Hommage à Bernardo Bertolucci et ses films

Bernardo Bertolucci a tiré sa révérence le 26 novembre. Le cinéaste avait 77 ans. Celui qui reçut un Oscar du meilleur réalisateur en 1988 pour "Le Dernier Empereur" était l’un des artistes italiens les plus marquants de sa génération. On lui doit "1900" (Novecento) avec Gérard Depardieu et Robert De Niro, "Le Conformiste" avec Jean-Louis Trintignant ou "Little Buddha", avec Keanu Reeves.

Hommage à Bernardo Bertolucci et ses films © Richard Saker / Isopix


Romantique, provocateur, polémique, Bertolucci a réalisé des films engagés politiquement, esthétiques ou historiques, fondés sur de lancinantes obsessions. Il affirmait vouloir "s’abandonner au principe de plaisir". Son "Dernier tango à Paris" provoqua un scandale à sa sortie, pour la brutalité des scènes sexuelles et la manipulation exercée par Bertolucci sur son actrice, Maria Schneider. Bertolucci était également scénariste du western "Il était une fois dans l'Ouest" de Sergio Leone, devenu un classique du cinéma. Voici un hommage aux films de Bertolucci.

Prima della rivoluzione (1964)

Prima della rivoluzione (1964) © Isopix/ Ronald Grant Archive


Né dans un milieu bourgeois intellectuel, Bernardo Bertolucci reçoit, à 15 ans, sa première caméra 16 mm, offerte par son père critique de cinéma et poète. Il se nourrit des films de Fellini et des écrits de Pasolini et s'entoure, dès 1964, de grands techniciens comme le magicien de la lumière, Vittorio Storaro.

Bernardo tourne son premier film en 1962, "Les Recrues (La commare secca)", centré sur le meurtre d'une prostituée à Rome. Les suspects s’avèrent aussi nombreux que les clients de la victime…

A 23 ans, le jeune homme réalise un film autobiographique, "Prima della rivoluzione". Engagé dans la lutte ouvrière, Fabrizio, son héros, se révolte contre la bourgeoisie, l’Eglise et l’Etat. Le titre du film s’inspire d’une phrase de Talleyrand : « Celui qui n’a pas connu la vie avant la révolution ((prima della rivoluzione, en italien) n’a pas connu la douceur de vivre ». Il y a aussi deux femmes qui attirent le héros : la sage Clélia,  sa future épouse, et Gina, sa tante.

"Prima della rivoluzione" reçoit le Prix de la critique à Cannes en 1964.


Le Conformiste (1970)

Le Conformiste (1970) © Isopix / Collection Christophel


En 1969, Bernardo Bertolucci écrit, avec Dario Argento, le scénario du film "Il était une fois dans l’Ouest". Un western qui deviendra légendaire, réalisé par Sergio Leone.

En 1970 sort "Le Conformiste", adapté du roman d’Alberto Moravia. Interprété par Jean-Louis Trintignant, ce portrait d’un fasciste impose la vision de Bertolucci sur les années 1930, à travers un éclairage expressionniste et une esthétique stylisée. Rongé par la honte et le viol, tourmenté par une homosexualité refoulée, Marcello Clerici, tente de mener une vie bien réglée et sans heurts. Par conformisme, il fréquente une femme sans intérêt, Giulia. Entré au parti fasciste, Marcello accepte bientôt de commettre l’irréparable : tuer un opposant politique, son ancien professeur de philo. L’assassinat aura lieu pendant le voyage de noces de Giulia et Marcello.

Cette fable politique, axée sur le thème de la normalité et des pulsions, est aussi portée par deux actrices magnifiques, Stefania Sandrelli et Dominique Sanda.

Le Dernier tango à Paris (1972)

Le Dernier tango à Paris (1972) © Photonews


Avec "Le Dernier tango à Paris", le scandale s’abat sur Bertolucci. Dans ce film (classé +18 ans), un Américain venu à Paris réalise son fantasme : rencontrer une femme et lui faire l’amour sans savoir qui elle est.

Dans le rôle principal, Marlon Brando laisse éclater toute la violence qu’il porte en lui et le mal-être lié à son enfance avec une mère alcoolique et un père brutal. L’acteur confiera après le tournage avoir "tout sorti" de ses tripes.

L'actrice débutante, Maria Schneider, 19 ans, restera marquée à jamais par son rôle. Bertolucci ne lui dira rien sur la scène du viol qu’elle devra jouer : "C'est une idée que j'ai eue avec Marlon la veille du tournage. Je voulais que Maria réagisse, qu'elle soit humiliée. Je pense qu'elle nous a haïs", dira le réalisateur. La polémique lie à ce film sera relancée avec les témoignages de femmes agressées dans l’affaire Weinstein et le mouvement metoo.

Novecento (1976)

Novecento (1976) © Isopix / Collection Christophel


Fresque historique, "1900" (Novecento) retrace la naissance du communisme dans la plaine du Pô. Bertolucci fait appel à deux stars internationales pour incarner ses héros : Robert De Niro (le padrone) et Gérard Depardieu (le paysan). Se confrontent les vies parallèles de deux garçons nés le même jour, dans une grande propriété terrienne en 1901. Alfredo est le fils du propriétaire et Olmo, le fils bâtard d'une famille de métayers attachée à l'exploitation. Élevés ensemble, les garçons vont prendre peu à peu conscience du statut social qui les distingue.

"Novecento" se termine avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire des paysans sur les fascistes.

La Luna (1979)

La Luna (1979) © Isopix / Collection Christophel


Imprégné des opéras de Verdi, mais aussi du contexte de peur lors des attentats terroristes en Italie, Bernardo Bertolucci écrit et réalise "La Luna". L’histoire d’une cantatrice veuve, Caterina (Jill Clayburgh) qui quitte New York et s’installe en Italie avec son fils (Matthew Barry). À Rome, elle se voue entièrement à sa carrière de chanteuse, délaissant son fils Joe, quinze ans. L’adolescent tombe dans la drogue et les excès. Caterina réalise alors qu’elle est passée à côté de l’enfance de son fils et tente de se rapprocher de lui. S’installe entre eux une relation incestueuse.

Le Dernier Empereur (1987)

Le Dernier Empereur (1987) © Isopix / Collection Christophel/Jerry Thomas


Pour son film "Le Dernier Empereur", Bertolucci s’empare d’un sujet puissamment romanesque : la vie de Pu Yi, un enfant noble devenu le dernier Empereur de Chine. Posé sur le trône de l’empire dès l’âge de 3 ans, Pu Yi deviendra un play-boy, une sorte de demi-dieu prisonnier de la Cité interdite. Après la révolution maoïste, cet homme déraciné et privé d’amour parental, sera envoyé pendant dix ans dans un camp de rééducation.

Splendide fresque chinoise, détaillée et luxuriante, "Le Dernier Empereur" récoltera 9 neuf Oscars, dont celui du Meilleur film en 1987.


Little Buddha (1993)

Little Buddha (1993) © Photonews


Consacré à la vie du prince Siddhârta, vue à travers les yeux d’un enfant, le film "Little Buddha" reflète la fascination de Bertolucci pour le bouddhisme. Le cinéaste invente le personnage de Jesse Conrad, neuf ans, un Américain vivant avec ses parents, Dean et Lisa, à Seattle. On frappe à leur porte. La famille Conrad est surprise de recevoir la visite de moines bouddhistes provenant du Bhoutan. Le lama Norbu apporte une nouvelle étonnante : il croit que le petit Jesse pourrait être la réincarnation d'un de leurs chefs spirituels. Jesse reçoit un livre sur la vie de Siddhârta et s’apprête à rejoindre la congrégation bouddhiste dans l'Himalaya.

Avec Keanu Reeves (Siddhartha), Ruocheng Ying (Lama Norbu), Chris Isaak (Dean Conrad) et Bridget Fonda (Lisa Conrad).

Les Innocents (2003)

Les Innocents (2003) © Photonews


Dans "Les Innocents" (The Dreamers), trois jeunes bourgeois désinhibés (un Américain et un couple incestueux de frère et sœur) forment un huis clos dans une chambre à coucher et explorent leurs désirs de transgression. Ce film reprend les figures obsessionnelles de Bertolucci, l'ambiguité des relations et l’attrait des expériences sexuelles. Il révèle le talent de la jeune actrice Eva Green, avec Michael Pitt et Louis Garrel.

Enfin, le dernier long-métrage de Bertolucci, sorti en 2012, "Moi et toi" (Io e te) plonge un adolescent et sa demi-sœur dans des secrets de famille.

Lisez aussi : Bernardo Bertolucci est décédé

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