Interview: Anny Duperey, funambule sans filet

Anny Duperey était l’invitée coup de cœur du Festival de Valenciennes, samedi 24 mars. Lors d’une soirée spéciale, nous avons rencontré l’icône du cinéma français, qui a joué dans "Les Malheurs d'Alfred" (1972), "Les Compères" (1983), "Deux ou trois choses que je sais d'elle" (1967), "Mille milliards de dollars" (1981), "Germinal" (1993), "Un parfum de sang" (2015) ou la série télévisée "Une famille formidable" (2017)…

Interview: Anny Duperey, funambule sans filet © Photonews

Sa voix grave, son humour charmeur et sa robe rouge aux jambes interminables resteront à jamais gravés dans nos souvenirs (elle restera la Charlotte de la comédie "Un éléphant ça trompe énormément", 1976). Rencontre avec une actrice culte devenue romancière à succès.

Interview d’Anny Duperey pour Proximus TV par V. Nimal, lors du Festival de Valenciennes.

Sur les planches

Sur les planches © isopix/Collection Christophel/Les Malheurs d'Alfred

Cette grande brune (1m77) aux yeux turquoise n’avait jamais songé au cinéma. Tout au plus, aimait-elle danser et écrire, depuis l’âge de douze ans. Sortie du Conservatoire et des Beaux-Ars, la jeune Anny Legras prend le nom du mari de sa grand-mère, Duperey et débute au théâtre en 1965. Elle joue dans « Les Trois Mariages de Mélanie » au Théâtre Michel. Dès 1967, le cinéma lui fera les yeux doux. Elle tournera une quarantaine de longs-métrages. Celle qui aimait aussi le cirque et voltiger dans les airs, comme sa mère acrobate, évoque de tragiques souvenirs dans ses livres. « Sans l’écriture, peut-être me serais-je perdue », écrit-elle.

Soigner sa douleur

Soigner sa douleur © Photonews

L’enfance d’Anny Duperey s’arrête le jour où, à l’âge de 8 ans, elle trouve ses parents morts, asphyxiés dans la salle de bain. Ecrire peut-il soulager la douleur? C’est la première question que l'on pose à Anny Duperey, après la lecture de son livre autobiographique, « Le rêve de ma mère ». Un ouvrage illustré de photos prises par son père, photographe professionnel. D’emblée, Anny Duperey répond: « En écrivant, j’ai voulu partager mon expérience, ma douleur. Je voulais soulever le pansement et dire ce qui se passe quand on ne veut pas guérir pendant trente ans. Je ne voulais pas faire le deuil de mes parents ».

De sa rencontre avec Les éditions du Seuil, l’auteure confie : « J’avais la liberté totale de mon éditeur, Louis Gardel : je n’ai rien signé avant publication, il me faisait confiance. Je ne voulais aucune entrave, et pouvoir décider, jusqu’à l’impression, de publier ce livre ou pas… »

Le déclic de l’écriture

Le déclic de l’écriture © Photonews

Comment arrive-t-on à graver sur le papier ses souvenirs et traumatismes intimes, quand on est une star du cinéma français ? « C’était un long chemin », raconte Anny Duperey. « En retrouvant les photos prises par mon père, Lucien Legras, puis en développant mes propres photos, en relisant mes carnets d’enfance (que ma tante a retrouvés) l’envie d’écrire est montée. J’ai aussi lu d’autres témoignages, comme « Le livre de ma mère », d’Albert Cohen. Je cherchais un ton juste. J’ai d’abord mis 4 ans à écrire « Le Voile noir », où je raconte le drame de mes parents ».

Elle ajoute : « Dès l’âge de 12 ans, je voulais « écrire mon livre ».  Je voulais parler de la « non-mémoire », de ce que j’avais occulté pendant si longtemps. Dans un autre de mes livres, « Je vous écris », j’ai publié 100 lettres de mes lecteurs, avec lesquels j’ai correspondu… C’était parfois violent. »

Dévoiler son intimité

Dévoiler son intimité © Isopix / Simon Isabelle / Sipa Press

"Très tôt, j’étais en défense. Faire des enfants a été pour moi une acceptation, c’était renouer avec la chaîne de la vie ». C’était un grand risque. » J’ai terminé d’écrire « Le rêve de ma mère » quand mon fils avait 9 ans, à peu près l’âge que j’avais quand mes parents sont morts. Bernard Giraudeau (son compagnon) avait une famille (4 frères et sœur), tandis que moi, je n’avais plus personne. Il y avait un grand vide de mon côté. Je sentais que les questions de mes enfants à propos de ma famille allaient venir, je leur ai donc transmis quelque chose en écrivant."

Funambule sans filet

Funambule sans filet © Isopix

La famille d’Anny a longtemps travaillé au cirque-théâtre d’Elbeuf. Aussi, quand la jeune femme s’intéresse aux arts du cirque et s’essaie à la voltige, elle suit en réalité les traces de sa mère. Mais s’adonner au trapèze sans filet n’est pas sans risque. Le danger, Anny Duperey aimait le côtoyer : « J’ai eu un grain de folie. J’adorais le cirque. A Los Angeles, je survole le public, retenue par les pieds, dans un spectacle de cirque. C’était beau de flirter avec le danger et de vaincre. Regardez, j’ai la photo sur mon ipad : j’avais trente ans, je faisais des figures incroyables, je tenais par les pieds… quelques semaines après, je rencontrais Bernard Giraudeau ».

Bernard Giraudeau

Bernard Giraudeau © Eliott Press / photonews

Avant de rencontrer l’homme de sa vie, Anny Duperey a « profité amplement de la libération des mœurs » : «  je couchais beaucoup, à droite, à gauche ». Libre et sauvage, Anny Duperey va pourtant s’attacher à un artiste, qui comme elle, aimait tout autant la comédie, la musique, que la danse. « Nous sommes partis en tournée à New York. Bernard Giraudeau a repris le rôle de Paris dans « La guerre de Troie n’aura pas lieu ». On s’est rencontrés pendant la tournée, qui allait des aux Etats-Unis à Moscou… C’est lui qui a eu le coup de foudre pour moi. Très vite, nous nous sommes installés ensemble. On prenait des cours de musique, de chant, on voulait se servir de nos talents, alors on a décidé de monter une comédie musicale (en 1978). Un Belge, André Ernotte, est venu me voir pour me proposer des textes. Nous les avons réécrits, André a fait la mise en scène. C’était « Attention, fragile ». Nous jouions 30 personnages en couple. On a eu un énorme succès en tournée, en France et en Belgique. Mais il y avait de telles difficultés que nous étions épuisés. Organiser une tournée de comédie musicale, c’était un enfer, physiquement, les trous dans le plancher, le manque de moyens, de techniciens… »

Un éléphant ça trompe

Un éléphant ça trompe © Photonews


Son meilleur souvenir au cinéma ? Spontanément, Anny Duperey se souvient d’un tournage et d’une équipe hors pair, celle du film "Un éléphant ça trompe énormément" en 1976. « Jean Rochefort, Claude Brasseur, Guy Bedos, Victor Lanoux, c’était ma plus belle rencontre. Ce film m’a marqué. C’est un classique. Et avec Jean Rochefort, j’ai tourné un autre film plus tard, pour la télévision cette fois : « La Seconde » de Christopher Frank (1990), une adaptation d’un livre de Colette ».


Marielle et Rochefort

Marielle et Rochefort © Photonews

Comme elle est généreuse et ne tarit pas d’envie de raconter, Anny Duperey se souvient d’une anecdote à propos de Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle : « En 1988 j’ai tourné avec Marielle dans « Un château au soleil », une série télévisée. Plus tard, quand je lui ai proposé le rôle de Bernstein dans « La Seconde », Marielle a refusé de jouer. Il m’a dit : « Anny, il est absolument impossible que je tourne ça. Déjà qu’une femme soit amoureuse de moi, c’est improbable, mais deux, c’est le comble du ridicule…  Demande donc à (Jean) Rochefort, parce qu’il en aurait 30 à plat-ventre devant lui, il trouverait ça tout à fait normal ». J’ai donc joué avec son vieux copain Rochefort dans « La Seconde ». Pour lui, jouer un homme qui a deux femmes ne posait aucun problème ! »

Sex-symbol

Sex-symbol © isopix/Collection Christophel

Soudainement, grâce au succès du film d’Yves Robert, Anny Duperey est propulsée au rang de sex-symbol… La star raconte :
« A l’époque, il n’y avait pas de casting. Les acteurs sont venus me trouver, avec le réalisateur, pour me proposer le rôle de Charlotte. C’était un soir au théâtre, Yves Robert (que je connaissais comme producteur) m’a dit : « on va te proposer le pire des rôles. Le symbole de la femme fatale, pile ce que tu ne veux pas ! Comme le scénario était extraordinaire, je me suis dit que j’étais en train de lire un petit chef-d’œuvre. C’était une comédie écrite sur mesure pour des copains, par Jean-Loup Dabadie. Chaque voix était écrite pour le rythme et la voix des acteurs qu’il connaissait ».
« Yves Robert savait que je cherchais un rôle différent de la grande belle femme, que je voulais élargir mon emploi… » Anny Duperey ne manquait pas de flair.

Coup de cœur

Coup de cœur © Didier Crasnault

Ce samedi 24 mars, jour de cette interview, le Festival de Valenciennes rend un bel hommage à l’actrice Anny Duperey. D'humeur radieuse lorsqu’on lui en parle, la comédienne sursaute et corrige : « Hommage ça sent le sapin, on va dire Coup de cœur ! »
Elle termine cette rencontre chaleureuse en glissant : « je vais signer mes livres en librairie, retrouver mes lecteurs. Ils m’ont remis la main à la plume. Tout ce qu’ils m’ont dit m’ont fait avancer dans la vie… »

Photographe

Photographe © Isopix ("Stavisky", Anny Duperey, Jean-Paul Belmondo, 1974

Avant de clôturer l'interview, Anny Duperey sort son iPad et nous montre des photos en noir et blanc : « Je faisais de la photo dès l’âge de 23 ans. J’avais un Leica, je développais mes pellicules. Il y a eu des portraits d’acteurs, comme Caroline Cellier ou Francis Perrin, qui venaient chez moi. Ils utilisaient mes photos, quand elles leur plaisaient. J’ai également un très beau portrait d’Adjani, regardez, je l’ai prise lors de son anniversaire, elle avait 18 ans… »Je prépare une exposition de mes photographies en noir et blanc. Et puis je publierai un autre livre ». Assurément, Anny Duperey est une artiste multiple.

Regardez "Une famille formidable", avec Anny Duperey ou enregistrez directement cette série sur votre tablette ou PC.

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