Louise Bourgoin, dans la peau d’un homme: interview © Julien Panieu/Nexus Factory/Les films Jouror

Rencontre avec la pétillante Louise Bourgoin à Bruxelles. Rôdée aux rôles comiques, l’actrice s’en donne à cœur joie dans une comédie "body swap" où les genres sont inversés : Pénélope (Louise Bourgoin) se retrouve dans le corps de son amant Pierre (Stéphane De Groodt) et vice versa. Une situation cocasse, amplifiée par le fait que les amants sont mariés avec le conjoint de leur meilleur(e) ami(e).

Avec l’impertinence que l’on connait au réalisateur Bruno Chiche ("Barnie et ses petites contrariétés"), "L’un dans l’autre" surfe allégrement sur le thème de la tromperie à quatre. L’occasion d’explorer les thèmes du masculin/féminin avec l’épatante Louise Bourgoin.

L’aura de Louise
On l’a vue allumeuse dans "La fille de Monaco", aventurière dans "Adèle Blanc Sec", butée dans "Je suis un soldat", la voici truculente dans "Lun dans l’autre", son dernier film. A 35 ans, Louise Bourgoin a déjà exploré une large palette de rôles.

C’est un salon intime, avec un feu d’une cheminée. Louise Bourgoin pénètre dans la pièce, silhouette élancée, décidée. L’actrice s’installe sur un divan, croise les jambes, lisse sa jupe en dentelles noire. Elle dégage une présence intense et durant l’interview ne vous quittera pas des yeux. Pour entamer la discussion, il est tentant de faire référence à son nom, Louise Bourgoin, inspiré par une grande dame de l’art contemporain. Après ses études aux Beaux-Arts, la jeune femme choisit en effet un pseudonyme pour son entrée dans le cinéma : Louise Bourgoin, en hommage à Louise Bourgeois. Quand on lui demande quelle est l’œuvre qu’elle préfère de Bourgeois, Louise réfléchit : « J’aime beaucoup une sculpture d’un homme arqué, tendu sur ses mains : « L’Arche de l’hystérie ». C’est une position que l’on donne souvent aux femmes. Le fait de voir un corps d’homme livré, extatique et abandonné, c’est très original. »



Devenir un homme
L’actrice nous offre une belle entrée en matière pour parler du film « L’un dans l’autre » et de sa prestation face à Stéphane De Groot. Entrer dans la peau d’un homme est un défi qu’elle a accepté sans hésiter : « C’était important de ne pas penser à mon aspect extérieur, de pas intellectualiser le fait de devenir un homme. Plutôt que de rentrer dans le mime du personnage masculin, je me suis concentrée sur le relâchement du corps. Pierre (S. De Groot), cinquante ans, est sûr de lui, un peu grande gueule… On demande souvent aux femmes de la joliesse, alors que pour un homme, le fait d’avoir des rides c’est sexy. Nous, on nous demande d’être jeune, fraîche, saine.  J’ai travaillé le personnage de Pénélope comme quelqu’un de plus raisonnable, conventionnel, tenu. Elle est vegan, elle ne boit pas… » Louise Bourgoin sourit. Dans la vie, elle est tout le contraire : Pénélope est le genre de nana qui m’énerve ! Trop lisse. Elle ne déborde pas. Moi, j’ai l’impression que je prends trop de place, que ça déborde ».

Confusion des genres
De Pénélope, Louise ne se sent pas proche. « A la limite, je me sens plus proche du personnage de Pierre, dans le sens où j’ai confiance en moi. Je suis assez casse-cou, téméraire, des qualités que l’on prête souvent aux hommes. » Cependant, pendant le tournage de « L’un dans l’autre, Louise était dans un état d’esprit particulier. L’actrice venait d’accoucher de son premier enfant. « Je ne savais pas à quoi m’attendre, même si j’avais accepté des rôles de femmes enceintes auparavant. Je voulais préparer ma reprise après la maternité. J’ai enchainé trois comédies juste après la naissance de mon fils. En plus, j’allaitais et j’étais bourrée d’hormones, à fleur de peau. Je me souviens : j’étais en train de trouver une démarche pour jouer le rôle de Pierre, et mon corps me rappelait en permanence que j’étais une femme avec la montée de lait. D’habitude, je me sens presque androgyne, pas féminine. C’était le pire moment pour jouer un mec ! » Ces révélations peuvent étonner le spectateur fasciné par la beauté de Louise Bourgoin, qui fut aussi mannequin et miss météo sur Canal Plus. Mais pour ce rôle, Louise était prête à tourner des scènes de nu : « J’avais quinze kilos de plus ! Je m’en suis servie pour jouer Pénélope. Le côté « Métamorphose » de Kafka. Finalement, le fait d’être plus massive m’a aidé à jouer un homme, à me sentir plus virile. »

Swap comedy
Le terme « body swap » provient de films à succès comme « Freaky Friday » ou « Dans la peau d’une blonde ». Mais pour Louise Bourgoin, « L’un dans l’autre » n’est pas une comédie à l’américaine. Elle ferait plutôt référence à l’univers des frères Darrieux ou de Bruno Podalydès. La beauté du sujet tient surtout à la métaphore du sentiment amoureux : « C’est une belle histoire d’amour au travers de cet échange de corps. Or l’amour c’est un peu un miroir : on se voit dans l’autre. Quand on connait bien son conjoint, on devient un peu lui. » D’autant que le film inclut certaines scènes de sexe drôlissimes, où le duo explore le désir de l’autre. « C’était proche de l’onanisme ! Comme Pierre désire Pénélope et qu’il se retrouve dans son corps, il se caresse et tout d’un coup, découvre l’orgasme féminin. En relevant les clichés qui perdurent sur le plaisir féminin et masculin, Louise Bourgoin s’amuse  du « mythe que l’orgasme de la femme est plus fort que celui des hommes » et précise : "souvent les mecs parlent de leur sensibilité comme leur part féminine. Ça me fait rire. Comme si un mec ne pouvait pas être sensible !" En fin de compte, « L’un dans l’autre » offre une partition jubilatoire aux deux comédiens, avec des glissements de l’un à l’autre genre, sans verser dans la caricature. « Tout est histoire de masques. Stéphane et moi étions plus libres et plus sincères en changeant de corps que dans un rôle classique, soi-disant plus proche de nous », confirme Louise.

Un duo décapant
Dans cette comédie, entre Louise et Stéphane, l’osmose prend. Le couple se renvoie la balle sur un tempo maîtrisé, avec un plaisir évident. Louise compare son partenaire à Louis de Funès : « sur un plateau, Stéphane n’en fait qu’à sa tête, il est trublion, il improvise, il mime… » Et comme l’acteur belge a un débit très particulier, qu’il « répète les mots en début de phrase », il fallait qu’elle trouve son rythme à elle : « Au début, je pensais devoir le copier (en entrant dans le personnage de Pierre), mais j’ai compris qu’il ne fallait pas. » Au final, Louise se défend très bien en homme, le temps d’un film jubilatoire.

Interview de Valérie Nimal pour Proximus TV
Lisez aussi l'interview de Stéphane De Groot.

« L’un dans l’autre », un film de Bruno Chiche, avec Louise Bourgoin, Stéphane De Groodt, Aure Atika, Pierre-François Martin-Laval.
Co-production franco-belge Nexus Factory et Umedia, Ufund, Les films Jouror et Proximus. « L’un dans l’autre » est disponible dans le catalogue de films de Proximus TV. Retrouvez tous les films du catalogue à la demande de Proximus TV