Frédéric Beigbeder: "La beauté c’est parfois moche". Rencontre avec l’écrivain-cinéaste

Début juin, à Bruxelles, Frédéric Beigbeder était d’excellente humeur, malgré l’heure matinale. Les cheveux mi-longs, le col de chemise déboutonné, il vous met à l’aise en quelques mots. Aimable et posé, Beigbeder a répondu à nos questions au sujet de son nouveau film, "L’Idéal". Il le décrit comme « une vaste déconnade ». C’est une satire sur l’exploitation des mannequins dans l’industrie cosmétique, une comédie sur les dictats de « la beauté idéale ».

Frédéric Beigbeder: "La beauté c’est parfois moche". Rencontre avec l’écrivain-cinéaste © Photonews - Nexus Factory

Parfois l’image dans les magazines est trompeuse, au point que l’on hésite à interviewer une personnalité comme Frédéric Beigbeder : sa réputation sulfureuse de dandy, d’écrivain-cinéaste de la jet-set le précède. Celui qui fait poser des femmes dénudées en couverture de son magazine (Lui), se plaint d’être taxé de sexiste et il en joue.

Début juin, à Bruxelles, Frédéric Beigbeder était d’excellente humeur, malgré l’heure matinale. Les cheveux mi-longs, le col de chemise déboutonné, il vous met vite à l’aise. Aimable et posé, Beigbeder a répondu à nos questions au sujet de son nouveau film, "L’Idéal". Il le décrit comme "une vaste déconnade". C’est une satire sur l’exploitation des mannequins dans l’industrie cosmétique, une comédie sur les dictats de la beauté idéale.

Le 15 juin 2016, sort au cinéma le film de Frédéric Beigbeder : "L’Idéal", coproduit par Nexus Factory et Proximus. Avec Gaspar Proust, Audrey Fleurot, Anamaria Vartolomei, Carine Wang, Jonathan Lambert.

Le pitch du film

Le pitch du film © Nexus Factory

L’ancien concepteur-rédacteur Octave Parango (Gaspar Proust) de "99 francs" s’est reconverti dans le « model scouting » à Moscou. Cet hédoniste cynique mène une vie très agréable dans les bras de jeunes mannequins russes et les jets privés de ses amis oligarques… Jusqu’au jour où il est contacté par L’Idéal, la première entreprise de cosmétiques au monde, secouée par un gigantesque scandale médiatique.

L'antihéros aura sept jours pour trouver une nouvelle égérie en sillonnant les confins de la Russie, sous les ordres de Valentine Winfeld (Audrey Fleurot), une directrice visuelle sèche et autoritaire. Entre les réunions de crise à Paris, les castings à Moscou, une élection de Miss en Sibérie, une fête chez un milliardaire poutinien et une quête des « new faces » aux quatre coins de l’ex-URSS, le fêtard paresseux et la workaholic frigide vont apprendre à se supporter et peut-être même à se sauver.

Interview de Frédéric Beigbeder

Interview de Frédéric Beigbeder © Photonews

 - Proximus TV : "La beauté c’est parfois moche". D’où vient l’accroche de votre film?
- F. Beigbeder : Quand je travaillais comme rédacteur publicitaire, j’avais une liste d’accroches dans un carnet. Celle-là résume bien le film : on passe devant des milliers d’images chaque jour, où sont exposées de jolies jeunes filles, biélorusses ou ukrainiennes de 16 ans, qui nous sourient. On vit dans un monde de glamour merveilleux et en même temps, derrière, il y a des gens qui travaillent, qui nous ont imposé cette image pour une raison précise. C’est aussi une oppression, sur les femmes et les hommes. Mon film essaie de rigoler avec ces questions-là.

- Proximus TV : En effet, "L’Idéal" est une comédie féroce, une satire sociale dans laquelle vous vous lâchez complétement!
- F. Beigbeder : C’est vrai ! Je ne me suis pas fixé de limite, je baigne dans ce monde-là, cela me permet de me défouler ; je raconte tout ce que j’ai vu et vécu, sans exagération. Franchement, c’était pire : dans les castings on traite les filles comme du bétail. C’est la vie quotidienne de tous les mannequins. Les critères de recrutement, on les connait : les proportions idéales de la beauté sont une utopie. Les corps sont retouchés, normalisés sur Photoshop. Ce sont des sujets graves et sérieux, mais j’en fais une vaste déconnade ! En tant que spectateur, au cinéma, ce que je préfère, c’est la satire. Je regrette qu’il n’y en ait pas beaucoup en France.

- Proximus TV : Quel est selon vous le but du cinéma ?
- F. Beigbeder : Divertir et éveiller si possible. Divertir et avertir. Mes films préférés sont « Citizen Kane », « Le Dictateur » et « Docteur Folamour », trois satires. On se moque du pouvoir. C’est comique, passionnant, grandiose.

Le cinéma me fait sortir de mon lit!

Le cinéma me fait sortir de mon lit! © Nexus Factory

- Proximus TV : Que vous apporte le fait de passer de l’écriture au film ?
-  F. Beigbeder : D’abord, le cinéma me permet de sortir de mon lit ! D’habitude, j’écris beaucoup dans ma chambre, avec mon ordinateur, ma documentation… Faire du cinéma m’oblige à me réveiller, à sortir, à voir du monde.

-  Proximus TV : Vous avez écrit ce film  avec d’autres scénaristes…
-
  F. Beigbeder : Pour L’Idéal, je me suis entouré des mêmes scénaristes que dans « 99 francs ». Ils étaient enthousiastes, on est partis en Russie ensemble, ils ne connaissaient pas, je les ai emmenés dans des soirées chez de riches Russes… A Moscou, à Ekaterinbourg, nous avons rencontré des model scouts (NDLR : qui cherchent des mannequins)… Ils étaient émerveillés et ont écrit la première version.

Proximus TV : Model scout, c’est un métier que vous avez vécu ?
-  F. Beigbeder : Je ne l’ai pas vécu, mais j’ai toujours pensé que c’est sans doute le métier le plus désirable pour un homme. J’ai fantasmé et j’ai écrit le livre "Au secours pardon". Après rédacteur publicitaire, que pouvait faire Octave Parrango, le personnage de "99 francs"? Qu’est-ce qu’il aurait aimé faire ? Aborder les filles partout, dans la rue, leur donner une carte de visite pour leur proposer un job, c’est le rêve. Mais très vite quand je raconte un rêve cela devient un cauchemar…

- Proximus TV : C’est un métier qui comprend des risques : Octave Parango se fait attaquer par des Pussy Riot !
- F. Beigbeder : Je suis en permanence accusé de sexisme : tous les mois, en France, à chaque parution du journal Lui (NDLR : pour lequel Beigbeder travaille comme rédacteur en chef). Du coup, je me suis dit que cela ferait plaisir à pas mal de femmes qu’Octave se fasse rouer de coups par les Pussy Riot, qui d’ailleurs ne sont pas violentes, en général ce sont elles qui se font taper.

L'actrice du film: Audrey Fleurot

L'actrice du film: Audrey Fleurot © Nexus Factory

- Proximus TV : Audrey Fleurot est une magnifique actrice, une figure connue des séries télé  de qualité: "Un village français", "Engrenages", "Dix pour cent"… Dans "l’Idéal", vous en faites une vraie garce, avec toutes ses contradictions.
-  F. Beigbeder : Le personnage de Valentine Winfeld (Audrey Fleurot) a un côté garce, mais elle aussi un côté maman envers Octave, et elle est enceinte dans le film ! Audrey était vraiment enceinte pendant le tournage.

Je trouve ça drôle une héroïne enceinte, on ne voit pas ça souvent ; elles continuent de vivre, elles vont au boulot, elles ont une sexualité… Cela donne quelque chose d’original au personnage de Valentine Winfeld, surtout quand elle se met à faire de la pole dance ou qu’elle prend de la drogue dans une soirée, ou qu’elle se fait taser par un nain de jardin... ce qui n’est pas recommandé je crois pour une femme enceinte. Cela ajoute un côté encore plus délirant à son personnage.

-  Proximus TV :  Audrey Fleurot a tout de suite accepté de faire toutes ces choses pour vous ?
-  F. Beigbeder : Peu d’actrices auraient accepté de faire tout ça ! Je suis très heureux qu’Audrey n’ait pas eu peur de se ridiculiser. En général pour les actrices, surtout quand elles sont très belles, c’est compliqué de prendre  des risques. Audrey y va à fond : elle est couverte de plumes, elle a le rimmel qui coule, elle se roule par terre, elle roule des pelles à une fille… Les gens commencent à aimer son personnage quand elle est complétement bourrée et qu’elle se met à danser.

Audrey et Lui

Audrey et Lui © Nexus Factory

-  Proximus TV :  Vous n’avez pas peur des réactions de l’industrie de la beauté ? Ce sont aussi vos annonceurs pour le magazine "Lui"...
-  F. Beigbeder : Peut-être qu’il y en aura, mais je m’en fous. Dans "99 francs" il y avait la société Madone, ici c'est L'Idéal… Non, je n’ai pas peur.  On n’est pas en Corée du nord, il ne faut pas exagérer ! Je ne risque pas d’aller en camp. Les Pussy Riot sont bien plus courageuses que moi.

- Proximus TV : A propos, vous avez choisi Audrey Fleurot, seins nus, pour la dernière couverture de Lui…
-  F. Beigbeder : C’est vrai, c’est honteux ! Audrey était très gentille d’accepter. Ce n’était pas évident : elle m’a dit d’abord : "il faut que j’en parle à mes parents, que je prévienne ma mère". Je trouvais cela très mignon. Comme les photos étaient très belles, sa maman était d’accord.

Le bonheur selon Beigbeder

Le bonheur selon Beigbeder © Photonews

-  Proximus TV : Qu’est-ce qui vous rend heureux ?
-  F. Beigbeder : Pouvoir faire le métier que j’aime. Etre avec les gens que j’aime, ma femme, mes deux filles. La dernière vient de naître, l’aînée a 16 ans.

-  Proximus TV : Votre aïnée a vu "L’Idéal" ?
-  F. Beigbeder : Elle adore, elle l’a vu avec ses copines. Les ados sont perméables à la mode, aux mannequins, comment il faut être. C’est le sujet du film, et ce n’est pas un hasard si j’ai voulu faire un film sur la dictature de la beauté. Ma fille aînée est fragile par rapport à ça.…

-  Proximus TV : Alors que dites-vous aux jeunes filles obsédées par leur image ?
-  F. Beigbeder : Ce sont des conneries. Des mensonges. Il ne faut pas se laisser manipuler et obéir aux critères physiques imposés par des cadres supérieurs à Paris. Souvent les gens en couverture de papier glacé sont très seuls et très malheureux.

Interview de V. Nimal pour Proximus TV.

Photo : F. Beigbeder et sa compagne Lara à l'avant-première de "l'Idéal".
"L’Idéal" de F. Beigbeder. Un film coproduit par Nexus Factory et Proximus.

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