Les secrets de Terry Gilliam, l’inépuisable

A l'occasion de la sortie de "L'Homme qui tua Don Quichotte" (au cinéma ce mercredi 25 juillet) un film coproduit par Proximus, on vous embarque dans l’univers fantasmagorique de Terry Gilliam. Regardez aussi l’interview vidéo de Terry Gilliam au BRIFF pour Proximus TV

Les secrets de Terry Gilliam, l’inépuisable © Photonews


Cinéaste visionnaire, créateur à l’univers fabuleux, Terry Gilliam est un artiste hors norme. Membre fondateur des Monty Python, cet Américain devenu britannique a créé plusieurs films cultes : "Brazil", "Les Aventures du baron de Münchhausen", "L'Armée des 12 singes" ou "Las Vegas Parano". Malgré son énergie et son talent, Gilliam a connu la déroute, les malheurs sur ses tournages et les bisbrouilles avec Hollywood. Malchanceux, il a néanmoins toujours gardé le cap et persévéré pour finaliser une oeuvre unique.


L’imagination reine

L’imagination reine © Isopix


Privé de télévision durant son enfance, Terry Gilliam développe son imagination en écoutant la radio : « J’ai dû inventer des visuels dans ma tête, en restant assis, à imaginer les visages et les costumes et les décors. Je crois que la radio est le meilleur exercice pour développer une sensibilité visuelle. »

Enfant, Terry dessine beaucoup : « J’ai commencé à changer le monde quand je l'ai dessiné, transformant les appareils électroménagers en extraterrestres - des Martiens qui ressemblaient à des aspirateurs. »

Photo: Les Aventures Du Baron De Munchausen

Du dessin à l’animation

Du dessin à l’animation © Isopix/ Les Monty Python (Ronald Grant Archive / Mary Evans)


Pendant ses études en Sciences Politiques, Terry Gilliam développe son trait humoristique et dessine dans la revue Fang. Il bosse à New York dans un magazine satirique. En 1965, le magazine Help! S’arrête et Terry Gilliam entame son service militaire.Terry fait ensuite un grand voyage en Europe et vit quelques temps en France, où il collabore au magazine Pilote avec René Goscinny.

En 1967, Terry s’installe à Londres et John Cleese lui ouvre les portes de la télévision. Terry Gilliam devient animateur pour des séries télé. Avec John Cleese, Michael Palin, Terry Jones, Eric Idle et Graham Chapman, Terry Gilliam crée la troupe des Monty Python en 1969. Il participe à la série télé « Monty Python's Flying Circus » en tant qu’animateur et acteur. C’est le début du succès : la BBC diffusera 4 saisons de cette série culte et désopilante.

Photo : Les Monty Python (Ronald Grant Archive  / Mary Evans)

La Folie des Monty Python

La Folie des Monty Python © The Ronald Grant Archive Monty Python's The Meaning of Life


En 1971, l’équipe des Monty Python réalise « La Première Folie des Monty Python », un film regroupant les meilleures séquences de la série, agrémenté de nouvelles scènes. En 1974, il coréalise avec Terry Jones, « Monty Python : Sacré Graal ! ». Pour ce film, Terry Gilliam réalise les animations et est également acteur et coscénariste. Avec ses potes, Gilliam écrit et joue dans « Monty Python : La Vie de Brian » (1977), gros succès en Angleterre. La consécration arrive en 1983 : le film « Monty Python : Le Sens de la vie » est couronné du Grand prix spécial du Jury au Festival de Cannes. La troupe pose sur cette photo, de gauche à droite : J. CLEESE, T. GILLIAM, G. CHAPMAN, E. IDLE, M. PALIN, T. JONES.

Sur la vidéo YouTube ci-dessous, datant de 1970, le jeune Terry Gilliam explique comment il fabrique ses animations.

30 ans pour Don Quichotte

30 ans pour Don Quichotte © Diego Lopez Calvin


Après une longue préparation et des années d'attente, Terry Gilliam voit enfin arriver sa chance de tourner "L'homme qui tua Don Quichotte". Cet ambitieux projet qui a nécessité la participation de nombreux financiers devait au départ réunir à l'écran Jean Rochefort dans le rôle principal et Johnny Depp en Sancho Pança et Vanessa Paradis. Mais le budget à peine bouclé, Gilliam comprend que celui-ci ne sera probablement pas suffisant pour un film d'une telle envergure. Qu'à cela ne tienne, le tournage commence dans l'enthousiasme. Soudain, le bruit des avions de chasse qui effectuent leur entraînement non loin des plateaux de tournage perturbe tout. Et viennent ensuite des problèmes météo… Enfin, Jean Rochefort est malade. L’enfer de ce tournage est raconté dans un documentaire, "Lost in la Mancha", de Keith Fulton et Louis Pepe en 2002.

Tenace et obsédé par la figure de Don Quichotte, Terry Gilliam ne perdra cependant jamais courage : "L'homme qui tua Don Quichotte", sort ce 25 juillet 2018 avec Jonathan Price et Adam Driver.

Duo : Terry Gilliam & Jonathan Price

Duo : Terry Gilliam & Jonathan Price © Diego Lopez Calvin


Le réalisateur et l’acteur de "L'homme qui tua Don Quichotte" s’adorent. Ensemble, ils ont tourné "Brazil", le premier chef d’œuvre de Gilliam en 1985. Trois ans plus tard, Terry Gilliam et Jonathan Price se retrouvent sur le plateau des "Aventures du baron de Munchausen" puis sur le tournage de "Les Frères Grimm" (2005). Enfin, à l’âge de 70 ans, Jonathan Price jubile lorsque son ami Terry lui propose d’endosser le rôle de Don Quichotte, trente ans auparavant destiné à Jean Rochefort puis proposé à d’autres acteurs (Robert Duvall, John Hurt, Michael Palin). Mordu par le scénario, Jonathan Price acceptera même de tourner des cascades dans "L'homme qui tua Don Quichotte".

Paralysé sur "Brazil"

Paralysé sur "Brazil" © Isopix/Collection christophel/Twentieth Century Fox


Torturé ? Dévoré par son talent ? Peut-être. En tout cas, Terry Gilliam est considéré par ses fans comme un génie. Au cours du tournage de “Brazil”, le cinéaste est tellement stressé qu’il a les jambes littéralement paralysées pendant plusieurs semaines. Il faut dire que ses producteurs ne le laissent pas tourner son film comme il l’a envisagé et lui imposent des changements dans son scénario. Epuisé, Gilliam dira : « Les gens de Universal ne savaient pas ce qu'était Brazil. Ils ne comprenaient pas mon film. Pour eux, l'important était d'enlever tout ce qui pouvait déranger le public, en fait, tout ce qui le rendait intéressant. »

"Brazil" est l’histoire d’un fonctionnaire, Sam Lowry, employé au sein d'une énorme machine bureaucratique, le Ministère de l'Information. Victime du système, Lowry s’évade de la réalité par le rêve. Un héros à l’image de Terry Gilliam, en prise avec les aléas de la production au sein de Hollywood. Bagarreur, Gilliam use de sa créativité et lance une campagne médiatique, achetant une page du magazine Variety, sur laquelle il imprime,  à l’adresse de son producteur : « Cher Sid Sheinberg, quand allez-vous sortir mon film Brazil ? »

Dès lors, cette bataille avec Universal engendre trois versions différentes de "Brazil", dont une avec « une fin heureuse » voulue par les producteurs. "Brazil" décrochera deux Oscars en 1986.

Terry Gilliam et l'Amérique

Terry Gilliam et l'Amérique © Isopix/ Ronald Grant Archive


A propos de l’industrie du cinéma américain, Terry Gilliam ne se prive pas de critique : « Hollywood est dirigé par des gens bornés qui aiment couper les jambes aux créatifs. Tout ce qu'ils veulent faire, c'est dire non. » Dès 1968, Terry s’expatrie en Grande-Bretagne et demande la nationalité britannique. Il renoncera à la nationalité américaine en 2006, non seulement pour des raisons fiscales mais aussi pour protester contre la politique du président américain George W. Bush.

Depuis lors, Terry Gilliam ne peut pas passer plus de 29 jours sur le sol américain. Il a récemment déclaré à l’AFP : « Trump? Il est plus drôle qu'un sketch des Monty Python ! (…) Pendant des années, je ne cessais de dire que nous allions avoir (...) un escroc pour président, on y est».

Photo : The Fisher King (1991)

Bruce Willis, le cabotin

Bruce Willis, le cabotin © Isopix / Collection Christophel


Fan de Terry Gilliam, Bruce Willis brigue le premier rôle de "L'Armée des douze singes" (1995), celui de James Cole, expédié dans le passé pour comprendre l'origine d'un cataclysme et l'implication de l'Armée des douze singes. Et le comble, pour une star au sommet du box-office, Bruce Willis accepte même de tourner gratuitement. L’acteur ne sera payé qu’avec les recettes du film. Ce sera un carton. Pour corser le tout, avant de tourner, Terry Gilliam, qui craignait que le beau Bruce Willis aux yeux bleus (sic) ne joue les cabotins, lui a envoyé une liste de mimiques qu’il voulait surtout éviter de voir : la "Willis acting clichés".

A l’origine, Terry Gilliam rêvait de Jeff Bridges dans le premier rôle. Gilliam avait bossé avec Bridges sur “The Fisher King” (1991), mais les producteurs désiraient une star au générique et ont préféré Willis. Et à l’époque de "The Fisher King", Bruce Willis avait auditionné mais c’est Jeff Bridges qui décrocha le rôle.

Enfin, c'est Brad Pitt qui remporte un Oscar (Meilleur acteur dans un second rôle) pour son interprétation de Jeffrey Goines dans ce film. Pauvre Bruce!

Carrément psychédélique !

Carrément psychédélique ! © Isopix / Collection Christophel


L’un des films les plus allumés  de Terry Gilliam sort en 1998 :« Las Vegas Parano » (Fear and Loathing in Las Vegas). Ce roadmovie hallucinogène, adapté du roman homonyme d'Hunter S. Thompson, « Las Vegas Parano », retrace les aventures d’un journaliste bizarre et de son avocat psychopathe à Las Vegas, Raoul Duke et Dr. Gonzo.

Le scénariste Hunter S. Thompson pensait au départ à Jack Nicholson et Marlon Brando pour jouer les deux anti-héros. On avança aussi les noms de Dan Aykroyd et John Belushi (décédé entretemps) puis de John Malkovich et John Cusack. Finalement, Johnny Depp et Benicio del Toro font de parfaits hurluberlus défoncés dans une Cadillac rose.
Echec commercial en salle, ce film deviendra culte à sa sortie en vidéo.

Suicide de Heath Ledger

Suicide de Heath Ledger © Isopix


En 2009 sort "L'Imaginarium du docteur Parnassus". L’histoire d’une troupe de théâtre ambulant, l'Imaginarium et du Dr Parnassus, qui a pactisé avec le diable pour obtenir l'immortalité.

Trois semaines avant la fin du tournage, Terry Gilliam est confronté à un événement tragique, la mort de l’acteur Heath Ledger (qui jouait quatre ans plus tôt dans "Les frères Grimm"). Le film est arrêté, puis le personnage de Tony est repris par trois acteurs : Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell. "L'Imaginarium du docteur Parnassus" est un échec commercial, même si le suicide de Heath Ledger fait parler du film. Pour l'heure, et malgré les obstacles semés sur sa route, Terry Gilliam, 77 ans, poursuit son oeuvre cinématographique avec brio.

Découvrez l'interview de Terry Gilliam, venu à Bruxelles présenter "L'Homme qui tua Don Quichotte". Une coproduction Proximus.

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