher pour retrouver une forme de liberté intérieure. Ce qu’elle en fera par la suite n’a pas d’importance. "

À quand un tournage en Belgique ?

À quand un tournage en Belgique ?


Vanja D'Alcantara : " J’ai commencé par faire un documentaire en Espagne, qui s’appelait La troisième vie, puis j’ai fait le court métrage Granitsa dans le transsibérien avant de tourner le film Beyond the Steppes, qui se passe au Kazakhstan, inspiré de l’histoire de ma grand-mère. Jusqu'ici, effectivement, mon cinéma n'est pas estampillé belge. "


Isabelle Carré : " C'est fait ! J'ai tourné un mois l'été passé à Oostduinkerke et j'ai adoré. La différence entre les Français et les Belges, c’est une façon d’être plus simple, conviviale et fraternelle. C'est un peu ce que je ressens avec les Québécois. Et puis vous avez plus d’humour. "


Le Coeur régulier, de Vanja D'Alcantara, avec Isabelle Carré, Niels Schneider et Frabrizio Rongione est à découvrir actuellement dans le catalogue à la demande de Proximus TV.

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