Les voix féminines s'amplifient à Sundance London 2018

Le Sundance Festival s’est tenu à Londres du 31 au 3 Juin. Un festival né dans l’Utah en 1978 et qui s’exporte chaque année à Londres, pour le plaisir des cinéphiles. La particularité de Sundance est de mettre en avant des films réalisés par des personnalités à la vision unique, et plus encore, de soutenir les films de minorités et de femmes réalisatrices.

Reportage à Londres de V. Nimal pour Proximus TV.

Les voix féminines s'amplifient à Sundance London 2018 © Half the picture - Amy Adrion

Sundance est le principal festival américain de cinéma indépendant, qui a lieu en janvier dans l'Utah (USA) et à Londres début juin au Picturehouse Central. Cette année, ce festival réputé pour sa capacité à dénicher de nouveaux talents marque le coup en programmant 58% de films de femmes au sein d’une industrie dominée par le sexisme et la rentabilité. Alors que 93% des films à Hollywood sont réalisés par des hommes, Sundance 2018 soutient les réalisatrices contre le sexisme.

Premières impressions

Premières impressions © Jo Davidson-Silverhub for Sundance London)


Nos premières impressions, en arrivant au Sundance Film Festival: London ? C’est cool ! Son ambiance, ses gens, ses invités, dont quelques stars, Idris Elba (qui réalise son premier long, « Yardie »), Toni Collette (« Hereditary ») ou Ethan Hawke (venu présenter le drame déchirant « First Reformed »).

Devant le Picturehouse Central, où se tient Sundance London, on attend impatiemment que les portes s’ouvrent, parmi une longue file de passionnés, un public londonien fidèle et enjoué. En haut des marches, une table décorée de t-shirts campe le débat Sundance de l’année, #WhatNext : que faire après les révélations sur le sexisme à Hollywood et l’affaire Weinstein ? Trois jeunes vendent ces t-shirts blanc avec le nom d’une réalisatrice connue : Agnès Varda, Kathryn Bigelow… Le ton est donné.

S’il fallait donc retenir un film parmi la riche programmation de Sundance London 2018, ce serait celui d’Amy Adrion, "Half the picture". Un documentaire récompensé par le prix du public londonien, en adéquation avec la ligne de conduite de Sundance.
HALF THE PICTURE trailer from amy adrion on Vimeo.

Une minorité

Une minorité © Karyn Kusama (photo: Donald Grant) - Isopix

Elles forment la moitié de la population mondiale, mais leurs voix ne sont pas entendues. Elles sont de tous bords, de toutes couleurs de peaux, de tous âges, déterminées à partager leur expérience pour faire avancer le débat : pourquoi si peu de femmes derrière la caméra?

Dans « Half the picture », la réalisatrice Amy Adrion donne la parole à ses consœurs : Lena Dunham, Ava DuVernay, Rosanna Arquette, Jill Soloway, Lesli Linka Glatter, Gina Prince-Bythewood, Jamie Babbit, Maria Burton, Brenda Chapman, Jennifer Dean, Tina Mabry, Penelope Spheeris, Karyn Kusama (photo de la réalisatrice sur le tournage de "Girlfight" en 2001)... Un documentaire percutant.

Femme, un handicap ?

Femme, un handicap ? © Amy Adrion (Photo Jo Davidson-Silverhub for Sundance London/Photonews)

Amy Adrion interroge un panel de femmes sur la difficulté de tourner un film dans l’industrie du 7e art. Son film débute sur une conférence de presse du Jury de Cannes en 2017, avec l’intervention de Jessica Chastain, qui proteste contre le fait que les réalisatrices n’ont pas la possibilité de financer des films et d’être soutenues dans les sélections de Festivals internationaux : depuis 1998, rien n’a changé, souligne l’actrice et productrice. Seules 0,06% de femmes sont parvenues à monter un film à Hollywood. A la question est-ce un handicap d'être une femme? Certaines répondent « non, c’est une force ». Mais peu de femmes disposent d’aides et de réseaux au sein de Hollywood et se retrouvent devant des portes closes.

Devenir Général

Devenir Général © Ava DuVernay (Photonews)

Parmi les intervenantes, Ava DuVernay (Prix Sundance 2012 du meilleur réalisateur pour « Middle of Nowhere ») partage les remarques sexistes qu’elle se prend sur un plateau quand elle dirige une équipe masculine et le fait que les femmes ne sont pas considérées comme « capables de diriger un film ». On croit rêver en entendant que des producteurs assènent qu’un réalisateur doit être un bon « général », un leader ou un capitaine… et qu’une femme ne peut parvenir à dégager ce genre d’autorité.

Lena Dunham, l’enfant terrible du cinéma indépendant et auteure de la série « Girls » raconte qu’elle a suivi l’exemple de sa mère artiste (Laurie Simmons) qui se révoltait déjà contre le sexisme dans les années septante. « Pas besoin d'être un militaire pour diriger un film », dit-elle, sourire en coin.

Une réalisatrice des séries "Homeland" et  "Mad men" raconte que sur le tournage, on lui demandait régulièrement : « croix-tu que tu peux le faire en tant que femme? » A cela s’ajoutent aussi le harcèlement sexuel, comme pour les actrices. Lesli Linka Glatter Glatter témoigne : « il est arrivé qu’un producteur me demande de me déshabiller ! »

Une fois mais pas deux

Une fois mais pas deux © Penelope Spheeris (photo Jim Smeal - Isopix)

La réalisatrice du premier volet de la saga « Twilight » explique que « même après un gros succès au box-office, vous n’êtes pas rappelée par les producteurs ». En effet, malgré les dollars engrangés, Catherine Hardwicke n’a pas pu réaliser les autres films de la série (il y en a eu cinq).

Look d’ex-punkette et voix rocailleuse, Penelope Spheeris, l’auteure du film culte “Wayne's world" (classé 10e au box-office mondial en 1992) renchérit : « Après ce succès ?  Tout s'est dégonflé ! ».

Quant à Brenda Chapman, la créatrice de "Rebelle" (un excellent dessin animé inspiré par sa relation avec sa fille), elle explique qu’elle a été virée du tournage en 2011, « sans raison précise ». Même si Brenda Chapman a été créditée et reçu l'Oscar du meilleur film d'animation coréalisé avec Andrews, son constat est amer : « Je devais bosser plus que les hommes pour prouver que j'étais "permise" chez Dreamworks et Pixar. Faut-il ajouter que c’est la première femme à avoir pu coréaliser un long-métrage chez Pixar ?

La débrouille et la dalle

La débrouille et la dalle © Miranda July (Photonews)

"Je n'avais pas l'impression d'être une minorité ", glisse Miranda July, qui croyait, ado, que tout serait possible, comme pour les garçons : créer un groupe de musique ou tourner un film… Or, lorsqu’elle cherche un financement pour son premier long-métrage, le subtil « Me and you and everyone we know » (2005), personne ne l’aide. L’Américaine finit par recevoir l’aide de l’Europe et d’une maison allemande, qui stipule que l'équipe devra être allemande, ainsi que certains acteurs. Comme bien d’autres cinéastes, Miranda July aurait pu baisser les bras, mais elle a persévéré pour faire entendre sa voix.

Plus tard, tiraillée entre le désir d’être présente pour son nouveau-né et de poursuivre les tournages, elle témoigne de son grand stress. "Mais les enfants grandissent". Émue, elle conclut : les mères devraient créer des films. »

Pour bon nombre de décideurs, « seuls les hommes pourraient faire ce job, en raison d’horaires difficiles et du fait d’éduquer des enfants ». Et l’on se pince en se disant que ce débat devrait être le même dans d’autres domaines, comme celui de la cuisine, où très peu de femmes accèdent aux événements et guides reconnus par la profession.

Filmer à quel prix

Filmer à quel prix © Kimberley Peirce et Kathryn Bigelow (Photonews)


Une autre cinéaste, Kimberly Peirce, explique qu’elle a dû consacrer tout son argent personnel dans la réalisation de « Boys dont cry », se privant souvent de repas. Pour elle, comme pour bien d’autres, filmer est une nécessité  absolue. A côté des cinéastes, Amy Adrion questionne également des journalistes, programmatrices et productrices. Il en ressort que l’entraide féminine est l’un des éléments favorables pour sortir de cette situation. Quant à l’obligation d’instaurer des quotas dans les festivals, beaucoup pensent que « si on ne le fait pas il n'y aura jamais de progression ».

Si le cinéma offre, aux garçons et aux filles, des rêves et des visions de ce que le monde peut être, pourquoi la moitié de la population ne peut-elle entendre les voix de ses semblables ?

Enfin, si certaines réalisatrices célèbres comme Jane Campion, Kathryn Bigelow ou Sofia Coppola ne sont pas présentes dans ce film, c’est qu’elles étaient en tournage ailleurs ou, selon les dires d’Amy Adrion, qu’elles craignaient d’amoindrit leur image face à la puissante Hollywood.

On terminera sur les paroles de Caroline Libresco, programmatrice de Sundance : "Il y a assez de femmes cinéastes.  On doit juste mettre leur nom sur les listes de festivals".



V. Nimal

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