Portrait de Belge: Philippe Geluck tutoie les grands maîtres

Homme de théâtre, de radio, de télévision, dessinateur de presse et auteur de BD chez Casterman, Geluk est devenu peintre et sculpteur. Le revoici avec son Chat, qui tutoie les grands maîtres, de sa verve féroce et expose à Paris ! Rencontre avec ce passeur funambule, qui a 62 ans, veut transmettre l’émotion de l’art.

Portrait de Belge: Philippe Geluck tutoie les grands maîtres © Isopix - Casterman

C’est un jour de gel à Ixelles, en février. La sonnette annonce la couleur : "Salut ça va" ? L’espiègle Philippe Geluck ouvre la porte de son studio graphique, à l’arrière d’une façade en brique. Entouré de ses sculptures géantes de Chats, l’artiste vous reçoit tout sourire. Philippe Geluck a ce petit truc réconfortant, qui met à l’aise : "vous voulez un thé, un plaid, un chocolat?" Le loustic a les yeux vifs, la voix posée, enjouée, pas du tout lassée. Il a pourtant connu le showbizz et les interviews à la chaîne. Il pourrait être désabusé. Homme de théâtre, de radio, de télévision, dessinateur de presse et auteur de BD chez Casterman, il est devenu peintre et sculpteur. Le revoici avec son Chat, qui tutoie les grands maîtres de sa verve féroce et expose à Paris !

Interview de V. Nimal pour Proximus TV.

Son livre : "L’Art et Le Chat"

Son livre : "L’Art et Le Chat" © Emmanuelle Denys

A travers son personnage fétiche, Le Chat, Philippe Geluck peut tout dire. Cette fois, Le Chat pousse la porte d’un musée pour regarder des œuvres d’art et s’en inspirer. Magritte, Munch, Botero, Vermeer, Vasarely… il les décrypte, les détourne, les remet en place comme un karatéka : bardaf ! On n’avait jamais vu Le Chat comme ça ! "L’Art et Le Chat" est un album essentiel, et le catalogue d’une expo qui a lieu cette année à Paris. Geluck nous parle de ce livre publié chez Casterman et de ses passions.

- Proximus TV : Dans votre nouveau livre, Le Chat nous fait visiter son panthéon artistique. Vous avez toujours été attiré par l’art ?
- Philippe Geluck: "Oui, depuis l'enfance. Devant un Pollock, j’ai eu des larmes qui coulaient, j’aime aussi Rembrandt, Vermeer, Greco…"
-    Vous êtes devenu un artiste polyvalent. Enfant, vous rêviez de devenir peintre ?
- "Plutôt un farceur, un dessinateur. Je ne me sens pas peintre. J’utilise le média peinture, le format, la toile, les pinceaux… Je me sens dessinateur."

Une enfance dans l'art

Une enfance dans l'art © Isopix

- Vos parents aimaient l’art. Avec votre mère, vous alliez au Musée. Et votre père vous a fait aimer la peinture…
-  "J’ai eu une enfance un peu particulière, dans une famille très "cultureuse", parfois un peu trop. Les chansons françaises et la variété leur hérissaient le poil : ils n’écoutaient que de la musique classique. Et comme ils étaient militants communistes, je n'ai jamais vu un Walt Disney de toute mon enfance ! J’ai vu tous les films des cinéastes russes, Eisenstein, Poudovkine… Mais pas de pub pour Coca-Cola. En même temps, je ne serais pas qui je suis, si j’avais eu une autre éducation. Je me sentais parfois seul parmi les copains…"

"Cet amour de l’art, qu’éprouvaient mes parents, m’a donné une singularité que je revendique aujourd’hui. Mon père m’a fait connaître Soulages, Folon, Topor… il m’a fait lire Hara-Kiri, plutôt que Spirou et Tintin. Il a été dessinateur de presse, il peignait un peu, mais ce n’était pas son truc. Par contre, il nous a mis des pinceaux dans les mains, à mon frère et moi."

Se moquer avec tendresse

Se moquer avec tendresse © Isopix

-  Dans votre dernier livre, votre Chat détourne des œuvres  célèbres, entre ironie et admiration…
- "Le Chat détourne les œuvres avec beaucoup de tendresse et un peu d’insolence. Il y a La Liseuse de Vermeer, La Vénus de Milo… Des œuvres anciennes et contemporaines. Moi,  par rapport à l’art contemporain, j’ai dû me soigner. On a parfois un apriori un peu bourgeois à propos des installations… Il y a des choses où je me dis : là on se fout de ma gueule !"

-  Prenons l’exemple de l’artiste controversé Jef Koons, dans votre livre, vous prenez sa défense…
-  "Oui, totalement. Je raconte que lors d’une expo de Jef Koons en Belgique, la galerie n’avait vendu aucune pièce… Puis, Jef Koons a commencé à se faire connaître, il a aussi eu une stratégie marketing qui a porté sa démarche artistique. Mais on ne devient pas l’artiste le plus cher au monde sans rien derrière. Il n’y a pas que du bluff. Quand on est devant sa sculpture gigantesque, Balloon Dog, on est bluffé."

Art ou fumisterie?

Art ou fumisterie? © Casterman - Philippe Geluck

-  Il y a aussi des artistes moins connus, comme Verena Nusz… Vous écrivez que lorsque vous avez vu cette Autrichienne à Bruxelles, vous imaginiez "rencontrer la caricature de l’artiste conceptuel hautaine et un poil sectaire"… Et en fait, pas du tout!
- "Dans les années septante, quand je commençais l’INSAS, j’avais un ami, Pierre Sterckx, qui organisait des spectacles sur des artistes. Après, il a beaucoup écrit sur l’art. C’était un découvreur, il a même fait venir Keith Haring à Bruxelles… Une fois, il a fait venir Verena Nusz, que je ne connaissais pas. On s’est rencontrés lors d’une soirée à Bruxelles. Elle était très sympa, elle m’a même écrit une carte postale, que j’ai perdue ! Pour mon projet de livre et d’expo, j’ai retrouvé trois tableaux de Verena Nusz  chez un collectionneur bruxellois, qui a connu Pierre Sterckx. Verena Nusz a fait partie de la mouvance de l’art conceptuel, dont je voulais me moquer avec tendresse dans mon livre… la boucle est bouclée."

- Vous rendez accessible l’art le plus pointu en nous faisant rire.
- "Dans mon livre, il n’y a rien de méprisant. Que de l’admiration. Beaucoup de tendresse, un peu d’insolence. Mais j’ai dû me soigner par rapport à l’art contemporain, et je crois qu’on doit tous le faire : on a parfois un apriori un peu bourgeois et réactionnaire à propos des installations. Bien sûr, on a vu des fumisteries dans l’art contemporain, parfois je me dis : là on se fout de ma gueule !"

"L’Art et Le Chat" : Une expo à Paris

"L’Art et Le Chat" : Une expo à Paris © Isopix

-  Vous exposez durant un an L’Art et Le Chat à Paris, au Musée en Herbe. Comment est née cette expo ?
- "Ce Musée a été créé il y a 40 ans par Sylvie Girardet. Elle avait vu des toiles que j’exposais à Art Paris au Grand Palais, un hommage à Pollock, Munch, Leonard de Vinci… Sylvie m’a appelé et m’a proposé d’exposer mes travaux d’hommages à des peintres, en confrontation avec un vrai tableau de l’artiste. J’ai pris le temps d’y penser, il a fallu deux ans pour que je produise les œuvres et que de son côté, elle trouve des pièces magnifiques et authentiques pour l’expo. J’ai aussi déniché un Magritte, un Picasso, un Soulages, un Warhol. Nous aurions pu obtenir un Giacometti, mais il fallait l’assurer pour 35 millions d’euros… trop cher."

- Votre but aujourd’hui est de transmettre le plaisir de l’art ?
- "Je voudrais transmettre au public l’émotion qu’on peut avoir devant une œuvre d’art originale. Dans mon expo, je vois quand les mômes arrivent devant le tableau bleu d’Yves Klein, l’émotion qui nait, quelque chose se passe. Nous avons vingt œuvres originales de grands peintres, prêtées pour l’exposition."


- Le parcours de votre expo semble destiné à tous les âges…
- "C’est un Musée pour les enfants mais l’expo est vraiment tous publics. J’ai vu des enfants de 4 ans à l’ouverture! On peut faire la visite en famille, avec ou sans accompagnement. Le jour de l’ouverture, je voyais une grand-mère un peu agacée, qui disait à son petit-fils que cette expo n’est pas pour les enfants. Alors, je me suis approché du petit, je lui ai demandé comment tu t’appelles et je lui ai raconté le Martyre de Saint-Sébastien, Le Chat avec les flèches, puis la toile déchirée de Fontana… Il était pris. Captivé. Ensuite sa grand-mère l’a pris par la main et ils ont fait toute l’expo ensemble. Bien sûr, il faut prendre son temps, on n’est pas à Walibi !"

En télé sur la Une

En télé sur la Une © YouTube

- On vous voit à la télévision en ce moment, avec Jacques Mercier… Avez-vous encore des  projets télé ?

- "Avec mon ami Jacques Mercier, nous avions tourné une première saison des capsules de Monsieur Dictionnaire il y a six ans, puis on a repris le tournage dans mon studio à Ixelles. On s’amuse, comme si c’était une soirée entre amis."

Voir la page Monsieur Dictionnaire dans la grille du programme TV.

Geluck, Drucker et Ruquier

Geluck, Drucker et Ruquier © Isopix

"Sinon, j’ai fait le tour des émissions télé. J’ai quitté Michel Drucker en 2006 ("Vivement dimanche prochain"), j’ai participé à l’émission "On a tout essayé" de Laurent Ruquier jusqu’en 2007 puis "On n’est pas couché" (extrait vidéo). Même s’il m’a demandé de revenir aux "Grosses Têtes" à la radio, et que j’accepte de temps en temps quand je suis à Paris, ce n’est plus mon métier. "

"Je me suis retiré de tout cela, et du journal Le Soir, de VSD, dans lesquels je dessinais, pour pouvoir peindre et sculpter davantage. Ce n’est pas le besoin de laisser une trace, mais la télé, c’est tellement volatile. Et ceci est tellement plus proche de moi que je pense être plus utile ici."

Geluck à la Foire du Livre de Bruxelles

Geluck à la Foire du Livre de Bruxelles © Isopix - Casterman

- Vous vivez à Bruxelles. Vous aimez la ville ?
- "Beaucoup. Je suis né à Bruxelles, nous vivions rue Belliard avec mes parents. Avec ma femme, nous sommes allés vivre en Brabant Wallon, c’était bien avec des petits enfants. Mais ils sont devenus grands, alors, nous sommes revenus à Bruxelles, j’y travaille, j’y ai mon studio graphique…"

-  Et le théâtre ? Je me souviens vous avoir vue jouer dans la pièce "Un certain Plume"…
- "Aaah, vous m’avez vu dans Un certain Plume… C’était dans les années quatre-vingt ! Vous deviez être toute petite ! En réalité, je ne fais plus de théâtre, sauf en 2010, j’ai fait un seul en scène pour aider le Magic Land Théâtre qui allait mal.  Si j’avais des journées de dix-huit heures, j’adorerais refaire du théâtre, de la radio, publier dans les journaux… mais le temps se rétrécit."

-   Mais vous remontez sur les planches à la Foire du livre de Bruxelles ?
-  "Oui, pour la présentation de mon livre (L’Art et Le Chat), au lieu des séances de dédicaces, j’ai refait un show improvisé sur scène, en France et en Belgique. Et à La Foire du Livre, je ferai un spectacle samedi 20 février, de 17h à 18h, à la Comix Factory.  Il y aura aussi des séances de selfie."


Interview de V. Nimal pour Proximus TV.
Le site officiel de Philippe Geluck.
Le site du Musée en Herbe où Geluck expose " L'Art et Le Chat".

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