Faire rire et pleurer, le grand art de Karin Viard

Hyperactive, fantasque, gouailleuse, Karin Viard a le verbe haut. Proche des gens, elle incarne, aux yeux de ses fans, la Française, « la gourde de province qui débarque à Paris » (comme elle le disait à Thierry Ardisson dans la vidéo infra). A la fois star et proche, elle peut être drôle et sexy. L’actrice n’a pas peur du risque : elle peut tout assumer sans craindre le ridicule. D’elle, la réalisatrice Catherine Corsini dit : « elle est dotée de la capacité rare de pouvoir faire rire et pleurer en même temps ».

Faire rire et pleurer, le grand art de Karin Viard © Photonews

Pour cette fillette née à Rouen en 1966, rien n’est facile au commencement. Une enfance en Normandie chez ses grands-parents. Loin de ses parents divorcés. Le père bosse sur une plateforme pétrolière, la mère au Club Med. L’adolescence de Karin est rongée par une maladie, la boulimie. Elle s’en sort grâce à une thérapie à 28 ans. Jusqu'à aujourd’hui, à 52 ans, elle n’arrête pas de tourner. Déjà une septantaine de films au compteur. Karin Viard ne se lasse pas de changer de masque, de composer avec l’infinie palette de nuances et de sensibilité des actrices au sommet. Portrait composés de morceaux choisis : ses 15 rôles inoubliables.

Bankable

Bankable © Isopix

« Tatie Danielle » (1990) et « Rien à déclarer »
Karin Viard fait partie du club des actrices françaises les mieux payées. Elle a tourné une dizaine de films à plus d’un million d’entrées. Le succès démarre en 1989. Après le conservatoire et des cours de comédie payés par des petits boulots, Karin Viard obtient un petit rôle à la télévision dans la série "Maigret".

La même année, Étienne Chatiliez l’engage pour jouer au dans "Tatie Danielle". Le film fait plus de 2 millions d’entrées. Conquis par l’énergie de la débutante, croisée lors du casting, Étienne Chatiliez déclare : « il y a de la vie chez Karin ! »  

En vingt ans, Karin Viard tournera d'autres gros succès : "Rien à déclarer" (photo et extrait), "Polisse", "Potiche" ou "Le grand partage". Cependant, il faut chercher ailleurs pour trouver les rôles inoubliables…

Pulpeuse

Pulpeuse © Isopix/ Ronald Grant Archive

« Delicatessen » (1991)
Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro l’engagent en 1991 pour tourner dans leur chef d’œuvre, "Delicatessen". On n'oubliera pas la scène où Louison (Dominique Pinon) et Melle Plusse (Karin Viard) testent l’élasticité du sommier. Une scène littéralement reprise par Guillermo del Toro dans son film "La forme de l'eau"

Karin Viard développe un type de personnage qui lui sied comme un gant, la comique pulpeuse. « C’était mon deuxième film et c’était jubilatoire. Une génération apparaissait, formait une équipe soudée, et on me regardait comme une belle pulpeuse. C’était très agréable », se souvient l’actrice. Mais déjà, miss Viard sait qu’elle peut jouer d’autres types de femmes et rêve de personnages plus nuancés.

Complexe

Complexe

« La nage indienne » (1993) et « Emmène-moi » (1994)
La fougue de Karin Viard lui ouvre d’autres portes. En 1993, le cinéaste Xavier Durringer lui offre son premier grand rôle dans "La nage indienne", un film qu'il considère comme "rock and roll par son énergie". L’histoire de deux potes face à une femme (Karin Viard). Le départ vers une autre vie, au bord du lac d'Annecy. Ensemble, le trio vit de combines, de nonchalance, de partage et espère un monde meilleur...

L’année suivante, « Emmène-moi » de Michel Spinosa (extrait vidéo) permet à Karin Viard de déployer un autre pan de son talent. L’actrice, qui joue les amantes tiraillées entre deux hommes, est nommée au César du meilleur espoir féminin.

Physique

Physique © Isopix

« La Nouvelle Eve » (1999)
Femme sincère, romantique et malheureuse, l’héroïne de ce film aime un homme marié. Dans "La Nouvelle Eve", Karin Viard se prend les coups en pleine figure.

« J’ai découvert le plaisir du défoulement corporel en tournant « La Nouvelle Ève ». La réalisatrice, Catherine Corsini, me faisait courir, casser une assiette sur ma tête, embrasser des filles et des garçons, monter dans des camions… Quand le corps est mobilisé, on arrête de réfléchir et on se laisse traverser par l’émotion. J’adore ça. »

Cérébrale et sexy

Cérébrale et sexy

« Parlez-moi de vous » (2012)
Une femme à la recherche de sa mère : tel est le sujet de ce film drôle et délicat de Pierre Pinaud. Karin Viard semble, une fois de plus, taillée pour ce rôle complexe, celui d’une animatrice radio, psy, star sur les ondes et très seule dans sa vie.
Son partenaire, Nicolas Duvauchelle, dira : « On se sent tout de suite à l'aise avec elle. Elle ne minaude pas, elle est vraie, simple et très drôle. »
La star du cinéma confie au Figaro Madame : « Ma mère était la beauté de la famille. Il a fallu que je trouve une autre identité. J’ai pris celle de la rigolote. Mais avec le temps, j’ai découvert que je pouvais aussi être sexy. Je me suis autorisée à être multiple : à la fois comme ma mère, ma sœur, ma grand-mère et toutes ces femmes qui m’entourent. »

Comique

Comique © Isopix

"Les Randonneurs" (1997) et "Embrassez qui vous voudrez" (2003)

Philippe Harel lui offre son premier grand rôle comique avec « Les Randonneurs ».
« Réussir à faire rire, c’est ne pas avoir peur d’être ridicule, ne pas être dans séduction. Pas difficile : je ne suis pas une charmeuse » lance Karin Viard au magazine Psychologies. Elle remettra le couvert dans « Les randonneurs à Saint-Tropez » en 2008 (photo).

Dans « Embrassez qui vous voudrez » (2003), les répliques écrites par Michel Blanc fusent et les actrices s’en donnent à cœur joie. Le trio formé par Karin Viard, Charlotte Rampling, et Carole Bouquet fait mouche, surtout quand elles se lâchent à propos de l’orgasme. Karin Viard décroche le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour cette géniale comédie.

Impitoyable peste

Impitoyable peste © Isopix

« Paris » (2008)
Habitué au succès, Cédric Klapisch fait 1,7 million d'entrées avec son film "Paris". Karin Viard y campe une insupportable bonne femme qui malmène ses employées.

Dans l'extrait vidéo ci-dessous, elle hésite à engager Khadija (Sabrina Ouazani) comme apprentie dans sa boulangerie, puis lui offre une chance. "Avant il y avait les Normandes. C'est des travailleuses les Normandes... (…) Maintenant, il y a les Beurettes, comme Khadija, c'est une perle. Elles sont droites et elles savent donner. » Du grand Karin Viard.

Bouleversante

Bouleversante © Photonews

« Haut les cœurs ! » (2000)
Karin Viard nous bouleverse dans la peau d’Emma, une femme enceinte qui décide d’accoucher, alors qu'elle lutte contre un cancer du sein. C’est la réalisatrice Solveig Anspach qui a la bonne idée de réunir Karin Viard et Laurent Lucas dans ce drame inspiré par la vie personnelle de la réalisatrice: "Hauts les coeurs !"

César de la meilleure actrice pour Karin Viard en 2000.

Ménagère touchante

Ménagère touchante © Isopix

« Ma part du gâteau » (2011)
Cédric Klapisch rappelle Karin Viard pour un premier rôle dans "Ma part du gâteau".

France, divorcée et mère de trois filles, se retrouve au chômage après avoir bossé vingt ans comme ouvrière à Dunkerque. Montée à Paris, France devient la femme de ménage de Steve, un riche trader (Gilles Lellouche).

Le réalisateur de « l’Auberge espagnole » et "Casse-tête chinois" réunit un homme et une femme que tout oppose. On retiendra la scène où la femme de ménage (Karin Viard) repasse les chemises de Steve en chantant à tue-tête.

Rebelle

Rebelle © Isopix

« Lulu femme nue » (2013)
Dans « Lulu femme nue », drame naturaliste de Solveig Anspach (adapté de la bd d'Étienne Davodeau), Karin Viard est une femme perdue, au bout du rouleau, qui va retrouver le goût de la vie.

À la suite d'un entretien d'embauche raté, Lulu quitte sa famille pour vagabonder et tomber amoureuse d’un repris de justice (Bouli Lanners, magnifique). Lors de sa fugue, Lulu croisera aussi une vieille qui s'ennuie à mourir (Claude Gensac) et une employée harcelée par sa patronne. Des personnages aussi touchants les uns que les autres entourent l’actrice, au sommet de son art.

Castratrice

Castratrice © Isopix / Everett Collection

« Le code a changé » (2009)
En épouse castratrice, elle est irrésistible aussi ! « J’ai une réputation de salope que je ne mérite pas du tout », lance Karin Viard à ses amis à table. Dans la comédie de Danièle Thompson « Le code a changé » (2009), Karin Viard joue Marie-Laurence Claverne, une avocate énergique, spécialiste des divorces. Elle organise un dîner chic parisien, avec son compagnon, Piotr (Dany Boom), qu’elle diminue sans cesse. Dès le début de la soirée, les choses tournent à la catastrophe car le code de la porte a changé. Une fois de plus, Viard démontre son talent pour la comédie parisienne, bavarde et enlevée.
Autre succès en salle, avec 1,6 millions de spectateurs.

Muette

Muette © Isopix / Collection Christophel

« La Famille Bélier » (2015)
Immense succès au box-office avec 7 millions d’entrées, « La famille Bélier » rassemble Karin Viard et François Damiens en couple et leurs enfants, Eric Elmosnino et Louane Emera. Pour le film d’Eric Lartigau, Karin Viard apprend la langue des signes et libère ses gestes et ses mimiques avec un plaisir nouveau. Soutenue par ses partenaires à l’écran, elle s’éclate dans la peau d’une mère qui voit sa fille Paula, 16 ans (la seule de la famille à entendre et parler) s’épanouir dans la chanson.

Crue

Crue © Photonews

"21 Nuits avec Pattie (2015)"

Après avoir exploité la féminité vénéneuse de Viard en sœur incestueuse dans "L’amour est un crime parfait" (2013), les frères Larrieu la rappellent pour "21 Nuits avec Pattie".

Pattie, une obsédée sexuelle, raconte ses histoires salaces à Caroline, une jeune femme qui n’éprouve plus de désir (Isabelle Carré). Dans de longs monologues carrément jubilatoires, l’actrice prend son pied. Le portrait d’une quinqua libre dans sa sexualité, qui s’exclame : « On peut être intello et très cochon, non ? »

Maladroite et jalouse

Maladroite et jalouse © Isopix

« Jalouse » (2017)
On l’aime et on la déteste en même temps ! Karin Viard joue la mère jalouse dans le film éponyme de David et Stéphane Foenkinos.
Nathalie Pêcheux, une enseignante divorcée, est rongée par la jalousie envers sa fille de 18 ans. Belle, talentueuse, Mathilde s’entraîne pour passer un concours de danse classique. Et comme la jeune fille est amoureuse, sa mère en profite pour semer le trouble. Mais Nathalie projette également sa jalousie sur ses collègues, ses amis, ses voisins... A la cérémonie des Globes de Cristal, elle est élue Meilleure actrice dans "Jalouse".


La critique de : Jalouse from Skynet iMotion Activities on Vimeo.
En réalité, Karin Viard est le genre d’actrice à rendre toutes les autres jalouses. Avec son infini talent.

Regardez le film "Jalouse", disponible dans le catalogue de films à la demande de Proximus TV jusqu’au 09/09/2018.
Plus d’infos sur "Jalouse" ?
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