Portrait de Belge: Fabrizio Rongione, un acteur dense

Interview de l'acteur Fabrizio Rongione, le héros du thriller psychologique "Une part d’ombre" de Samuel Tilman, qui sort en salle le 7 mars 2018.

Portrait de Belge: Fabrizio Rongione, un acteur dense © Eklektik Productions


Une trentaine de films, deux séries télé, des spectacles, des chroniques radio sur la Première… Fabrizio Rongione impressionne par ses choix artistiques et son parcours en béton. Rencontre avec l’un des acteurs belges les plus doués de sa génération.


Magritte, le glamour

Magritte, le glamour © Isopix


Lorsque nous rencontrons Fabrizio Rongione  à Bruxelles, en février, il sort des Magritte et avoue être « encore sous le contrecoup » de cette grande messe du cinéma belge. Présenter les Magritte demande un gros travail d’écriture, de répétition, de tournage et regroupe, selon lui, plusieurs disciplines : l’humour, le cabaret et une dose de glamour. De plus, il faut se renouveler, puisque c’est la 3e fois que Rongione joue le jeu. En cela, l’expérience de Fabrizio sur scène, à l’écriture et comme interprète, est un immense atout. Ses seuls-en-scène écrits avec Samuel Tilman ont fait mouche.

Tilman et Rongione

Tilman et Rongione © Eklektik Productions


Dès le 7 mars, le public va pouvoir retrouver au cinéma le duo Tilman, réalisateur et Rongione, acteur, dans un fameux polar au titre bien choisi : « Une part d’ombre ». Découvert au FIFF de Namur en octobre, ce film noir, tout au long d’une intrigue serrée, sème le trouble dans la tête du spectateur : le héros est-il un tueur ? Qui est cet homme apparemment ordinaire, amoureux de son épouse, bon père de famille et entouré d’amis ? « Ce qui m’a intéressé dans ce rôle, c’est avant tout sa complexité », avance Fabrizio Rongione.

Une part d’ombre

Une part d’ombre © Eklektik Productions


Tilman et Rongione se connaissent depuis 20 ans. De Samuel, Fabrizio dit qu’il incarne « une sorte de génie capable de faire plein de choses, théâtre, documentaire ou fiction ». De leur collaboration se dégage une profonde intensité. Dans « Une part d’ombre », le réalisateur offre en effet un magnifique rôle à Rongione. Celui d’un père de famille comblé, David, marié à une femme solaire (Natacha Régnier). Mais un jour, il est accusé de meurtre. Tout s’écroule progressivement au sein du couple et dans le groupe d’amis. David doit se battre pour être innocenté. Or, il ne dit pas tout à ses proches ; la vérité est tue en partie.…

Mensonge et vérité

Mensonge et vérité © Photonews


Là où l’acteur fait des prouesses, c’est dans les moments les plus ambigus, où son silence, sa posture ou simplement son regard suffisent à semer le trouble, faisant de son personnage un homme banal devenu soudain effrayant. « Samuel me poussait à faire des prises très différentes, dans les moindres nuances : triste, réservé, en colère… Il y a eu aussi beaucoup d’improvisation de ma part. Après, au montage, le réalisateur choisissait la couleur qu’il voulait donner à mon personnage. »

35 films

35 films © Belga Image


Sa capacité à jouer d’une infinie palette de nuances s’est souvent illustrée dans le passé, que ce soit dans les films des frères Dardenne ("Rosetta", Palme d'or à Cannes en 1999, "L'Enfant", également Palme d’or à Cannes en  2005, "Le Silence de Lorna", "Le Gamin au vélo" et "Deux jours, une nuit") ou chez d’autres réalisateurs comme Joachim Lafosse, Luc Bondy, Guillaume Nicloux, Eugène Green, Martin Provost, Daniele Vicari, Luc Jabon...

Acteur

Acteur © Photonews


Le talent de Rongione lui a permis de décrocher le Magritte 2015 du Meilleur acteur pour "Deux jours, une nuit". Cet acteur qui apprécie qu’on lui laisse « de l’espace pour improviser » a tourné avec des pointures du cinéma francophone ou italien. De son métier, Rongione considère que « les acteurs américains s’emparent de l’espace, ils savent ce qu’ils doivent faire. En Europe, les acteurs sont plus dans la soumission : le réalisateur sait. Ce n’est pas moins bien, c’est différent ». Avec les Dardenne, on se connait tellement bien, ils me font confiance. Avec eux, l’acteur doit renoncer à briller, on fait partie d’une œuvre. Par rapport à ça, je suis serein. Mais dans le film de Samuel Tilman, je sais que je brille plus : je prends plus de place ».

Photo : A Cannes, pour la sortie du film "Deux jours, une nuit".

La télévision

La télévision © France 3


C'est le petit écran qui fait connaître Rongione au grand public, par le biais de deux séries françaises à succès. Dans "Mafiosa", une excellente série sur la mafia corse, il joue Rémi Andreani, et dans "Un village français", une série qui se passe pendant la seconde guerre mondiale, également finement écrite, le Belge incarne le personnage de Marcel Larcher, le frère de Daniel Larcher (Robin Renucci). Entre la télévision et le cinéma, l’acteur n’a « pas de préférence », mais il se fie avant tout à la qualité de la narration. Dans tous les domaines, Fabrizio Rongione recherche la collaboration avec ceux qui savent raconter des histoires.

Belgitude

Belgitude © Belga Image


Né en Belgique en 1973, il a grandi à Schaerbeek, où ses parents ont un restaurant, Napoli da Leonardo. Rongione vit à Ixelles avec sa compagne, la comédienne Myriem Akheddiou (qui joue aussi dans "Une part d’ombre"). Le couple vient d’avoir un premier enfant. Quand on lui pose des questions sur ses origines et son identité, Rongione est bavard. « Je me sens belge de cœur ». Mais il souligne « la difficulté de se sentir belge, malgré tout, avec tous ces problèmes communautaires… C’est usant de voir qu’il y a des gens qui veulent la séparation de la Belgique. Je sens en moi une identité belge et plein de choses positives. Comme bruxellois, je me sens aussi proche de la Flandre. Je me sens en partie italien, par mes origines et en partie belge ». Un homme nourri de plusieurs cultures, qui lui permettent de jouer aussi bien en français qu’en italien. Un comédien rare.
 
V. Nimal

"Une part d’ombre", un film de Samuel Tilman. Avec Fabrizio Rongione, Natacha Régnier, Baptiste Lalieu, Myriem Akheddiou, Christophe Paou, Yoann Blanc, Steve Driesen, Erika Sainte, Naïma Ostrowski et Jules Galland. Eklektik Productions, Good Fortune Films, Point Prod, Serendipity et Urban Distrib. Au cinéma le 7 mars 2018.

Regardez aussi l'interview de Samuel Tilman, le réalisateur du film  "Une part d’ombre" et l’actrice belge Natacha Régnier.

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