Lorène Yavo, 23 ans, lauréate du concours Sundance Shorts 2018 en Belgique © Lorène Yavo : 3e en partant de la gauche (photo: Jo Davidson / Silverhub for Sundance London

Percer dans le cinéma n’a rien de simple. Pour commencer, il faut s’essayer au genre du court-métrage, et se faire remarquer dans les festivals. Au total, 600 réalisateurs·trices participaient au concours de courts-métrage Sundance Shorts 2018 dans 4 pays : la France, l’Espagne, l’Afrique du Sud et la Belgique. Les jurés du Sundance Shorts 2018 ont élu, pour chaque pays, le meilleur court-métrage.

Proximus soutient la création cinématographique, notamment par le biais du concours Sundance Shorts London, dont Proximus est partenaire. Cette année, le prix du meilleur court-métrage pour la Belgique a été décerné à une jeune animatrice, à peine sortie de ses études à l’ENSAV (en section animation à La Cambre). Portrait de cette réalisatrice belge, interrogée sur les toits du Picture Cental House, le fief du festival Sundance London qui s’est terminé ce dimanche 3 Juin.

Compte-rendu de V. Nimal et portrait de la lauréate belge.

Cette édition 2018 nous a paru particulièrement réussie, empreinte d’un esprit de bienveillance et de magie. En Afrique du Sud, on souriait de découvrir un pleureur payé pour se rendre aux enterrements. En Espagne, on se perdait sur les routes de Santiago, à la recherche d’un père de famille. En France, on s’émouvait du trait affectueux d’Armelle Mercat, réalisatrice de "Tête d’olive" (dessiné à l’aquarelle) inspiré par son papa chauve. Et pour la section belge, c’est aussi un film d’animation qui a été primé : "A chacun sa malédiction », un conte urbain à l’humour piquant, signé Lorène Yavo.

Laurène Yavo, le talent au bout des doigts
Tout va bien. L’héroïne de "A chacun sa malédiction" a beau chuchoter cette sentence pour se rassurer, on sent que quelque chose cloche dans cet immeuble de colocataires, comme ailleurs en ville : des âmes étranges apparaissent derrière les fenêtres, mi diables, mi-anges, pendant qu’un chien croque le gardien de l’immeuble. Les deux cohabitants s’inquiètent : ils cherchent à trouver un autre esprit pour protéger leur foyer. Leurs péripéties, chez une voyante ou en forêt, vont nous surprendre du début à la fin.

Nous avons rencontré Lorène Yavo, l’auteure de ce court-métrage d’animation et lauréate récompensée par le Jury Sundance Shorts 2018, en fonction de différents critères incluant la créativité, la valeur ajoutée en matière de divertissement, l’originalité du mode de narration et la qualité de la production.

Montoise à Bruxelles
Lorène Yavo est née en Belgique, d’un père ivoirien et d’une mère belge. Elle vit à Mons avec sa famille. Le virus du dessin l'a prise  petite fille. A 17 ans, elle passe l’examen d’entrée dans l’école réputée de La Cambre, à Bruxelles. Elle entre dans la section film d’animation et termine à 23 ans avec son film de fin d’études, "A chacun sa malédiction ». La voici récompensée au Festival Sundance, un vrai tremplin pour cette débutante dans le monde du cinéma. « J’ai pris un an pour créer mon film, durant la dernière année de mes études à La Cambre. J’ai envoyé mon film un peu partout, à Bilbao et dans des festivals de fantastique, et les échos sont positifs, je ne m’y attendais pas ! »


Lorène Yavo (Belgique) et Armelle Mercat (France) - (photo: Jo Davidson / Silverhub for Sundance London)

Urban Fantasy
"Je dessine, puis je scanne mes dessins. J’ai toujours aimé le style fantasy. Mon film s’inscrit dans le genre urban fantasy". Il règne en effet une ambiance mystérieuse, surprenante dans son court-métrage, "A chacun sa malédiction ». Lorène Yavo adore le cinéma fantastique de Guillermo del Toro, qu’elle a croisé au FIFF en avril (lisez l'interview de G. del Toro au FIFF). En Belgique, elle apprécie le travail de Benoît Feroumont, un auteur wallon de BD ("Le Royaume") et de films d'animation. Ce dessinateur maintes fois primé lors de festivals, a collaboré aux films « Les Triplettes de Belleville » de Sylvain Chomet, « Brendan et le secret de Kells » de Tomm Moore ou « Astérix : Le Domaine des dieux ». Quand Feroumont est venu à la Cambre, pour le Jury de fin d’études de Lorène Yavo, il semblait surpris et lui a dit "qu’il n’avait jamais entendu parler de urban fantasy", même si ce mot-clef règne dans les forums spécialisés.

Un univers bien à elle
Dans son univers, Lorène Yavo s’empare de la figure du magicien, récurrente dans la fantasy : "ma magicienne, vit en banlieue et fait de la magie dans sa boutique entourée de champs. J’ai grandi entourée de champs de maïs, qui me faisaient un peu peur. J’ai repris le code de la forêt et du voyage initiatique, que j’ai transposé dans mon film. Les immeubles sont en ruine, ils ont un côté post-apocalyptique. Dans mon film, je mélange plein d’influences et de genres que j’aime, comme une grande soupe !" Ses deux héros, un gars et une fille, sont colocataires, même si ils pourraient former un couple. Mais c’est chacun sa chambre.

Le ton est irrésistible, les dialogues claquent. Certains détails nous font vraiment rire, comme le petit fantôme (qu’elle nomme esprit), qui porte "un t-shirt crade avec un logo de supermarché : mes profs ont adoré le dessin, ils m’ont offert le t-shirt… Parfois, quand j’étais coincée, je lisais mes blagues à mon frère, et il me coachait. Je me suis vraiment amusée en écrivant ce film". Lorène Yavo, un nom à retenir dans le film d’animation belge.

Interview de V. Nimal pour Proximus TV à Londres

"A chacun sa malédiction" de Lorène Yavo sera diffusé sur SundanceTV cet été. Sundance TV est la chaîne numéro 203 (sous-titrage en français) sur Proximus TV, et dispoible dans l'offre Entertainment de Proximus TV.
 

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